Terrorisme

Les milices irakiennes pro-iraniennes utilisent les FMP pour lancer des attaques à la roquette

Hassan al-Obeidi à Bagdad

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Des membres des Forces de la mobilisation populaire (FMP) lors de la procession funéraire de Wissam Alyawi, un haut commandant de la faction Asaib Ahl al-Haq qui compose les FMP, le 26 octobre 2019 à Bagdad. Le quartier général d’Asaib Ahl Al-Haq dans la province de Maysan, dans le sud-est de l’Irak, a été incendié le 25 octobre après avoir été pris d’assaut par des manifestants, et le commandant de ce groupe ainsi que son frère ont été tués. [Ahmad al-Rubaye/AFP]

Les milices pro-iraniennes, auxquelles on impute largement la responsabilité des récentes attaques à la roquette contre des sites militaires et diplomatiques étrangers en Irak, ont pu lancer de telles attaques en exploitant leur statut de membres des Forces de la mobilisation populaire (FMP), ont expliqué des responsables.

Les milices auteures des tirs de roquettes Katioucha contre la Zone verte de Bagdad ont utilisé des cartes d’identité des FMP et des véhicules porteurs de plaques des FMP pour échapper à la détection des forces irakiennes, ont-ils ajouté.

Les autorités ont souhaité une révision complète des FMP, en établissant une distinction entre ceux qui participent à la lutte contre « l’État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) dans l’intérêt de l’Irak et ceux qui se servent des FMP comme d’une couverture pour leur programme pro-iranien.

Les FMP ont été fondées sur la base d’une fatwa de juin 2014 lancée par la plus haute autorité chiite irakienne, Ali al-Sistani, pour lutter contre la menace de l’EIIS.

Mais les milices irakiennes alignées sur l’Iran opérant dans le cadre des FMP ont ensuite profité de leur participation à la guerre contre l’EIIS pour renforcer leur influence et leur autorité en Irak.

Selon un haut responsable au ministère de l’Intérieur, les enquêtes conduites par les Services du renseignement national du ministère ont confirmé que deux récentes attaques contre la Zone verte et la base de Basmaya avaient été menées par des hommes armés qui avaient réussi à échapper au filtrage des postes de sécurité .

Ces hommes armés étaient porteurs de cartes d’identité des FMP et se déplaçaient dans des véhicules arborant le logo des FMP, a-t-il précisé à Diyaruna.

« C’est précisément ce qui empêche l’identification et l¹arrestation de ces groupes et permet à de telles attaques de se reproduire », a-t-il expliqué.

Proscrire les groupes armés

Les milices pro-iraniennes comme la Kataib Hezbollah, Asaib Ahl al-Haq, Harakat al-Nujaba, Saraya al-Khurasani et d’autres encore « sont désormais le second visage du terrorisme en Irak », a déclaré à Diyaruna Entifadh Qanbar, le président du Parti constitutionnel irakien du futur.

Elles représentent une grande menace « parce qu’elles utilisent une couverture officielle ou gouvernementale pour mettre en œuvre des plans au bout du compte iraniens, et non irakiens », a-t-il indiqué.

Les « cellules Katioucha », comme on les appelle désormais en Irak, opèrent sous le couvert des FMP, ce qui leur permet d’entrer dans des zones sensibles comme la Zone verte, des bâtiments gouvernementaux, voire des bases militaires, et de les prendre pour cibles, a poursuivi Qanbar.

Il est par conséquent impératif de revenir à l’Article 9 de la constitution irakienne, qui proscrit l’existence de groupes armés autres que l’armée et les forces de police irakiennes, a-t-il continué.

« Le fait aggravant est que ces groupes reçoivent des salaires de l’État irakien, alors qu’ils bombardent ses installations », a-t-il ajouté.

Le statut actuel des FMP « constitue une menace pour l’État irakien et la sécurité nationale », a-t-il continué, ajoutant qu’il devait être re-examiné afin que l’Irak puisse devenir « un État fonctionnel ».

Fin juillet, le gouvernement a ordonné l’intégration de tous les groupes armés au sein de l’armée irakienne, y compris les membres des FMP, exigeant qu’ils rompent tous leurs liens avec les responsables politiques ou leurs anciennes milices. Mais ces factions ont continué de rejeter ouvertement les décisions du gouvernement.

« Un ennemi déguisé »

Hossam al-Saffar, membre du Courant civil irakien, a expliqué que le gouvernement est maintenant confronté à un enjeu sécuritaire plus grand que celui de l’EIIS, « parce que cet ennemi est déguisé et mène une politique qui mine l’État, la loi et l’ordre ».

« En l’espace de deux mois, nous avons vu des assassinats, des enlèvements, des bombardements à la roquette, des attentats aux EEI et des communiqués menaçants, dans Bagdad seulement », a-t-il indiqué à Diyaruna.

Ces actions ont été conduites par des milices qui utilisent les ressources de l’État, notamment ses véhicules, ses armes et ses cartes d’identité au service de l’agenda de l’Iran en Irak, a-t-il poursuivi.

« Le gouvernement et les partis politiques doivent reconnaître l’existence d’un cancer au sein des FMP qui doit être traité », a déclaré al-Saffar.

La raison pour laquelle ceux qui sont derrière ces attaques à la roquette, ces assassinats et ces enlèvements n’ont pas encore été tenus pour responsables est « qu’ils affirment faire partie de l’appareil sécuritaire, alors que ce n’est pas le cas », a-t-il ajouté.

Les gouvernements précédents ont laissé une lourde charge sur les épaules de l’actuel gouvernement, a expliqué à Diyaruna le colonel en retraite Ahmed Abbas al-Taie, spécialiste des affaires irakiennes.

Toutes les forces politiques doivent aider le gouvernement à trouver le moyen de stabiliser la situation alors que les FMP « abritent aujourd’hui des milices qui travaillent pour le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) d’Iran », a-t-il continué.

Ces milices sont impliquées dans des délits tels que des enlèvements, des assassinats et des menaces contre des manifestants civils, a-t-il ajouté, « sans parler de leur implication dans la corruption financière et les violences sectaires ».

Aujourd’hui, la majorité du peuple irakien « est favorable à la recherche d’une solution à ce problème qui sinon, va grandir comme une tumeur qu’il sera ensuite très difficile d’extraire », a conclu al-Taie.

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