Manifestations

De nombreux militants irakiens enlevés toujours portés disparus

Hassan al-Obeidi à Bagdad

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Des manifestants scandent des slogans en passant devant une affiche favorable à la milice pro-iranienne de la Kataib Hezbollah, le 17 janvier, lors d’une manifestation dans la ville de Bassorah, dans le sud de l’Irak. [Hussein Faleh/AFP]

Plusieurs mois après qu’ils eurent été enlevés pour avoir participé à des manifestations populaires à Bagdad et dans le sud de l’Irak contre la corruption gouvernementale et l’influence omniprésente de l’Iran, le sort de plus d’une vingtaine de militants irakiens reste inconnu.

Mais chaque vendredi, leurs familles organisent une veille sur la Place Tahrir de Bagdad pour faire connaître leur détresse à l’opinion et exhorter le gouvernement à révéler leur sort et identifier les responsables de leur enlèvement.

Près de 30 militants qui avaient été enlevés à Bagdad, Dhi Qar, Babil, Maysan et dans d’autres provinces irakiennes sont encore portés disparus, selon un responsable au ministère de l’Intérieur qui a demandé à conserver l’anonymat.

Chacun d’entre eux était impliqué dans ces manifestations populaires, a-t-il expliqué à Diyaruna, et était connu pour son opposition aux milices affiliées à l’Iran qui opèrent en Irak.

Les enquêtes conduites par la police et les services de renseignements irakiens pointent le rôle des milices pro-iraniennes de la Kataib Hezbollah et Harakat al-Nujaba dans ces enlèvements, ainsi que d’autres groupes alliés à elles, a-t-il ajouté.

Malheureusement, rien n’indique si ces personnes enlevées sont encore vivantes ou ont été tuées, a-t-il regretté, ajoutant que dans les prochains jours, de nouvelles actions seront menées dans les sièges de ces milices et dans d’autres sites suspectés.

Selon ce responsable du ministère, des étudiants et des jeunes âgés de moins de 20 ans font partie de ceux qui ont été enlevés à Bagdad après avoir participé à ces manifestations populaires.

Des efforts sont en cours pour les retrouver et connaître leur sort, a-t-il poursuivi, qui se sont intensifiés depuis que le Premier ministre Moustafa Kadhemi a ordonné le lancement d’une enquête indépendante sur chacun des militants portés disparus.

Beaucoup sont encore portés disparus

Parmi ces personnes enlevées se trouve le professeur d’université Majid al-Dhafiri, enlevé en novembre, le manifestant et militant Qutaiba al-Sudani et le photojournaliste Oussama al-Tamimi, enlevés en décembre après avoir quitté la Place Tahrir.

Sont également portés disparus le militant des droits de l’homme Abdoul Maseeh Romeo Sarkis, enlevé début mars, le célèbre journaliste irakien Mazen Latif, enlevé en février, et son collègue Tawfiq al-Tamimi, qui avait été enlevé quelques jours plus tard.

On est par ailleurs toujours sans nouvelles du militant Ibrahim Jaddo et de l’avocat Ali Jassib, enlevés dans la province de Maysan, dans le sud de l’Irak.

Le 17 mai, lors d’une visite au siège du ministère de l’Intérieur à Bagdad, où il avait rencontré les responsables de la sécurité, Kadhemi avait ordonné au ministère de tout mettre en œuvre pour découvrir le sort de ces personnes.

« Ces enlèvements visent presque exclusivement des militants demandant un État civil libre libre de toute ingérence étrangère », a expliqué Hamed al-Moutlaq, une personnalité de renom au sein de la coalition al-Wataniya.

Il est clair qu’il n’existe qu'un seul responsable de ces enlèvements, « ce sont les milices qui ne veulent pas que l’Irak soit un État souverain », a-t-il déclaré à Diyaruna, ajoutant que « malheureusement, l’objectif de ces milices est de kidnapper l'État, pas seulement les militants ».

Les milices sont vraisemblablement responsables

Pour le Premier ministre irakien Bassem Khashan, ces enlèvements de militants participant à des manifestations populaires sont l’un des sujets les plus importants, et le gouvernement doit divulguer ce qu’il a appris sur le sort de ces jeunes et leurs ravisseurs.

Les factions armées sont très certainement impliquées dans leurs enlèvements, a-t-il expliqué à Diyaruna, « parce que ces manifestations les rendent nerveuses et menacent d’entraîner des changements positifs en Irak qui ne seront pas dans leur intérêt ».

Ali Fadel, un militant de Bagdad, a expliqué à Diyaruna qu’il est extrêmement angoissant de voir chaque vendredi les familles de ces personnes enlevées venir sur la Place Tahrir pour brandir les portraits de leurs proches pour rappeler au gouvernement et au monde qu’ils sont toujours portés disparus.

« Cela renforce notre détermination à poursuivre le mouvement pour demander des élections justes, sans interférence de la part des milices et de ceux qui les soutiennent », a-t-il conclu.

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