Sécurité

Les milices appuyées par le CGRI compliquent la guerre contre les stupéfiants menée par l’Irak

Hassan al-Obeidi à Bagdad

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Cette capture d’écran d’une vidéo diffusée sur les médias sociaux le 19 juillet montre des forces irakiennes saisissant des drogues illicites entrées en Irak depuis l’Iran par la province méridionale de Bassorah.

Des responsables du ministère irakien de l’Intérieur ont récemment montré l’implication claire de milices affiliées au Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) dans plusieurs activités de trafic de drogue et de contrebande en Irak.

Ils ont indiqué que parmi ces groupes miliciens se trouvent des milices importantes comme Asaib Ahl al-Haq, al-Nujaba et la Kataeb Hezbollah, ainsi que des milices plus petites comme Saraya al-Khurasani et Liwa Ali al-Akbar.

Du fait de l’impact des sanctions américaines sur le régime iranien, le CGRI se trouve dans l’impossibilité d’assurer un financement permanent de ces milices, qui ont de ce fait accentué leur dépendance envers la contrebande de drogue en provenance d’Iran pour financer leurs activités, ont-ils ajouté.

Les milices exploitent les FMP

Un haut responsable irakien de l’agence de lutte contre les stupéfiants du ministère de l’Intérieur, qui a souhaité garder l’anonymat, a expliqué à Diyaruna que les forces irakiennes rencontrent de sérieux problèmes pour tracer les réseaux de trafic de drogue.

Selon lui, la raison en tient au fait que la plupart des auteurs appartiennent à des factions armées liées au CGRI et possèdent des cartes d’identité délivrées par les Forces de mobilisation populaire (FMP).

Les milices pro-iraniennes profitent de leur statut de membres des FMP, utilisent des cartes d’identité et des véhicules portant des plaques des FMP, pour ne pas être détectés par les forces de sécurité.

Selon cet officiel irakien, la méthamphétamine en cristaux, le Captagon, le hashish et des pilules hallucinogènes sont introduits en contrebande en Irak par sa frontière avec l’Iran.

Cette frontière, a-t-il ajouté, est une route commerciale protégée par des milices « puissantes » liées au CGRI. Il existe des preuves que les responsables du CGRI perçoivent un pourcentage des profits en échange de faciliter l’entrée de ces drogues illicites en Irak.

« Les drogues pèsent sur la société irakienne, en particulier les jeunes », a-t-il poursuivi.

Malgré les campagnes de sensibilisation aux effets néfastes de ces substances, la drogue reste un sérieux problème pour la société irakienne, où les services de sécurité mènent une guerre de chaque jour contre elle, a-t-il déclaré.

Près de 60 % des crimes commis en Irak, y compris les cas de violence domestique, sont le fait d’individus sous l’influence de stupéfiants, a indiqué cette source.

Les directives actuelles du gouvernement sont d’arrêter les individus soupçonnés d’être impliqués dans des affaires de drogue, quelle que soit leur affiliation, a-t-il ajouté.

Un officier de la force de police de Tikrit a expliqué à Diyaruna que début août, les forces irakiennes avaient arrêté deux membres de la milice Asaib Ahl al-Haq à Tuz Khurmatu, au nord de Tikrit, accusés de trafic de drogue.

La « non-coopération de l’Iran à la frontière » pose des problèmes

Le major général Rashid Fleih, chef de la police de Bassorah, a expliqué que 80 % de la drogue entrant en Irak proviennent d’Iran, soulignant que ses forces font tout pour sécuriser les frontières, en coordination avec d’autres agences de sécurité.

Il a également souhaité que des peines plus lourdes contre les gros trafiquants de drogue soient inscrites dans le Code pénal irakien.

Pour Ahmad al-Safi, membre de l'Association al-Islah de lutte contre la drogue, une ONG locale, l’un des principaux problèmes dans la guerre contre la drogue en Irak est qu’elle est menée contre des milices armées qui agissent sous le couvert des FMP.

Al-Safi a expliqué que les réseaux qui trafiquent les narcotiques, le pétrole ou les antiquités sont « épaulés » par des milices liées au CGRI, raison pour laquelle, a-t-il poursuivi, la police compte généralement sur le soutien de l’armée en cas de conflit armé contre ces groupes.

L’Iran « permet à ces drogues d’entrer en Irak parce qu’il en tire des revenus en devise forte (en dollars) », a-t-il ajouté.

Abdoullah al-Rikabi, spécialiste irakien de la politique et de la sécurité, a comparé cette difficile guerre contre la drogue « au fait de nettoyer une pièce avec les fenêtres fermées dans un environnement poussiéreux ».

Il a expliqué que ceux qui se livrent au commerce de ces drogues et les importent illégalement en Irak depuis l’Iran sont ceux-là même qui affirment vouloir protéger l’Irak et sa souveraineté.

« L’Irak pâtit du refus de l’Iran à coopérer sur le contrôle des frontières, et du fait que les trafiquants appartiennent à des milices influentes soutenues par le régime iranien », a-t-il expliqué.

« Les Irakiens le comprennent désormais et la colère et le ressentiment sont forts contre le rôle de l’Iran en Irak », a-t-il conclu.

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