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La dépendance de la Russie envers des sociétés militaires privées inquiète le monde

Kanat Altynbayev

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Des instructeurs de Vega forment des combattants de Liwa al-Qods (la Brigade de Jérusalem) en Syrie sur cette photo postée en janvier 2019. [VKontakte/Oleg Blokhin]

Les preuves de plus en plus flagrantes du fait que Moscou s'appuie de plus en plus sur des unités militaires non officielles pour résoudre des problèmes stratégiques dans des pays présentant un intérêt géopolitique suscitent des inquiétudes dans le monde.

Outre le Groupe Wagner, une société militaire privée (SMP) notoirement impliquée dans les guerres dans l'est de l'Ukraine, en Syrie, en Libye, au Soudan, au Venezuela, à Madagascar et ailleurs encore, et fondée par des proches du président russe Vladimir Poutine, la SMP russo-ukrainienne Vega est attentivement scrutée.

Des sociétés de ce type permettent au régime russe d'infliger et faire subir des pertes sans qu'aucun de ces bains de sang n'apparaisse dans les registres du Kremlin.

En mars 2019, la Conflict Intelligence Team (CIT), un groupe de blogueurs russes indépendants qui utilisent des informations ouvertes pour enquêter sur les guerres, a publié des informations montrant que les mercenaires de Vega opèrent en Syrie depuis 2018 en soutien au président Bachar el-Assad, tout comme leurs homologues du Groupe Wagner.

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Des instructeurs de Vega forment des combattants de Liwa al-Qods (la Brigade de Jérusalem) en Syrie sur cette photo postée en janvier 2019. [VKontakte/Oleg Blokhin]

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Des instructeurs de Vega forment des combattants de Liwa al-Qods (la Brigade de Jérusalem) en Syrie sur cette photo postée en janvier 2019. [VKontakte/Oleg Blokhin]

Soutien aux combattants de Liwa al-Qods en Syrie

Initialement, le rôle de Vega était de protéger des personnes privées ainsi que différentes entreprises, banques et navires dans les zones à haut risque.

Mais ces dernières années, Vega a élargi son travail de sécurité pour y inclure la formation de milices travaillant pour le compte de la Russie.

Vega forme une milice essentiellement palestinienne connue sous le nom de Liwa al-Qods (la Brigade de Jérusalem), l'unité la plus importante dans Alep favorable au gouvernement syrien.

C'est la conclusion à laquelle sont parvenus les enquêteurs de la CIT après avoir examiné plusieurs photographies prises par le journaliste Oleg Blokhin, reporter en Syrie pour les publications en ligne pro-Kremlin ANNA News et Russkaya Vesna (Printemps russe).

Ces photos montrent des soldats arborant les insignes du Service stratégique de Vega.

Ce service a été fondé en 2011 en Ukraine par d'anciens membres des forces spéciales russes et ukrainiennes, ont découvert les enquêteurs. Il prit le nom de Service stratégique de Vega en 2012, lorsque le fondateur de la société, l'Ukrainien Anatoly Smolin, déplaça son quartier général à Chypre.

Smolin, un ancien membre de la marine soviétique et du KGB puis des forces du ministère ukrainien de l'Intérieur (MVD), avait expliqué à la BBC en mars 2019 qu'il avait déménagé à Chypre parce que la législation régissant les SMP y était favorable.

Si le siège central est à Chypre, la société possède aussi d'autres bureaux en Ukraine, en Russie, en Syrie, au Sri Lanka et en Égypte.

La Russie « a très sensiblement renforcé son soutien à Liwa al-Qods » depuis 2019, avait rapporté la Deutsche Welle en mars 2019, citant le magazine en ligne libanais Al-Modon. Le groupe palestinien a reçu plusieurs centaines de nouveaux membres, parmi lesquels des mineurs, avait ajouté ce rapport.

En janvier 2019, plusieurs articles avaient identifié la Russie comme étant le principal appui de Vega.

Smolin a participé en personne à la formation militaire des combattants de Liwa al-Qods en Syrie, selon la CIT. Les photographies de cet entraînement montrent quelqu'un qui lui ressemble fortement.

Opérer « dans l'ombre » au Moyen-Orient

En Asie centrale, les observateurs voient les SMP russes comme une menace à plusieurs facettes pour la sécurité de leurs pays.

Des SMP comme le Groupe Wagner mènent des missions militaires et de renseignement dont Moscou ne peut officiellement se charger, a expliqué Edil Osmonbetov de Bishkek, un politologue spécialiste des relations internationales.

« Ce ne sont pas des forces armées régulières qui relèvent du droit international ; les États qui les coordonnent ne portent pas la responsabilité de leurs agissements », a-t-il ajouté.

Vega n'est que l'une des SMP mises en place à la demande du Kremlin, a déclaré pour sa part Dauren Ospanov, un commandant dans l'armée kazakhe à la retraite et ancien officier de la garnison régionale d'Almaty.

Il a mentionné d'autres SMP, comme Shchit (Bouclier) et Patriot, qui n'ont certes pas d'existence officielle en Russie, mais qui recrutent néanmoins activement de jeunes hommes pour effectuer des missions dangereuses au Moyen-Orient.

« Contrairement au Groupe Wagner, Vega et les autres SMP russes ne possèdent aucun équipement militaire, transports de troupes blindés ou artillerie, et n'ont pas été vues au combat », a ajouté Ospanov. « Ils agissent dans l'ombre, s'occupent de sécurité et forment des combattants, mais ce pourrait n'être qu'une couverture pour dissimuler des crimes de guerre. »

Recrutement de combattants en Asie centrale

Les SMP russes sont également engagées dans des opérations destructrices, mais uniquement des missions « de l'ombre », a poursuivi Ospanov. Elles recrutent des jeunes issus de familles déshéritées, essentiellement celles qui vivent en Russie, et leur offrent des salaires élevés pour aller combattre en Syrie.

« Nombre de ces mercenaires sont tués, mais personne n'est tenu pour responsable », a-t-il continué.

Le recrutement a également lieu dans les pays d'Asie centrale.

En août, il est apparu que les services de sécurité ukrainiens (SBU) avaient engagé des actions pénales à l'encontre de quinze membres du Groupe Wagner, dont trois Kirghizes, qui auraient combattu dans l'est de l'Ukraine aux côtés des séparatistes pro-russes.

Deux ans plus tôt, le journal kazakh Caravan avait cité le SBU lorsqu'il avait rapporté que des Biélorusses, des Moldaves et des Kazakhs combattaient dans le cadre d'une SMP russe en Syrie.

Les SMP russes recrutent des étrangers de manière qu'il y ait « moins de plaintes » contre la Russie, a expliqué à Caravan un politologue de Kiev en Ukraine, sans préciser la source de ces plaintes.

Les mercenaires acceptent également de travailler pour les SMP pour des raisons financières, a-t-il poursuivi.

Des « machines à tuer » soutenues par le Kremlin

Ospanov est convaincu que Vega est étroitement liée au Kremlin, dans la mesure où il forme un groupe appuyé par la Russie.

« Il ne faut pas se bercer d'illusions en pensant que Vega reste hors des combats et respecte le droit international sur les SMP », a-t-il affirmé. « Il ne fait aucun doute qu'à un moment décisif, des SMP comme Vega pourraient être mobilisées et, sous une forme ou une autre, engagées dans une guerre hybride, en menant les missions de combat du Kremlin, comme cela a été le cas en Ukraine. »

La menace que la Russie déclenche une guerre hybride se fait également sentir en Asie centrale, en particulier au Kazakhstan, a expliqué Dosym Satpayev d'Almaty, politologue et directeur du Groupe d'évaluation des risques.

Les problèmes internes ne cessent de croître au Kazakhstan, que Moscou pourrait exploiter pour ses propres intérêts, a-t-il ajouté.

« L'émergence d'une SMP étrangère au Kazakhstan représente une sérieuse menace pour notre pays, car il est possible qu'en cas d'évolution de la situation politique, elle puisse s'engager dans le sabotage », a mis en garde Satpayev.

Les autorités kazakhes quant à elles craignent l'idée même de SMP et ne permettent pas à de telles entités d'opérer également au Kazakhstan.

En mars 2018, Dariga Nazarbayeva, à l'époque sénatrice, la fille aînée de l'ancien président Nursultan Nazarbayev, avait critiqué l'idée de créer des SMP au Kazakhstan.

« Je ne suis pas favorable à cette idée. Il s'agit littéralement de machines à tuer privées », avait-elle dénoncé. « De telles organisations ne devraient pas exister. »

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