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Sécurité

Les milices militaires privées russes, un risque sérieux pour la Syrie, selon des experts

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Des instructeurs de Vegacy Strategic Services Ltd. en Syrie, vus ici le 9 février 2019, forment la milice pro-régime Liwa al-Qods. [Photo extraite de la page Facebook de Syrian News 1]

Les mercenaires pro-russes opérant en Syrie représentent une grave menace pour la population dans la mesure où ils ne sont tenus par aucune loi ni règle et sont utilisés par le Kremlin comme des outils pour exercer une influence, mettent en garde des analystes.

Ces mercenaires opérant en Syrie sont de deux types : les milices affiliées à des sociétés militaires privées russes (SMP), dont les membres sont souvent de nationalité russe ; et les milices locales dominées par des ressortissants syriens qui sont entraînés par des experts russes et répondent directement à des officiers russes.

Historiquement, la Russie a souvent fait appel à ces SMP dans le monde, qui opèrent sous le prétexte d’assurer des services de sécurité dans les pays où elles sont déployées, a expliqué l’expert militaire Wael Abdoul Mouttalib, officier en retraite de l’armée égyptienne.

« En réalité, ce sont de pures milices mercenaires agissant sur le terrain aux ordres d’officiers de la police militaire et de l’armée russes », a-t-il expliqué à Diyaruna, et qui, de ce fait, « représentent une réelle menace pour le futur de la Syrie ».

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La police militaire russe devant un véhicule blindé de transport de troupes sur une route proche de la localité syrienne d’Amuda, dans la province d’al-Hasakeh, dans le nord-est de la Syrie, le 24 octobre 2019. [Delil Souleiman/AFP]

« Elles n’ont aucune crédibilité légale, et sont purement un outil non gouvernemental russe dont le rôle est de faire le sale boulot sur le terrain, de manière à ce que la Russie ne puisse être tenue pour responsable aux yeux de la communauté internationale », a-t-il ajouté.

Les Conventions de Genève « pénalisent ceux qui recrutent des mercenaires et ceux qui sont recrutés pour travailler pour des groupes mercenaires », a poursuivi Abdoul Mouttalib.

La présence de ces milices constitue « un délit international dont les auteurs doivent être sanctionnés, ce qui pourrait ôter toute légitimité ou crédibilité légale à ces milices », a-t-il ajouté.

Un « outil » au service de la Russie contre ses alliés

La milice la plus connue opérant en Syrie est le Groupe Wagner, qui applique directement l’agenda du président Poutine sur la scène internationale sous couvert d’un déni crédible.

Il est le plus nombreux et le mieux armé, et est très proche de l’armée russe, a expliqué à Diyaruna Abdoul Karim Ahmed, expert en sécurité et analyste militaire égyptien.

Le Groupe Wagner a été la première SMP à recruter des éléments syriens pour combattre dans les rangs de milices russes, a-t-il précisé.

Ces combattants sont aujourd’hui déployés dans Horan, Palmyre, Daraa, Hama, Alep, Damas, Latakia et Tartous - des zones dans lesquelles les forces russes sont présentes, a-t-il continué.

Les mercenaires de Wagner sont en Syrie depuis 2013 en prétextant avoir été appelées par le gouvernement pour sécuriser des installations pétrolières et d’autres sites sensibles. Cela a été réaffirmé en 2015 pour empêcher que l’intervention directe de Moscou ne transparaisse au grand jour.

La principale milice russe active en Syrie est le soi-disant groupe des « gens polis », baptisé au départ « les petits hommes verts », des militaires russes vêtus d’uniformes verts sans signes distinctifs portant des armes et des équipements modernes de fabrication russe, en Ukraine en 2014.

Parmi les autres milices privées affiliées à des SMP se trouvent Vegacy Strategic Services Ltd. et Zaslon, une unité hautement secrète appartenant au service des renseignements étrangers civils russes.

Ces milices et ces SMP ne sont rien d’autre que des groupes de mercenaires capables de mener des actions qui violent les lois internationales sur la conduite de la guerre, car n’étant pas des unités d’armées régulières, ils ne sont pas tenus de les respecter a poursuivi Ahmed.

« Le danger que pose la présence de ces milices est qu’elles appliquent des programmes politiques qui auront un fort impact négatif en Syrie », a-t-il poursuivi.

Leur présence est vue comme un outil au service de la Russie qui lui sert de levier contre ses alliés en Syrie, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) ou le régime syrien lui-même, a-t-il ajouté. En témoignent les multiples affrontements récents entre des milices affiliées à la Russie et le régime syrien et les milices affiliées au CGRI.

Les mercenaires du Kremlin « appliquent l’agenda de la Russie qui vise à contrôler les ressources de l’État syrien et à renforcer sa présence militaire par l’intermédiaire de ces milices », a continué Ahmed.

« Aucune crédibilité »

Les milices épaulées par le Kremlin « n’ont aucune crédibilité auprès de la société syrienne », car leurs membres passent fréquemment d’une milice à une autre pour des incitations financières ou pour gagner en influence, a expliqué l’avocat syrien Bashir al-Bassam.

« La plupart sont d’anciens membres de groupes de l’opposition syrienne, qui avaient rejoint les rangs de milices affiliées au régime syrien, puis des milices affiliées au CGRI », a-t-il expliqué à Diyaruna.

Certaines de ces recrues sont recherchées pour des charges criminelles, et ont rejoint ces milices pour se protéger des poursuites et des représailles pour les crimes commis, a-t-il expliqué.

Les milices pro-russes les plus importantes comprennent la 25e division des forces de missions spéciales de l’armée syrienne (les Forces Nimr), commandées par le général de brigade Suhail al-Hassan, et le 5e corps, dont les rangs ont été récemment renforcés par des centaines d’éléments de la région de Daraa, a ajouté al-Bassam.

Pour la prochaine étape, a-t-il poursuivi, la Russie tente de s’implanter dans la province d’al-Hasakeh pour y recruter des jeunes pour une nouvelle milice qu’envisage de mettre en place.

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