Politique

L'Irak nomme un nouveau Premier ministre, des roquettes frappent une base abritant des troupes étrangères

AFP

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Cette photo prise le 13 mars montre un cratère suite aux frappes aériennes américaines dans une zone militarisée de la région de Jurf al-Sakhr, dans la province irakienne de Babylone, qui est contrôlée par le Kataeb Hezbollah soutenu par l'Iran, en représailles aux tirs de roquettes contre une base irakienne la nuit précédente qui ont tué un militaire britannique et deux militaires américains. [AFP]

Le président irakien a promu le 17 mars Adnan Zurfi, ex-gouverneur de la ville de Nadjaf, au poste de Premier ministre, chargé de diriger un pays sous le coup de manifestations et de troubles militaires, et maintenant de la pandémie de coronavirus.

Cette nomination est arrivée quelques heures après que deux roquettes ont touché une base militaire irakienne accueillant des troupes de la coalition internationale et de l'OTAN, la troisième attaque de ce type en une semaine, sans faire de victimes, selon des responsables militaires.

Le député Zurfi, âgé de 54 ans, est l'ancien gouverneur de la ville sainte de Nadjaf et a appartenu au parti Dawa, la force d'opposition de longue date de l'ex-dictateur Saddam Hussein.

Le président Barham Saleh a déclaré avoir nommé Zurfi pour remplacer le Premier ministre sortant Adel Abdoul Mahdi, qui a démissionné en décembre, alors que l'Irak était secoué par une vague sans précédent de rassemblements antigouvernementaux.

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Le 17 mars à 23 heures, Bagdad entrera dans un couvre-feu de six jours pour limiter l'impact du coronavirus. Les rues de Mossoul (photo) sont désertes après l'entrée en vigueur d'un couvre-feu de deux jours dans la province de Ninive le 14 mars. [Hassan Gallawe/Diyaruna]

Zurfi, membre de la coalition Nasr dirigée par l'ex Premier ministre Haider al-Abbadi, a maintenant 30 jours pour former un gouvernement, qui doit ensuite être confirmé par le Parlement.

Sa nomination se fait à un moment particulièrement tumultueux pour l'Irak, qui a subi près de six mois de manifestations de rue, l'effondrement des prix du pétrole, la nouvelle épidémie de coronavirus et les nouvelles attaques de roquettes que Washington impute aux forces pro-iraniennes.

Une source gouvernementale de haut niveau a déclaré à l'AFP que les factions politiques avaient intensément cherché quelqu'un pendant plusieurs jours, cherchant une figure « non conflictuelle » pour tenter de préserver le statu quo.

Un candidat précédent, Mohammad Allawi, n'avait pas réussi à former un cabinet avant le 2 mars, ce qui a déclenché un nouveau délai de 15 jours pour Saleh, qui devait se terminer tard mardi.

Des roquettes touchent la base

L'annonce du président a été faite quelques heures seulement après une nouvelle attaque à la roquette avant l'aube contre des troupes étrangères stationnées en Irak.

Deux roquettes ont frappé la base de Besmaya, à environ 60 km au sud de Bagdad, selon l'armée irakienne, la coalition dirigée par les États-Unis et l'OTAN, qui ont tous des forces stationnées sur place.

L'armée irakienne n'a pas fait mention de victimes, et un attaché de presse de l'OTAN a déclaré à l'AFP qu'aucun de ses soldats n'avait été blessé.

La semaine dernière a été marquée par une recrudescence des attaques à la roquette contre les bases irakiennes accueillant des forces étrangères, avec trois troupes de la coalition tuées le 11 mars dans une attaque contre la base aérienne de Taji, qui a à nouveau été ciblée le 14 mars.

Depuis fin octobre, 24 attaques à la roquette ont été menées contre l'ambassade américaine à Bagdad ou contre des bases où sont déployées des troupes étrangères, tuant au total trois militaires américains, un soldat britannique et un soldat irakien.

Aucune des attaques n'a été revendiquée, mais Washington a accusé le Kataeb Hezbollah, une faction soutenue par l'Iran au sein des Forces de mobilisation populaire (FMP), un réseau militaire qui a été incorporé dans les forces armées de l'État irakien.

Les États-Unis ont bombardé des dépôts d'armes du Kataeb Hezbollah en Irak en décembre, et à nouveau la semaine dernière, en guise de représailles.

Ils ont également tué le général iranien Qassem Soleimani et le chef adjoint des FMP lors d'une attaque de drone en janvier, déclenchant une profonde colère et des attaques de missiles en représailles de la part de l'Iran.

Bagdad verrouillée

Dans ce contexte de tourmente politique, l'Irak lutte pour limiter l'impact du coronavirus.

Selon un bilan de l'AFP établi par des médecins, la maladie COVID-19 aurait causé douze décès en Irak et infecté 133 autres personnes.

Bagdad entrera dans un couvre-feu de six jours à 23 heures mardi, et plus de la moitié des provinces irakiennes ont également annoncé des couvre-feux individuels de durée variable.

Tous les vols à destination et en provenance du pays ont été suspendus jusqu'au 24 mars.

Le grand ayatollah Ali Sistani, le plus grand responsable religieux chiite du pays, a annoncé mardi qu'il interdisait toutes les prières de groupe dans le pays.

Cette crise de santé publique survient après près de six mois de manifestations de rue exigeant l'éviction d'une classe dirigeante largement considérée comme corrompue, inepte et aux ordres de l'Iran voisin.

Les rassemblements populaires à Bagdad et dans le sud à majorité chiite ont été presque totalement éclipsés par les récents événements, mais la violence contre les manifestants a continué.

Lundi dernier, un manifestant a été tué avec un fusil de chasse à Bagdad, ont rapporté des médecins à l'AFP.

Plus de 550 personnes ont été tuées dans les violences liées aux manifestations depuis fin octobre.

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