Terrorisme

Le spécialiste de l’extrémisme irakien Hisham al-Hashemi assassiné

Faris al-Omran et AFP

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Le spécialiste irakien de la sécurité Hisham al-Hashemi a été assassiné le 6 juillet par des tireurs non identifiés devant son domicile à Bagdad. [Photo extraite de la page Facebook d’al-Hashemi, publiée le 1er décembre 2015]

Spécialiste de renom de l’extrémisme, Hisham al-Hashemi a été abattu devant son domicile à Bagdad lundi 6 juillet et est décédé peu après dans un hôpital local.

Al-Hashemi faisait autorité en matière de factions extrémistes, notamment « l’État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS), mais il était aussi fréquemment consulté par les médias et les gouvernements étrangers sur la politique intérieure de l’Irak et les milices irakiennes soutenues par l’Iran.

Il entretenait des liens chaleureux avec des décideurs de haut niveau, dont le président Barham Salih, mais il avait également la confiance de partis rivaux et de groupes armés, qui faisaient appel à lui comme médiateur.

L’enquêteur assigné au meurtre a déclaré à l’AFP qu’al-Hashemi, âgé de 47 ans, sortait de son domicile dans l’est de Bagdad et montait dans sa voiture lorsque trois hommes armés circulant sur deux motos lui ont tiré dessus à quelques mètres de distance.

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Des personnes en deuil s’embrassent lors des funérailles du spécialiste irakien de l’extrémisme Hisham al-Hashemi, abattu le 6 juillet devant sa maison dans le quartier de Zayouna à Bagdad. [Ahmad al-Rubaye/AFP]

Al-Hashemi a été blessé et s’est caché derrière sa voiture, mais les tireurs se sont approchés et lui ont tiré à quatre reprises à bout portant dans la tête, selon l’enquêteur.

Une source médicale de l’hôpital a confirmé à l’AFP qu’al-Hashemi avait subi « un déluge de blessures par balles sur plusieurs parties du corps ».

« Il est décédé et son corps est maintenant à la morgue de l’hôpital », a fait savoir Saad Maan, directeur du département des relations médiatiques du ministère.

Habitué aux menaces

Élevé à Bagdad, al-Hashemi avait publié plusieurs livres sur l’extrémisme avant de travailler avec des centres de recherche de premier plan, parmi lesquels Chatham House à Londres, et plus récemment le Centre for Global Policy de Washington.

Il avait apporté un fort soutien public aux manifestations populaires qui ont éclaté dans tout Bagdad et le sud de l’Irak en octobre, qui accusaient le gouvernement d’être corrompu, inefficace et aux ordres de l’Iran.

Plus de 500 personnes ont perdu la vie dans les violences liées aux manifestations, dont plusieurs militants importants tués par balles à Bagdad, à Bassorah dans le sud et dans d’autres villes théâtres de rassemblements.

Les assassinats politiques de haut niveau se sont globalement raréfiés ces dernières années.

Mais al-Hashemi était habitué aux menaces.

Après cette attaque, des militants ont partagé sur les réseaux sociaux des messages d’al-Hashemi dans lesquels il confirmait avoir reçu des menaces de mort de la Kataeb Hezbollah, la milice pro-iranienne la plus féroce en Irak.

Son assassinat a provoqué une onde de choc dans tout le pays. Des manifestants et des militants aux ambassadeurs étrangers et aux Nations unies, nombreux sont ceux qui n’ont pas tardé à le pleurer.

« Des lâches ont tué mon ami et l’un des plus brillants chercheurs en Irak, Hisham al-Hashemi. Je suis choqué », a écrit Harith Hasan, qui était chercheur universitaire avant de devenir conseiller auprès de l’actuel Premier ministre irakien.

Forte critique des milices soutenues par l’Iran

L’assassinat d’al-Hashemi signifie « la perte irréparable d’une personnalité éminente qui avait des vues objectives et professionnelles sur diverses questions de sécurité », a déclaré le politologue Ghanem al-Aabed à Diyaruna.

Il avait une expertise unique et étendue sur les rouages internes des groupes armés, et avait fortement soutenu les forces de sécurité dans leur guerre contre le terrorisme, en fournissant des conseils, des informations et des analyses de renseignements, a-t-il précisé.

Il était également connu « pour ses opinions libres et audacieuses contre l’influence croissante des membres de la milice soutenue par le CGRI et leurs efforts pour miner la stabilité et la sécurité [de l’Irak] », a-t-il poursuivi.

Al-Hashemi avait sévèrement critiqué les attaques à la roquette de ces groupes contre les installations gouvernementales et les missions diplomatiques et militaires étrangères, soulignant leur « mépris pour les vies civiles et la menace à la souveraineté [de l’Irak] », a rapporté al-Aabed.

Son assassinat « est la suite des crimes horribles commis depuis octobre dernier par les milices contre les jeunes manifestants et militants », a-t-il ajouté.

Les membres irakiens de l'État profond qui exécutent le programme de l’Iran veulent, par ces assassinats, « plonger l’Irak dans le chaos et répandre la terreur pour faire taire les voix qui appellent à établir l’État de droit et à mettre fin à la possession illégale d’armes », a-t-il déclaré.

Al-Aabed a appelé le Premier ministre Moustafa Kadhemi à « utiliser ses pouvoirs et ses responsabilités légales pour mettre un frein à l’influence et aux activités illégales de ces groupes », soulignant qu’existe un fort soutien populaire en faveur des mesures allant dans ce sens.

« Acte de lâcheté »

Kadhemi a juré qu’il demanderait des comptes aux tueurs d’al-Hashemi.

« Nous jurons à ses assassins que nous les poursuivrons afin qu’ils soient justement punis. Nous ne permettrons pas une seule seconde que les assassinats reviennent en Irak », a affirmé Kadhemi dans un communiqué.

« Nous ferons tout notre possible pour limiter la possession d’armes à l’État seul et ne permettre à aucune force d’être au-dessus de l’État de droit », a-t-il déclaré.

La plus haute responsable des Nations unies en Irak, Jeanine Hennis-Plasschaert, a qualifié ce meurtre « d’acte de lâcheté méprisable ».

« Nous adressons nos sincères condoléances à sa famille et à ses proches. J’appelle le gouvernement à identifier rapidement les auteurs de ces crimes et à les traduire en justice », a-t-elle écrit.

Al-Hashemi avait écrit plusieurs livres sur les groupes radicaux, dont « Le monde de l’EIIS » et « L’EIIS de l’intérieur », en plus de centaines d’articles et d’études, dont la dernière est une étude mettant en évidence les désaccords croissants entre les diverses factions des Forces de mobilisation populaire (FMP).

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