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Terrorisme

Les États-Unis s'en prennent aux acteurs libanais de l'ombre en Irak

AFP

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Mohammed Kawtharani, le chef du Hezbollah libanais, a repris une partie de la coordination politique des groupes paramilitaires pro-iraniens en Irak, qui était auparavant assurée par Qassem Soleimani, l'ancien commandant de la Force al-Qods du CGRI. [YouTube]

Quelques mois après que les États-Unis eurent abattu ce haut général iranien à Bagdad, ils offrent des millions de dollars pour toute information concernant le mystérieux homme qui a pris sa place, le courtier du Hezbollah Mohammed Kawtharani.

La semaine dernière, Washington a indiqué que Kawtharani avait « repris une partie de la coordination politique des groupes paramilitaires pro-iraniens » qui était auparavant assurée par le commandant de la Force al-Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique, Qassem Soleimani.

De fait, lorsqu'une attaque de drones en janvier a tué Soleimani et d'autres dans un petit convoi devant l'aéroport de Bagdad, on a cru dans un premier temps que le chef encore méconnu mais puissant du mouvement Hezbollah libanais épaulé par l'Iran était mort avec lui.

Mais il fut rapidement confirmé que Kawtharani, qui avait pendant longtemps dirigé la politique du Hezbollah en Irak, ne faisait pas partie des tués lors de cette attaque.

Les rumeurs sur son sort n'ont fait qu'attester de son rang parmi les courtiers pro-iraniens de l'ombre qui dirigent la politique en Irak.

Désireux de lutter contre l'influence de l'Iran en Irak, les États-Unis ont annoncé la semaine dernière une récompense pouvant atteindre dix millions de dollars pour toute information sur les activités ou les associés de Kawtharani.

Le Département d'État l'a accusé d'avoir hérité une partie du rôle de Soleimani en tant que coordinateur des factions pro-Téhéran qui ont attaqué des missions diplomatiques étrangères et « se sont engagées dans des activités criminelles à grande échelle ».

« Le chef d'orchestre »

Washington avait au départ imposé des sanctions contre Kawtharani qualifié de « terroriste » en 2013 pour avoir fourni « une formation, un financement, un soutien politique et logistique » aux groupes chiites irakiens.

Né en Irak à la fin des années 1950, Kawtharani a étudié dans la ville sainte de Najaf et est marié à une Irakienne avec laquelle il a eu quatre enfants.

« Kawtharani a été nommé à la tête du chapitre irakien du Hezbollah en 2003 et rendait directement compte à son secrétaire général Hassan Nasrallah », a expliqué une source proche des hauts dirigeants du Hezbollah.

À ce poste, ce cheikh à l'allure élancée voyageait souvent entre Bagdad et Beyrouth pour négocier avec des personnalités irakiennes, notamment dans les temps de turbulences politiques comme la formation des gouvernements et les élections.

« Dans ce rôle, il était un double de Soleimani», a expliqué à l'AFP un haut responsable irakien qui l'avait rencontré à plusieurs reprises.

« Il a une grande expérience et est le seul étranger, après Soleimani, à connaître de l'intérieur la scène politique iranienne », a indiqué une autre source du Hezbollah.

Pour le spécialiste de la politique irakienne Hisham al-Hashemi, Kawtharani porte « plusieurs casquettes ».

« Il est le chef d'orchestre de l'ensemble des loyalistes chiites », a expliqué Hashemi, en référence au grand nombre de partis chiites irakiens qui voient dans le Guide suprême iranien Ali Khamenei leur référence essentielle.

En tant que tel, il a minutieusement façonné un consensus entre les diverses factions politiques et armées chiites en Irak, mais il s'est également efforcé d'inclure les sunnites d'Irak aux côtés de leurs traditionnels rivaux chiites.

Une influence croissante

À la suite de la frappe américaine qui a tué Soleimani et le haut commandant irakien Abou Mahdi al-Muhandis, Kawtharani a vu son influence enfler encore pour inclure désormais la coordination avec les parties kurdes.

« Il est maintenant responsable de toutes les factions politiques », a poursuivi Hashemi.

Dans le même temps, il a tissé des liens entre l'Irak et le Liban, où le Hezbollah est contraint par les pressions financières résultant des sanctions américaines.

« Kawtharani exerce une emprise sur les responsables politiques irakiens, à tel point qu'il a demandé des millions de dollars à l'Irak l'année dernière pour résoudre la crise financière au Liban », a indiqué une source diplomatique à l'AFP.

La demande en a été faite en dehors des canaux officiels d'État à État, et rien ne dit qu'elle ait été traitée.

Et bien qu'un second responsable irakien ait confirmé que Kawtharani avait fait cette demande, une source proche du cheikh à Beyrouth en a réfuté l'existence.

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