Analyse

L’assassinat d’un expert irakien fait craindre de nouvelles violences

AFP

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Des manifestants irakiens portant des masques pour se protéger contre le coronavirus assistent à des funérailles symboliques pour le spécialiste irakien de l’extrémisme Hisham al-Hashemi, le 7 juillet sur la place Tahrir de Bagdad. [Ahmad al-Rubaye/AFP]

L’assassinat du spécialiste de l’extrémisme Hisham al-Hashemi a suscité des craintes que l’Irak n’entre dans une phase sombre et violente, alors que les tensions entre les factions pro-iraniennes et le gouvernement atteignent de nouveaux sommets.

Al-Hashemi, âgé de 47 ans, a été abattu devant son domicile dans l’est de Bagdad dans la soirée du lundi 6 juillet par des hommes masqués à moto.

Des experts affirment que cette mort marque un tournant majeur dans la violence politique qui couve depuis que les grandes manifestations ont éclaté en octobre.

« Les forces armées de diverses affiliations avaient certes déjà tué des manifestants et d’autres personnes prêtes à critiquer publiquement le gouvernement et les forces armées en toute impunité », a fait savoir Belkis Wille, de l’organisation Human Rights Watch.

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Des manifestants irakiens brandissent une pancarte sur laquelle on peut lire « la voix du droit tué par la balle du mal » lors des funérailles symboliques du spécialiste irakien de l’extrémisme Hisham al-Hashemi le 7 juillet, sur la place Tahrir de Bagdad. [Ahmad al-Rubaye/AFP]

« Mais tuer quelqu’un de sa stature fait penser à un pays où certains groupes sont tellement enhardis par l’impunité totale des exactions graves qu’ils peuvent tuer qui ils veulent sans en payer le prix », a-t-elle déclaré.

Au fil des ans, al-Hashemi avait développé un vaste réseau comprenant des décideurs de haut niveau, d’anciens extrémistes et des partis politiques rivaux, servant souvent de médiateurs pour eux.

Cet accès exceptionnel lui avait accordé un niveau de protection, selon ses proches, mais la balance a commencé à pencher en octobre.

Son soutien aux manifestations populaires contre un gouvernement considéré comme trop proche de l’Iran a déclenché la colère des factions soutenues par Téhéran au sein des Forces de mobilisation populaire (FMP).

Al-Hashemi a ignoré les menaces pour faire le médiateur entre les manifestants et les hauts fonctionnaires du gouvernement, alors même que des militants étaient abattus devant chez eux et que des dizaines d’autres étaient enlevés.

« Un nouveau mode opératoire »

« Les paramètres ont changé à partir d’octobre. On a vu un nouveau mode opératoire et un changement dans la confrontation avec les factions pro-iraniennes », a fait savoir Adel Bakawan, un spécialiste irakien qui connaissait al-Hashemi.

Selon d’autres, le véritable tournant a eu lieu en janvier, lorsque le général iranien Qassem Soleimani et le chef adjoint des FMP Abou Mahdi al-Muhandis ont été tués lors d’une frappe américaine près de l’aéroport de Bagdad.

Les factions de la ligne dure au sein des FMP, en particulier celles proches de Téhéran, comme la Kataeb Hezbollah, ont juré de se venger des États-Unis et de ses alliés en Irak.

Du fait qu’il entretenait des liens étroits avec des gouvernements étrangers, al-Hashemi était considéré comme une cible potentielle, et il a quitté Bagdad pendant quelques jours fin janvier.

« Hisham était conscient que les choses avaient changé », a rapporté Renad Mansour, chercheur pour Chatham House à Londres, qui a travaillé avec al-Hashemi pendant des années.

« La mort d’Abou Mahdi a déchaîné tous ces groupes qu’il avait essayé de contrôler et de centraliser. Nous en ressentons encore les effets », a-t-il déclaré.

Au sein du réseau, la Kataeb Hezbollah a accusé Moustafa Kadhemi de complicité dans la frappe meurtrière et s’est profondément opposée à son accession au poste de Premier ministre d’Irak en mai.

Al-Hashemi avait conseillé Kadhemi pendant des années, une relation qui l’a mis en « danger » lorsque l’ancien chef des services de renseignement est devenu Premier ministre, ont déclaré ses proches.

Al-Hashemi avait critiqué des éléments voyous des FMP et avait reçu des menaces d’au moins deux factions de la ligne dure, ont rapporté ses associés. Sa famille a expliqué qu’il avait été menacé par « l’État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS).

« C’est un assassinat politique qui représente à la fois le muselage de la liberté d’expression et un défi pour le gouvernement, son Premier ministre et tout plan de réforme », a conclu l’homme politique irakien Raed Fahmi.

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