Sécurité

Plusieurs groupes paramilitaires quittent les FMP pour rejoindre l’armée irakienne

Faris al-Omran

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Des responsables militaires irakiens participent en mars à une rencontre avec les leaders de quatre factions qui se sont retirées des Forces de la mobilisation populaire pour parler de l’intégration des membres de ces factions dans l’armée irakienne. [Photo fournie par la Cellule tactique]

Quatre groupes paramilitaires qui opéraient dans le cadre des Forces de la mobilisation populaire (FMP) ont annoncé le 18 mars qu'ils quittaient ces dernières et que leurs combattants seraient absorbées dans l'armée irakienne.

Liwa Ansar al-Marja'iyya, Liwa Ali al-Akbar, la Division de combat al-Abbas et la Division de combat de l’Imam Ali sont alignés sur le principal imam chiite d’Irak, Ali al-Sistani.

Leur décision de prendre leurs distances d’avec les FMP signale que l’institution religieuse de Najaf souhaite « contrôler et normaliser la situation », a expliqué Issam al-Fayli, professeur de science politique à l’Université al-Mustansiriyah.

Les factions apparues en réponse à la fatwa lancée en juin 2014 par al-Sistani, qui appelait les Irakiens à lutter contre la rapide expansion de « l’État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS), « doivent maintenant rejoindre l’institution militaire officielle », a-t-il expliqué à Diyaruna.

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Des membres de la milice Saraya al-Khorasani, épaulée par l’Iran, participent à un défilé militaire le 25 août 2019. [Photo diffusée sur Internet]

Les forces armées « doivent prendre leurs ordres du ministre de la Défense et être soumises à la règle de la loi de cette institution et à l’orientation et aux lois émises par les autorités gouvernementales », a poursuivi al-Fayli.

Les milices appuyées par l’Iran avaient profité de leur participation à la guerre contre l’EIIS pour renforcer leur influence et leur autorité aux dépens de l’État, agissant indépendamment de lui, a-t-il ajouté

Conserver les armes entre les mains de l’État

La décision de ces factions reflète une tendance générale en faveur de la « limitation des armes à l’État », a poursuivi al-Fayli, soulignant que leur décision de rejoindre l’armée irakienne pourrait « encourager d’autres factions à adopter une attitude similaire ».

Bien qu’ils aient affirmé faire partie du système de l’État, les groupes armés ayant des liens avec l’Iran sont connus pour rejeter ouvertement les décisions gouvernementales.

En août dernier, par exemple, la 30e brigade des FMP avait refusé d’abandonner ses positions dans les Plaines de Ninive à l’armée irakienne.

Les milices appuyées par l’Iran comme la Kataib Hezbollah, Harakat al-Nujaba, Asaib Ahl al-Haq, les Brigades de Badr et Saraya al-Khorasani sont également accusées de violer l’autorité de l’État.

Ces milices sont accusées de supprimer les manifestants irakiens qui s’opposent à leur influence, à la domination de l’Iran et au fait qu’elles minent la souveraineté de l’État, ainsi qu’à leurs attaques incessantes contre les forces de la coalition internationale en Irak.

« La vision d’al-Sistani est centrée sur le renforcement des institutions de l’État et le respect de la loi, et il compte veiller à ce que l’Irak ne devienne pas un théâtre de règlement de comptes », a précisé al-Fayli.

« Il est dans notre intérêt que toutes les factions soient intégrées dans les institutions officielles de l’État, et qu’elles prouvent leur loyauté à la patrie», a-t-il ajouté.

Nécessaire restructuration des FMP

« La question de la restructuration des FMP nécessite un accord politique, une volonté nationale et indépendante et une évaluation générale des mesures nécessaires à cet égard », a poursuivi al-Fayli.

L’ancien Premier ministre Adel Abdoul Mahdi avait publié en juillet dernier un décret portant intégration des FMP et de leurs factions dans les forces de sécurité, mais celui-ci n’a jamais été mis en œuvre, a-t-il indiqué.

La décision prise par quatre factions alignées sur Najaf de rejoindre l’armée irakienne « reflète les efforts visant à isoler et miner l’influence des milices irakiennes dont la loyauté va à l’Iran », a expliqué à Diyaruna l’expert en stratégie irakien Alaa al-Nashou.

Cette décision indique également que « ces factions ne souhaitent pas faire partie de l’agenda iranien, pas plus qu’elles ne veulent être responsables d’activités qui portent atteinte à la sécurité et à la souveraineté de l’Irak perpétrées par des agents irakiens de l’Iran », a-t-il continué.

Al-Nashou a souligné l’importance du démantèlement des FMP, soulignant que cette force manque « de pouvoir et de professionnalisme » et que son émergence n’était que le résultat de l’état d’urgence dans lequel s’était retrouvé l’Irak face à cette incursion de l’EIIS.

Maintenant que l’EIIS a été battu, « nous devons travailler à dissoudre ces factions et à intégrer leurs membres bien entraînés dans les institutions de sécurité », a-t-il estimé.

Cela limitera l'influence de l'Iran et le comportement des milices qui s’estiment être une contre-force, voire une force dominante face à l’État, a-t-il expliqué, en plus de favoriser la démilitarisation de la société irakienne.

S'éloigner des milices alignées sur l'Iran

Avant cette annonce, les leaders de ces quatre factions avaient rencontré le ministre irakien de la Défense Najah al-Shammari et d’autres responsables militaires pour discuter des mécanismes de leur intégration dans les forces armées.

Le ressentiment populaire contre le comportement des milices pro-iraniennes lors des récentes manifestations a été un facteur essentiel derrière la décision de ces factions de quitter les FMP, a expliqué à Diyaruna le journaliste Ziyad al-Sinjari.

Ces factions souhaitent se distancier de la colère de la rue à l’égard des milices pro-iraniennes, qui sont responsables d'avoir commis des atteintes aux droits de l’homme et des crimes et d’avoir pillé les ressources du pays, a-t-il ajouté.

Al-Sinjari a souligné que cette initiative intervient à un moment où les milices ont renforcé leurs attaques contre les forces de la coalition internationale, concluant qu’elle « envoie un message aux agents de l'Iran qu’eux seuls portent la responsabilité de leurs agissements ».

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