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Colère grandissante des Irakiens contre Moqtada al-Sadr

Faris al-Omran

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Des membres des « Casques bleus » de Moqtada al-Sadr se déploient sur la Place Tahrir de Bagdad sur cette photo diffusée sur les réseaux sociaux le 1er février.

L'imam populiste irakien Moqtada al-Sadr est l'objet d'une colère populaire croissante après ses récentes actions, notamment un changement de sa position concernant les manifestations nationales et les attaques contre des manifestants par les milices placées sous son contrôle.

Des dizaines d'entre eux ont été tués ou blessés le 5 février, lorsque les « Casques bleus » d'al-Sadr ont envahi les rues de la ville sainte de Nadjaf pour en chasser les manifestants.

Selon des témoins oculaires, ils ont incendié les tentes des manifestants, ont ouvert le feu contre eux et ont fait usage de grenades à main.

Les violences ont également envahi Kerbala et Bagdad et les réseaux sociaux ont diffusé de nombreuses vidéos montrant les agressions des sadristes contre les manifestants, en utilisant des matraques ou en les poignardant à l'aide d'objets pointus.

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Des manifestants descendent sur la Place Tahrir de Bagdad le 9 novembre 2019. [Diyaruna]

C'est ainsi qu'un manifestant de Bagdad qui a demandé à conserver l'anonymat a raconté à Diyaruna qu'il avait vu plusieurs de ses co-manifestants de la Place Tahrir être battus à coups de pied et frappés à l'aide de matraques par les partisans d'al-Sadr.

« Les agresseurs étaient des Casques bleus qui tentaient de reprendre la Place Tahrir et d'en chasser les manifestants, et ils ont réussi à le faire », a-t-il ajouté.

En réponse, d'énormes manifestations ont été organisées pour condamner la brutalité de ce type d'oppression, et un représentant du haut imam chiite Ali al-Sistani a condamné les violences à l'encontre des manifestants dans son prêche du vendredi 7 février.

Al-Sistani a déclaré que la violence était « douloureuse et regrettable » et que les forces de sécurité de l'État étaient « indispensables » pour empêcher que l'Irak « ne sombre dans les abysses du chaos ».

La force de la réaction à la violence sadriste a contraint al-Sadr à appeler ses partisans à se retirer de la Place Tahrir et à confier la sécurité aux forces irakiennes.

Retournement de position

Avant ces incidents, al-Sadr avait affirmé qu'il apportait son soutien aux manifestants, et avait annoncé qu'il formerait des groupes « non armés » pour assurer leur protection sous l'appellation de « Casques bleus ».

« Le masque d'al-Sadr est tombé », a affirmé l'analyste politique Abdoul Qader al-Nayel.

« Les attaques par ses partisans prouvent qu'il n'a jamais été sincère et ne cherche pas à mettre en œuvre des réformes ni à se faire le champion de la cause des manifestants comme il l'affirme », a-t-il déclaré à Diyaruna.

« Ce n'est qu'un voile derrière lequel il cache ses véritables intentions d'obtenir encore plus d'avantages politiques et de réduire les intérêts partisans », a-t-il poursuivi.

Les récentes violences « montrent le véritable visage d'al-Sadr en tant que chef d'une milice hors-la-loi qui pratique le meurtre et la persécution », a ajouté al-Nayel.

Il semble qu'al-Sadr cherche à combler le vide qu'a ouvert la mort du commandant de la Force al-Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique Qassem Soleimani, a-t-il affirmé, « afin de pouvoir renforcer son influence ».

« Les milices doivent être tenues pour responsables et traduites en justice », a estimé al-Nayel.

Rancœur de l'opinion

« Les gens ressentent colère et rancœur après les violences commises par les milices d'al-Sadr », a expliqué Ghazi Faisal Hussain, expert auprès du Centre irakien d'études stratégiques.

Les actions des sadristes ont inclus « la diffamation et les insultes contre l'honneur des manifestantes dans les réseaux sociaux », a-t-il raconté à Diyaruna.

« Viser des manifestants est inacceptable et viole la loi et la constitution qui protègent la liberté de manifester », a ajouté Hussain.

Aux termes de la législation irakienne, les manifestants sont autorisés à exprimer leur colère face à la situation économique qu'ils rencontrent et contre les milices pro-iraniennes qui menacent l'État.

« Al-Sadr, qui était favorable aux manifestations populaires, peut compter sur un bloc politique appelé Saeroon, et plusieurs observations ont fait état de son rôle dans le partage des intérêts économiques avec les autres partis et les milices », a-t-il indiqué.

« Il est question d'un lien fort entre al-Sadr, l'Iran et le Hezbollah, et de nombreuses questions se posent à propos du rôle du mouvement sadriste, qui porte aussi la responsabilité de la situation catastrophique dans laquelle se trouve le pays », a-t-il indiqué.

Hussain a souligné que « l'autorité religieuse de Nadjaf a apporté à plusieurs reprises son soutien aux manifestants et exprimé son rejet absolu des tentatives des milices de réprimer ces manifestations ».

« Les critiques des violences contre les manifestants de la part de Nadjaf se font de plus en plus fortes, ainsi que les appels aux forces de sécurité pour qu'elles fassent leur travail et désignent ceux qui ont tué des manifestants et les fassent traduire en justice », a-t-il ajouté.

Al-Sadr est le « jouet de l'Iran »

Le spécialiste de la sécurité Hatem al-Falahi a expliqué à Diyaruna que les incidents sanglants survenus à Nadjaf et les dangereuses violations perpétrées par les partisans d'al-Sadr « confirment la culpabilité d'al-Sadr dans l'agenda de l'Iran ».

Al-Sadr est « un jouet de l'Iran », a-t-il affirmé.

« Le régime iranien souhaite qu'al-Sadr dirige les portefeuilles politique et sécuritaire par l'intermédiaire de ses milices et qu'il s'efforce de mettre fin aux manifestations en faisant usage d'une force excessive », a-t-il expliqué.

La rencontre des hauts dirigeants des milices irakiennes appuyées par l'Iran dans la ville iranienne de Qom le 13 janvier, à laquelle avait assisté al-Sadr, « a défini les contours de cette orientation », a poursuivi al-Falahi.

« Les Iraniens cherchent à regrouper les milices irakiennes et à les offrir comme outils à al-Sadr, afin qu'il puisse consolider son pouvoir », a-t-il ajouté.

Al-Falahi a souligné que « les membres des milices Kataib Hezbollah, Harakat al-Nujaba et Kataib Imam Ali s'étaient joints aux Casques bleus lors de la récente répression contre les manifestants ».

Il a exprimé ses doutes quant à la décision prise par al-Sadr le 12 février de démanteler les Casques bleus, soulignant pour conclure qu'al-Sadr « avait à plusieurs reprises décidé de dissoudre et de geler ses milices afin de pouvoir les reconfigurer sous des noms différents ».

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Dieu me suffit et Il est le meilleur garant d'affaires!

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