Sécurité

Crise de confiance au sein des milices irakiennes épaulées par l'Iran

Faris al-Omran

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Les leaders d'une milice irakienne organisent une conférence de presse le 18 octobre 2016, dans la maison de Moqtada al-Sadr à Najaf. [Agence de presse irakienne TradeLink]

La direction change au sein du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) après la mort du commandant de la Force al-Qods Qassem Soleimani, qui a entraîné une crise de confiance au sein du CGRI et de profondes rivalités entre les milices pro-iraniennes en Irak.

Les tensions qui couvaient entre les diverses milices pro-iraniennes sont apparues au grand jour après que Soleimani et le commandant en second des Forces de mobilisation populaire Abou Mahdi al-Muhandis eurent été tués par une frappe aérienne américaine le 3 janvier à Bagdad, ont expliqué des analystes.

Esmail Qaani a remplacé Soleimani à la tête de la Force al-Qods, mais il n'arrive pas à s'imposer dans les pas de son prédécesseur, qui était généralement considéré comme le deuxième homme le plus puissant d'Iran après le Guide suprême Ali Khamenei.

Avant sa mort, Soleimani s'était largement déplacé dans la région, et avait régulièrement rencontré les différentes milices pro-iraniennes et avait su conserver un certain degré de cohésion et d'unité entre elles, ont poursuivi des analystes.

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Des membres de la milice pro-iranienne Harakat al-Nujaba lors d'une parade militaire sur cette photo postée en ligne le 5 août 2019. [Archive]

Mais aujourd'hui, malgré les efforts de Téhéran visant à rapprocher ces milices entre elles, les divisions persistent et même se creusent, ont-ils ajouté.

« Profondes divisions » entre les milices

Les « profondes divisions » entre les milices sont apparues manifestes lorsque le 20 février, les chefs de ces milices ont désigné un successeur à al-Muhandis, a expliqué à Diyaruna le journaliste et politologue irakien Ziyad al-Sinjari.

L'ancien secrétaire général de la Kataib Hezbollah Abdoul Aziz al-Mohammadawi a été désigné comme lieutenant en second des FMP.

Les divisions au sujet de sa nomination « montrent des tensions profondes et qui se creusent entre ces milices par suite de la lutte de pouvoir et des intérêts personnels », a-t-il ajouté.

Bien qu'elles demeurent fidèles à l'Iran et suivent les ordres du CGRI, ces milices « servent leurs propres intérêts et luttent avec férocité pour leur présence et leur influence face aux autres milices », a-t-il expliqué.

Lors d'une rencontre en janvier entre les chefs de ces milices à Qom, l'Iran avait tenté de « positionner [l'imam irakien] Moqtada al-Sadr sur le devant de la scène et [d'adoucir] ses relations avec les leaders des autres milices », a indiqué l'analyste militaire spécialiste en stratégie Hatem al-Falahi.

« Mais tous les chefs de milice, à commencer par le rival d'al-Sadr, Qais al-Khazaali, à la tête de la milice Asaib Ahl al-Haq, ne sont pas favorables à cette approche », a-t-il indiqué à Diyaruna.

Cela fait des années que les relations sont tendues entre al-Sadr et al-Khazaali, tous deux rivalisant pour l'influence au sein des autres milices, a-t-il dit.

Un accord visant à unifier ces milices pourrait rapidement s'envenimer et la situation pourrait alors échapper à tout contrôle avec l'émergence de conflits d'intérêts.

« Multitude de loyautés »

Ces milices se caractérisent par une « multitude de loyautés », a ajouté al-Falahi.

Celles qui adhèrent à la doctrine de la Wilayat al-Faqih (Tutelle du Juriste), qui appelle à l'allégeance au Guide suprême iranien, sont « les plus fortes en termes d'armement, d'équipement et d'influence », a-t-il précisé.

Il existe près d'une quarantaine de ces milices, dont les principales sont la Kataib Hezbollah, l'Organisation Badr, Asaib Ahl al-Haq et Harakat al-Nujaba, a-t-il indiqué.

Ces milices tentent « d'affirmer leur présence comme entités parallèles à l'État et d'imposer leur contrôle par la force », a-t-il expliqué.

Parallèlement, a-t-il ajouté, elles « infiltrent les institutions officielles de l'État et bâtissent leur pouvoir militaire, économique et de renseignement qui leur permettra de consolider leur domination ».

Mais la défiance règne entre les chefs de milices, depuis que des dizaines de rapports ont été déclassifiés en août 2018 concernant l'interrogatoire d'al-Khazaali lors de sa détention par l'armée américaine en Irak en 2007.

Ces rapports comportaient des confessions et des renseignements donnés par al-Khazaali aux enquêteurs américains concernant ses activités et ses relations, ainsi que celles d'al-Sadr, avec les services de renseignements iraniens.

Ils fournissaient également des détails sur le soutien financier et la formation que le CGRI apporte aux milices irakiennes.

Les milices perdent des soutiens

La défiance règne entre les diverses milices, ainsi qu'un sentiment croissant de frustration au sein des différents groupes, a expliqué à Diyaruna le politologue Ahmed al-Abyath.

Les milices présentes dans le sud de l'Irak perdent leur soutien et leur influence alors qu'elles luttent pour le pouvoir et ont réprimé les récentes manifestations, a-t-il ajouté.

Les chefs de ces milices sont conscients de la taille et de l'influence de l'Iran, a-t-il poursuivi, et ils ont tenté de « combler le vide laissé par Suleimani et al-Muhandis » et d'utiliser leur relation avec l'Iran pour renforcer leur influence.

Des efforts sont en cours pour tenter de resserrer le contrôle sur les ressources économiques des milices pour « les chasser des zones libérées », afin de les empêcher de détourner les ressources naturelles de ces régions pour leur propre bénéfice, a-t-il ajouté.

Al-Abyath a ajouté en conclusion qu'il s'attendait à ce que « les pressions américaines sur les milices et leurs leaders s'accentuent » et à ce que des sanctions soient imposées contre plusieurs individus.

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