Politique

La mort du commandant second des FMP favorise une lutte pour le pouvoir entre les milices

Faris al-Omran

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Le commandant en second des Forces de mobilisation populaire Abou Mahdi al-Muhandis vu ici avec le commandant de la Force al-Qods du CGRI Qassem Soleimani. Tous deux ont été tués par une frappe américaine le 3 janvier à Bagdad. [Photo diffusée sur Internet]

La mort du commandant en second des Forces de mobilisation populaire (FMP) Abou Mahdi al-Muhandis a distendu les liens qui existaient entre les milices irakiennes pro-iraniennes, ont expliqué des analystes irakiens.

Lorsqu'il était à la tête des FMP, al-Muhandis équilibrait le pouvoir entre ces différentes milices, avec l'objectif ultime de servir les ambitions de l'Iran en Irak.

Maintenant qu'il n'est plus là pour le faire, ces milices rivalisent pour le pouvoir, a expliqué Ghaith al-Tamimi, ancien imam au séminaire de Najaf.

« Depuis la disparition d'al-Muhandis, les dirigeants de ces milices cherchent à combler le vide et à s'emparer du pouvoir », a-t-il déclaré à Diyaruna, soulignant que les miliciens ne sont pas disposés à faire des compromis pour parvenir à un accord.

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Des membres de la milice irakienne pro-iranienne Asaib Ahl al-Haq participent à un défilé le 9 juin 2018. [Photo extraite du site Internet d'Asaib Ahl al-Haq]

Ces milices ne croient pas au dialogue ou au partenariat, a-t-il ajouté, et leur lutte pour le pouvoir et les privilèges qu'il confère pourrait prendre un tour violent.

Elles doivent s'entendre sur le nom du successeur d'al-Muhandis.

La Kataib Hezbollah, qui entretient des relations étroites avec l'Iran, a tenté de favoriser Abdoul Aziz al-Mohammedawi, également connu sous le pseudonyme d'Abou Fadak, pour ce poste. Mais son candidat a rencontré l'opposition des autres chefs de milices qui souhaitent conquérir ce poste.

Et les divisions se sont intensifiées, malgré les tentatives répétées de l'Iran de calmer la situation et d'aplanir les désaccords.

La dernière en date de ces tentatives a été une rencontre entre le commandant de la Force al-Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI-FQ) Esmail Qaani et plusieurs chefs de milices et responsables politiques lors de sa visite du 30 mars à Bagdad.

L'Iran voit les membres de ses milices en Irak comme des « fantassins qu'il ne souhaite perdre en aucun cas », a poursuivi al-Tamimi.

« Les divisions entre eux qui pourraient échapper à son contrôle sont vues par l'Iran comme une menace sérieuse à sa sécurité nationale, qui risquerait de porter atteinte à son hégémonie sur l'Irak et dans la région », a-t-il expliqué.

L'influence d'Al-Muhandis ne peut être vue indépendamment de celle de l'ex-commandant de la CGRI-FQ Qassem Soleimani, a précisé à Diyaruna Cheikh Muzahim al-Huweit, porte-parole des tribus de Ninive.

L'influence que Soleimani exerçait sur al-Muhandis lui permettait en réalité de diriger les milices irakiennes, a-t-il ajouté, et l'absence des deux hommes a « porté un coup violent qui a ébranlé la nature des relations entre ces milices ».

Elle a également eu une influence sur leurs relations avec l'Iran, a-t-il souligné.

Cette concurrence entre les milices révèle une crise plus profonde au sein du régime iranien, qui pâtit de profondes divisions dans la direction de l'État, ainsi que dans la gestion de la crise,a poursuivi al-Huweit.

De vieux conflits

Les divisions entre les diverses factions armées n'ont pas été uniquement déclenchées par la mort d'al-Muhandis et de Soleimani, a expliqué l'analyste stratégique et militaire Rabie al-Jawary.

« Cette lutte pour le pouvoir au sein des milices révèle en réalité un conflit pour le pouvoir politique qui existait avant leur mort, mais qui était dissimulé et paraissait moins évident que maintenant », a-t-il déclaré à Diyaruna.

Outre ces luttes intestines, elles « incitent à la division et au sectarisme entre les Irakiens, et soumettent l'Irak et sa souveraineté à des menaces constantes, qui servent leurs intérêts et répondent aux demandes de l'Iran », a-t-il ajouté.

« La dynamique des relations entre milices laisse entrevoir de nombreuses difficultés, et la perspective de conflits violents et de divisions entre elles », a précisé al-Jawary.

« Aujourd'hui, les chefs de ces milices craignent que leur sort soit similaire à celui d'al-Muhandis et de Soleimani », a-t-il continué, ajoutant que les milices pro-iraniennes devraient être soumises à des pressions de plus en plus fortes, notamment de la part des États-Unis.

Ces derniers ont récemment promis une récompense de 10 millions de dollars pour des informations concernant les activités et les réseaux de Mouhammad Kawtharani, un haut commandant du Hezbollah libanais qui opère en Irak.

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