Terrorisme

Les Irakiens demandent le départ des milices dans les régions libérées

Faris al-Omran

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Des membres de la milice pro-iranienne Asaib Ahl al-Haq vus sur cette photo non datée. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

De nombreux Irakiens exigent la fin du contrôle exercé par les milices pro-iraniennes sur les régions irakiennes libérées de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS).

Les habitants de ces régions se plaignent des violations commises par ces miliciens, notamment des enlèvements, des assassinats, des disparitions et des détournements de fonds et des ressources publics.

Mi-octobre, douze civils ont été enlevés dans le village de Farhatiya, dans la province de Salaheddine. Huit corps portant des blessures par balle ont été retrouvés, mais le sort des quatre autres reste incertain.

Les familles des victimes ont expliqué que la 42e brigade des Forces de mobilisation populaire, une faction de la milice Asaib Ahl al-Haq appuyée par l'Iran, est derrière ce crime, bien que la milice ait réfuté ces accusations et s'efforce d'en imputer la responsabilité à l'EIIS.

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Le Premier ministre irakien Moustafa Kadhemi assiste le 18 octobre à un service en mémoire des civils tués dans le village de Farhatiya, dans la province de Salaheddine. [Photo fournie par les services de la Primature]

« Ce n'est pas le premier crime commis par les milices contre les habitants des zones libérées », a expliqué le politologue Taha al-Lahibi à Diyaruna.

Les milices épaulées par l'Iran ont déjà visé les habitants de ces zones par le passé et continuent de le faire, a-t-il ajouté, soulignant qu'indépendamment du fait que ce soit imputable à l'EIIS ou aux milices pro-iraniennes, les civils « paient un prix très lourd ».

Les milices ont « enlevé et fait disparaître un grand nombre d'habitants » dans les régions qui étaient auparavant contrôlées par l’EIIS, notamment la ville de Mossoul, dans la province de Ninive, et dans les provinces de l'Anbar et de Salaheddine, a-t-il ajouté.

Selon les estimations, près de 1 000 civils seraient portés disparus dans Salaheddine, et leur sort reste inconnu, a expliqué al-Lahibi.

« S'y ajoutent près de 2 000 habitants déplacés et portés disparus dans la région de Jurf al-Sakhr, où les milices sont stationnées », a-t-il ajouté, affirmant que leur présence empêche le retour de ces personnes.

La situation est la même dans d'autres zones et villages libérés de l'EIIS, mais dont les habitants sont encore dans l'impossibilité de revenir, a poursuivi al-Lahibi.

En plus de bloquer le retour des civils, les milices contraignent les habitants à verser des pots-de-vin et des taxes, a-t-il ajouté, et ont exploité les ressources de l'État allouées aux zones libérées en présentant leur candidature à des contrats de construction publics.

L'incident survenu à Farhatiya « est une nouvelle preuve du caractère criminel de ces milices qui sont soutenues par le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien contre notre pays », a-t-il continué.

Il les a accusées de s'engager dans « des efforts systématiques pour favoriser le chaos et le sectarisme et détruire l'avenir de nos enfants ».

Ces groupes voyous doivent être mis hors-la-loi

Il a été demandé que ces milices soient expulsées des régions libérées de l'EIIS « car leur loyauté ne va pas à l'Irak », a déclaré l'expert militaire Jalil Khalaf Shwayel à Diyaruna.

Au lendemain des combats pour chasser l'EIIS, certaines milices ont mis à profit leur position de pouvoir pour terroriser les populations locales et priver les habitants de leurs droits, a-t-il précisé, soulignant que leur présence porte atteinte à la stabilité dans ces régions.

« Les villes libérées ont besoin d'importantes unités [militaires] chargées de préserver la sécurité et la sûreté du peuple », a-t-il ajouté.

« La sécurité de ces villes doit être de la responsabilité des seules forces officielles et régulières », a-t-il poursuivi, soulignant que la menace de l'EIIS subsiste.

Il a rappelé une attaque de l'EIIS le 27 octobre, lors de laquelle un important leader tribal a été tué dans le district d'al-Mouqdadiya de la province de Diyala, ainsi que quatre membres de sa famille.

Commentant la présence continue des milices, Shwayel a déclaré qu'il est « inacceptable de déployer des groupes voyous qui ne prennent pas leurs ordres de l'État, car ces groupes sont considérés hors-la-loi et doivent être tenus pour responsables ».

Le député irakien de Salaheddine Mouqdam al-Joumaili a estimé que les habitants des villes libérées « soutiennent l'autorité des forces de sécurité dans leurs régions et leurs efforts pour traquer les résidus terroristes ».

« La population locale apprécie des sacrifices des Forces de mobilisation populaire (FMP) et des forces tribales pour libérer leurs villes et éradiquer la menace de l’EIIS », a-t-il expliqué à Diyaruna.

Mais si éléments affirment appartenir aux FMP, ils commettent en réalité des crimes et des agissements illégaux contre les civils au nom de ces forces, salissant par là même leur réputation, a-t-il continué.

« Nous exigeons qu'un rôle plus important soit donné à la police locale pour la protection des villes libérées, car elle seule est capable de tenir le terrain et de protéger le peuple », a conclu al-Jumaili.

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