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Les partis irakiens débattent du nom du prochain Premier ministre dans un climat anti-iranien

Faris al-Omran et AFP

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Des manifestants irakiens manifestent alors que les flammes commencent à consumer le consulat d'Iran dans la ville sainte irakienne de Nadjaf le 27 novembre. [Haidar Hamdani/AFP]

Les partis rivaux d'Irak négociaient un nouveau gouvernement ce lundi 2 décembre, après que le précédent cabinet eut été renversé par un mouvement de protestation de deux mois exigeant un changement plus profond.

Après un peu plus d'un an au pouvoir, le Premier ministre Adel Abdoul Mahdi a démissionné la semaine dernière après une intervention dramatique du grand ayatollah Ali Sistani, le plus haut responsable religieux chiite.

Cela s'est passé suite à une vague de violence qui a fait plus de 420 morts, dont une grande majorité de manifestants.

Le parlement a officiellement chargé dimanche le président Barham Saleh de nommer un nouveau candidat, comme le prévoit la constitution.

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Des manifestants irakiens mettent le feu au consulat d'Iran à Nadjaf, ville sainte du sud de l'Irak, le 27 novembre. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Mais les factions concurrentes d'Irak se lancent généralement dans de longues discussions et des débats acharnés avant que des décisions officielles ne soient prises.

Les pourparlers en vue de nommer un nouveau Premier ministre ont commencé avant même la démission officielle d'Abdoul Mahdi, ont déclaré à l'AFP une source politique haut-placée et un responsable du gouvernement.

« Les réunions sont toujours en cours », a ajouté la source politique.

Les sources politique et du gouvernement ont déclaré que les deux partis envisageaient un gouvernement « de transition » qui superviserait la réforme électorale avant des élections législatives anticipées.

« Ce processus prendra au moins six mois, afin de préparer de nouvelles élections selon une nouvelle commission électorale », a fait savoir le responsable.

Attaque contre le consulat iranien

Par ailleurs, les manifestants ont continué à se rassembler à Bagdad et plus au sud à al-Diwaniyah, Hilla, Kut, et dans la ville sainte de Nadjaf.

Cette dernière a été secouée par des affrontements tard dans la nuit de dimanche entre des manifestants et des hommes armés protégeant la tombe vénérée d'un religieux chiite.

Dans ce qui constitue la dernière expression de fureur en date, des manifestants se sont rassemblés autour du consulat iranien, déjà vidé de ses diplomates, à Nadjaf dans la soirée du mercredi 27 novembre.

En criant « Iran dehors, Iran dehors », ils ont mis le feu à des pneus avant de prendre d'assaut le consulat lui-même, en brûlant certaines parties et remplaçant le drapeau iranien par le drapeau irakien.

« L'ingérence iranienne dans les affaires irakiennes a provoqué la colère de nombreux Irakiens », a déclaré un jeune manifestant à Nadjaf.

« L'incendie du consulat est un message clair à l'Iran afin qu'il reconsidère son rôle en Irak », a-t-il averti.

Des combattants tribaux sont intervenus pour maintenir la paix, et un calme tendu régnait lundi matin sur la ville.

Il s'agit du deuxième consulat iranien attaqué par des manifestants depuis que le mouvement populaire a éclaté le 1er octobre contre un gouvernement jugé corrompu et inefficace.

Avec une franchise sans précédent, des manifestants à Bagdad et dans tout le sud ont accusé l'Iran d'aller trop loin.

Ils affirment que l'Iran s'immisce trop dans la politique irakienne, qu'il exerce une influence indue sur ses acteurs armés et a même paralysé les industries irakiennes en inondant les marchés de ses propres produits.

Les manifestants ont frappé avec leurs chaussures contre des photos du major général Qassem Soleimani, qui est le commandant de la Force al-Qod du Corps des Gardiens de la révolution islamique (FQ-CGRI) iranien et l'homme de Téhéran en Irak.

Des sources ont indiqué que Soleimani a joué un rôle majeur pour convaincre les factions irakiennes de continuer à soutenir le Premier ministre Adel Abdoul Mahdi en difficulté, aggravant encore l'indignation des manifestants.

Montée de la colère en Irak

La récente escalade anti-iranienne est « un reflet évident et sérieux du ressentiment croissant des Irakiens face à l'influence iranienne », a expliqué à Diyaruna l'expert en stratégie Alaa al-Nashou.

Le régime iranien est à blâmer pour l'incendie du consulat iranien de Nadjaf, a-t-il affirmé, « car sa politique hostile à l'égard du peuple irakien et son soutien continu aux milices terroristes ont alimenté sa rage ».

Les habitants de Nadjaf et de Kerbala sont « très amers envers le régime iranien en raison de ses intentions malveillantes visant à dominer ces deux villes saintes qui représentent l'épicentre religieux des chiites », a-t-il ajouté.

Tout est fait pour que les habitants irakiens de ces villes se sentent comme des étrangers, a-t-il rapporté, le CGRI et les milices pro-iraniennes travaillant ensemble pour consolider leur influence et dominer l'establishment religieux.

Le mécontentement des Irakiens à l'égard du régime iranien provient de l'ingérence de ce dernier dans les affaires de leur pays et de sa volonté d'imposer la doctrine du Wilayat al-Faqih (Tutelle du Juriste), qui appelle à l'allégeance au Guide suprême iranien, Ali Khamenei, a-t-il poursuivi.

L'Iran cherche à « effacer l'identité [irakienne] et ses racines culturelles et historiques, et à faire de l'Irak l'arrière-cour de l'Iran pour faire main basse sur ses ressources », a-t-il ajouté.

« Les Irakiens se confrontent aujourd'hui directement au régime iranien, cherchant à défendre leur patrie contre les ambitions de l'Iran, à récupérer leurs ressources pillées et à vivre dans la paix et la prospérité », a conclu al-Nashou.

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