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Les manifestants irakiens dénoncent l'ingérence iranienne

Faris al-Omran

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Les Irakiens manifestent contre l'ingérence iranienne et la corruption gouvernementale depuis le 1er octobre. [Diyaruna]

Le rejet par l'opinion de l'ingérence iranienne est palpable dans le mouvement de protestation qui secoue l'Irak depuis le 1er octobre, expliquent manifestants et analystes.

Les slogans scandés dans les rues du sud du pays dominé par les chiites et inscrits sur les banderoles déployées lors des manifestations populaires reflètent la colère de la rue irakienne contre le régime iranien, indiquent-ils.

Certains manifestants rencontrés par Diyaruna ont indiqué être venus pour dénoncer l'influence du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) et de ses affiliés, qu'ils accusent d'attiser le conflit et de détourner la souveraineté de l'Irak.

Un manifestant sur la Place Tahrir de Bagdad, qui a demandé à être appelé « Abou Abbas », a expliqué à Diyaruna qu'il est désormais inacceptable de se taire au regard de ce qu'il qualifie « d'arrogance iranienne ».

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Des Irakiens participent à une manifestation lors d'une vague de protestations qui a éclaté en octobre. [Diyaruna]

L'une des principales revendications des manifestants est de « rester libres de la domination de ce régime et de ses ingérences qui menacent l'unité de notre pays, sa sécurité et son avenir », a-t-il ajouté.

Un autre manifestant, qui a demandé à n'être appelé que par son prénom, Laith, a déclaré à Diyaruna qu'il était venu sur la Place Tahrir depuis Bassorah, par solidarité avec les autres manifestants.

« Le mot d'ordre qui nous rassemble est que nous voulons être une nation libre et indépendante sans aucune ingérence iranienne », a-t-il expliqué à Diyaruna.

« Nous demandons que le régime iranien s'abstienne de nous porter atteinte avec ses milices qui font couler le sang irakien, détruisent notre économie, violent nos droits, nos libertés et notre souveraineté », a-t-il ajouté.

« L'Irak appartient aux Irakiens, et eux seuls peuvent déterminer leur avenir », a-t-il déclaré.

Une menace pour l'Iran

Les manifestations en Irak représentent une réelle menace pour l'Iran, qui s'efforce de consolider le pouvoir du CGRI et de ses affiliés en Irak et dans la région, en particulier dans les provinces du sud, ont expliqué des analystes.

« Les Iraniens ont été choqués lorsque les habitants de ces provinces ont commencé à manifester contre l'Iran et ses agents et par le fait que tous les segments de la société se dressent contre eux », a expliqué le spécialiste le la stratégie militaire Rabie al-Jawary à Diyaruna.

Ce qui rend cette colère publique si remarquable est le fait qu'elle n'est pilotée par aucun parti politique, a-t-il ajouté.

Les manifestants demandent des réformes et la fin de la corruption, a-t-il poursuivi, et ils « expriment courageusement leur colère contre le rôle négatif que joue l'Iran dans les affaires de leur pays ».

Selon al-Jawari , « il va sans dire que le régime iranien a peur, car les slogans qui le condamnent sont forts et clairs, et personne ne peut les nier ni sous-estimer leur impact ».

En réponse, a-t-il ajouté, l'Iran a tenté de protéger son influence, ce qui a suscité des mouvements de colère non seulement en Irak, mais aussi au Liban et en Syrie.

Téhéran a tenté de faire taire ces manifestations, plusieurs sources indiquant que le commandant de la force al-Qod du CGRI, le major général Qassem Soleimani, avait effectué plusieurs visites en Irak pour « conseiller » les autorités irakiennes sur la conduite à tenir face à ces manifestations.

Celles-ci sont un « cri du peuple irakien au visage de la tyrannie iranienne représentée par le CGRI, qui alimente partout le chaos par le biais de ses factions armées », a expliqué al-Jawari.

« Réaction naturelle »

À Bagdad, les manifestants ont arraché des photos des leaders iraniens et plusieurs vidéos circulent sur les réseaux sociaux qui montrent des manifestants effaçant « Rue Khomeini » des plaques de noms de rues dans le centre de Najaf.

Le 3 novembre à Karbala, une foule de manifestants s'est rassemblée devant le consulat d'Iran. Ils ont tenté de franchir les hauts murs, lancé des feux d'artifice contre le bâtiment et suspendu des drapeaux irakiens sur les fortifications en béton.

Quelqu'un a inscrit « Karbala est libre. Dehors l'iran, dehors ! » avec une bombe de peinture sur le mur du consulat.

Ces manifestations ont fait apparaître le niveau de colère des Irakiens contre la politique du régime iranien, qui « a semé le trouble contre les Irakiens et les autres peuples de la région », a expliqué à Diyaruna le spécialiste en stratégie Alaa al-Nashou.

La colère populaire contre l'hégémonie iranienne est une « réaction naturelle » au comportement du régime iranien, qui a tenté de consolider son pouvoir en affaiblissant ses voisins et en mettant la main sur leurs ressources, a-t-il indiqué.

Le peuple irakien est « conscient des ambitions iraniennes et refuse d'être une proie facile pour le CGRI et ses affiliés », a conclu al-Nashou.

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