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La réouverture du poste-frontière d'Arar stimulera l'économie de l'Irak

Faris al-Omran

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Des officiels irakiens et saoudiens assistent à la réouverture officielle du poste-frontière d'Arar entre les deux pays, le 18 novembre. [Photo fournie par le ministère irakien de l'Intérieur]

La réouverture du poste-frontière d'Arar entre l'Irak et l'Arabie saoudite est un nouveau signe du réchauffement des relations entre les deux voisins et aura des bénéfices tangibles pour le peuple irakien, ont indiqué des responsables irakiens et des observateurs régionaux.

Ce point de passage, qui relie la province occidentale de l'Anbar au royaume, a été officiellement rouvert le 18 novembre, après trente années de fermeture. Sa réouverture était à l'origine prévue en octobre 2019, mais elle avait été plusieurs fois reportée.

Les deux pays étudient aussi la réouverture d'un second point de passage à al-Jumayma, sur la frontière méridionale de l'Irak avec le royaume, a rapporté l'AFP.

Bagdad considère Arar comme une alternative potentielle à ses points de passage avec l'Iran, par lesquels l'Irak fait entrer dans le pays une grande partie de ses importations.

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Des parlementaires irakiens et saoudiens se rencontrent le 18 novembre à Bagdad pour discuter des accords bilatéraux destinés à lancer des investissements saoudiens de grande ampleur en Irak. [Photo fournie par le ministère irakien des Transports]

Par ailleurs, le gouvernement du Premier ministre irakien Moustafa Kadhemi cherche à accélérer l'investissement étranger, notamment le soutien saoudien aux secteurs de l'énergie et de l'agriculture.

Le gouvernement irakien anticipe que cette mesure viendra en soutien à l'investissement et au développement, tandis que les observateurs irakiens rencontrés par Diyaruna ont fait part de leur soutien au rapprochement irako-saoudien, expliquant qu'il témoigne d'un éloignement d'avec l'Iran.

Pour le vice-gouverneur de l'Anbar Moustafa al-Arsan, la réouverture de ce point passage est « le point culminant des réunions de collaboration entre l'Irak et l'Arabie saoudite qui ont lieu depuis près de deux ans».

Ce poste-frontière a été reconstruit grâce à un financement saoudien de 75 millions de dollars, a-t-il précisé à Diyaruna.

Il comporte plusieurs bâtiments, des installations de service, des zones de parking pour le fret commercial et le trafic de passagers, des systèmes de contrôle, un centre de pesage des poids lourds et deux stations électriques et de purification d'eau.

Ces dernières années, le poste frontalier d'Arar a été rouvert avec une jauge limitée pour permettre le passage des pèlerins du hadj et de l'oumrah, a-t-il continué, ajoutant qu'avec la réouverture officielle, il pourra de nouveau être utilisé pour les échanges et le commerce.

Ce poste-frontière « sera une passerelle et une artère économique vitale pour l'Irak », a-t-il poursuivi, soulignant que « la reprise des voyages et des échanges industriels avec l'Arabie saoudite générera des recettes pour le Trésor, créera des emplois et fera renaître l'économie locale ».

Renforcement des liens entre Irakiens et Saoudiens

Le Conseil de coordination irako-saoudien, mis en place en 2017 pour améliorer les liens entre les deux pays, a facilité cette réouverture, en se réunissant plusieurs fois avant la cérémonie officielle.

Une importante délégation saoudienne s'était rendue à Bagdad le 8 novembre pour finaliser les accords d'investissement dans les secteurs de l'agriculture et de l'industrie, pour un montant de plusieurs milliards de dollars.

Le 10 novembre, un sommet irako-saoudien avait été organisé par télévision en circuit fermé qui avait réuni Kadhemi et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman.

Elle avait permis de poser les fondements d'une coopération politique, économique et sécuritaire, en ouvrant les portes à des entreprises saoudiennes désireuses d'investir en Irak.

La prochaine étape suivant la réouverture du poste-frontière d'Arar consistera en la nomination d'un attaché commercial saoudien pour desservir Bagdad.

Al-Arsan a expliqué que l'Arabie saoudite dispose d'une large expérience dans de nombreux secteurs, notamment l'agriculture et le bétail, et qu'elle pourra aider l'Irak à développer ses ressources par l'intermédiaire d'importants projets d'investissement.

Ce type d'aide au développement aidera les Irakiens sur les plans économique, des services et du développement , a-t-il indiqué.

Le député irakien Yahya al-Mohammadi a souligné l'importance de promouvoir et de renforcer le partenariat entre l'Irak et l'Arabie saoudite.

Cela contribuera au développement de l'économie irakienne et à la mise en place de relations étroites mutuellement bénéfiques pour les deux pays, a-t-il déclaré à Diyaruna.

« Nous espérons que l'ouverture du poste-frontière d'Arar marquera le début d'une activité commerciale de grande ampleur entre l'Irak et l'Arabie saoudite, le départ de projets d'investissement et une importante ouverture vers l'Arabie, qui contribuera à servir les efforts de reconstruction et de développement et attirera les investissements », a-t-il déclaré.

« L'Irak offre désormais un environnement favorable à l'investissement », a ajouté al-Mohammadi.

Selon lui, il est nécessaire pour l'Irak de s'ouvrir et de mettre en place une coopération avec les autres pays arabes et de construire des partenariats et des relations équilibrés dans son environnement régional basés sur le principe des intérêts mutuels.

Opposition des factions pro-iraniennes

L'ouverture de ce poste-frontière et le rapprochement entre l'Irak et l'Arabie saoudite irritent les factions pro-iraniennes, qui ont menacé de s'opposer à cette mesure, ont indiqué des observateurs irakiens.

Avant l'ouverture d'Arar, l'un de ces groupes se faisant appeler Ashab al-Kahf a publié une déclaration annonçant son « rejet du projet saoudien en Irak », a rapporté l'AFP.

Kadhemi a dénoncé ces menaces le 17 novembre lors d'une conférence de presse, soulignant que son gouvernement travaille au rapprochement avec l'Arabie saoudite et à l'ouverture de ses portes aux investissements saoudiens.

Le rapprochement irako-saoudien accroîtra l'isolement de l'Iran sur la scène internationale et le privera des avantages économiques qu'il tire de ses exportations vers le marché irakien, ont ajouté les observateurs.

Les relations étroites entre Bagdad et Riyad auront également un impact sur l'influence de l'Iran et ses efforts d'entraver l'Irak avec des accords sécuritaires et économiques qui ne servent pas ses intérêts, ont-ils affirmé à Diyaruna.

Les Irakiens ont appelé à plusieurs reprises l'Iran à mettre un terme à ses politiques hostiles et à arrêter de faire peser des menaces par le biais de ses intermédiaires, a déclaré à Diyaruna Ghazi Faisal Hussein, directeur du Centre irakien d'études stratégiques.

Mais l'Iran continue de financer ses intermédiaires en Irak et de leur fournir des armes et des missiles afin de déstabiliser, contrôler et exploiter l'Irak et ses ressources, a-t-il ajouté.

L'Irak est un État souverain qui a le droit de fonder des relations intégrées avec chacun, a-t-il poursuivi, en fonction de ses propres intérêts stratégiques et d'une politique équilibrée.

« Quant à l'Arabie saoudite, c'est un pays riche et développé dans plusieurs domaines et qui est considéré comme le cinquième pays le plus puissant dans le monde », a-t-il affirmé.

Les deux pays partagent également des liens familiaux et tribaux, ainsi que des liens historiques et d'autres traits communs, a-t-il encore ajouté, précisant que « l'Arabie saoudite a joué un rôle positif et constructif » en Irak.

« Pour l'Irak, il est important de bénéficier des capacités saoudiennes disponibles, notamment en termes d'investissement », a-t-il poursuivi.

L'investissement agricole saoudien en Irak, qui comprend la réhabilitation de milliers d'hectares de terres agricoles et la création de secteurs industriels alimentaires et de production de grande ampleur, est d'une importance critique, a-t-il conclu.

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