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Le réchauffement des relations entre l'Irak et certains États arabes irrite l'Iran et ses intermédiaires

Faris al-Omran

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Le Premier ministre irakien Moustafa Kadhemi rencontre des membres du Conseil de coordination irako-saoudien, le 8 novembre à Bagdad. [Photo fournie par les services de la Primature]

L'initiative prise par le gouvernement irakien de renforcer les liens avec les pays arabes voisins a suscité la colère de l'Iran et de ses intermédiaires, dont les médias associés se sont mobilisés contre ces efforts pour manipuler l'opinion publique irakienne, expliquent les spécialistes.

Depuis l'annonce début novembre d'un plan saoudien destiné à réaliser des investissements sur un million d'hectares dans les déserts de l'Anbar et de Samawa, les milices et les factions fidèles à l'Iran ont monté une campagne concertée pour dénigrer ce plan.

Parmi elles, la Kataeb Hezbollah, Asaib Ahl al-Haq, al-Noujaba et l'alliance al-Fatah, une coalition parlementaire dirigée par Hadi al-Amiri.

Des groupes quasi unanimement considérés comme des façades pour la Kataeb Hezbollah, tels que le groupe Raba Allah, ont lancé des menaces contre d'éventuels investissements saoudiens.

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Un sommet tripartite a été organisé le 25 août entre le Premier ministre irakien Moustafa Kadhemi, le roi Abdoullah II de Jordanie et le président égyptien Abdoul Fattah al-Sisi à Amman pour discuter du renforcement de la coopération entre les trois pays. [Photo fournie par les services de la Primature]

Les chaînes de télévision appartenant aux milices, notamment al-Ahed, affiliée au chef de la milice Asaib Ahl al-Haq, Qais al-Khazaali, ont qualifié ces investissements saoudiens de tentative de « coloniser le pays ».

Cela a incité le Premier ministre irakien Moustafa Kadhemi à réfuter cette contre-vérité de « colonialisme saoudien » promue par certaines factions, le 18 novembre, qualifiant cette calomnie de « honteuse ».

Les milices cherchent à contrôler les ressources de l'Irak

Pour le politologue Adel al-Ashram, le rapprochement avec l'Arabie saoudite « provoque la furie » de ces milices parce qu'elles veulent que l'Irak soit isolé de ses voisins arabes ».

Elles souhaitent que l'Irak reste uniquement ouvert aux investissements iraniens et aux « produits de mauvaise qualité » et demeure un débouché pour faire revivre son économie aux dépens de l'économie irakienne et des intérêts des Irakiens, a-t-il déclaré à Diyaruna.

Les médias affiliés à ces milices n'ont eu de cesse de diffuser des messages pernicieux pour unir les opposants à ce réchauffement des relations avec le royaume, en déformant les développements politiques et économiques et en tentant de tromper les gens en qualifiant ces investissements saoudiens de « colonialisme ».

« Or, ceux qui tentent de coloniser le pays sont les milices elles-mêmes, qui s'efforcent de contrôler et de voler les ressources du pays et violent sa souveraineté nationale », a poursuivi Al-Ashram.

« Ces milices sont une pierre d'achoppement pour tous les plans ou toutes les politiques qui visent à éloigner l'Irak de l'influence de l'Iran, et elles tentent en permanence de perturber tous les investissements, afin que le pays soit entièrement dépendant de l'Iran, dont l'économie est dans une situation très difficile », a-t-il ajouté.

L'Arabie saoudite est un pays aux ressources et aux capacités énormes, et ses investissements en Irak contribueraient au développement du pays en faisant repartir le secteur de la construction et en fournissant des emplois, a-t-il précisé.

Malgré la pression exercée par les milices affiliées à l'Iran, le rapprochement irako-saoudien a atteint son point d'orgue avec la signature de partenariats économiques et de développement et d'accords commerciaux de grande ampleur.

La pire crainte de Téhéran

Ces accords interviennent dans le contexte des efforts déployés par le gouvernement irakien de s'ouvrir au monde arabe.

Un sommet organisé le 25 août dans la capitale jordanienne, Amman, entre Kadhemi, le roi de Jordanie Abdoullah II et le président égyptien Abdoul Fattah al-Sisi a débouché sur un accord mutuel quant à la signature d'accords économiques dans les secteurs de l'énergie et du pétrole, le commerce intra-communautaire et l'investissement.

Les trois dirigeants sont convenus d'un projet d'interconnexion électrique qui aidera l'Irak à mettre un terme à sa dépendance envers l'Iran pour répondre à ses besoins électriques.

L'Irak importe actuellement 1 200 mégawatts d'électricité depuis l'Iran, ainsi que du gaz naturel pour faire tourner ses centrales électriques qui alimentent son réseau électrique avec près de 3 300 mégawatts. Cela coûte au Trésor irakien des sommes d'argent colossales.

Le journaliste et militant des droits de l'homme irakien Ahmed al-Hamdani a expliqué à Diyaruna que la pire crainte de Téhéran est que l'Irak ne retourne dans le giron arabe et établisse des liens économiques et stratégiques forts basés sur le respect mutuel et des partenariats.

« L'Iran voit toute initiative dans ce sens comme une menace directe pour lui, qui le privera des sommes d'argent colossales qu'il retire de ses exportations de divers produits et marchandises vers l'Irak », a-t-il continué.

Téhéran ambitionne de porter le volume de ses échanges commerciaux avec Bagdad à près de 20 milliards de dollars par an.

Abou Alia, un habitant de Bagdad qui a demandé à conserver l'anonymat, a déclaré qu'il rejette les tentatives faites par les milices pro-iraniennes et leurs chaînes satellitaires affiliées de bloquer le rapprochement entre le gouvernement et les pays arabes.

L'établissent de relations étroites avec le monde arabe non seulement aidera l'Irak économiquement, mais affaiblira aussi l'influence néfaste de l'Iran », a-t-il affirmé à Diyaruna.

« Nous sommes sur la bonne voie pour mettre un terme à l'influence de l'Iran et de ses alliés », a-t-il conclu.

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