Droits de l'Homme

Les activistes alertent sur l'imminence d'une catastrophe sanitaire à Idlib sous les frappes russes et du régime

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Les camps de déplacés sont inondés dans la province syrienne d'Idlib, le dernier bastion de l'opposition dans le nord-ouest de la Syrie. [Photo fournie par la défense civile syrienne]

Activistes et travailleurs humanitaires présents dans la région d'Idlib mettent en garde de l'imminence d'une catastrophe sanitaire au vu des frappes persistantes sur la région par les forces syriennes et russes.

Dans le dernier territoire tenu par l'opposition en Syrie, les cas de nouveau coronavirus (COVID-19) sont en augmentation rapide.

La zone abrite près de quatre millions de personnes, pour la plupart déplacées et qui vivent dans des camps ou des constructions inachevées.

Khaled al-Khatib, membre de la défense civile syrienne (les Casques blancs), a expliqué à Diyaruna que les frappes aériennes russes d'une part, et les bombardements du régime syrien de l'autre ont déplacé les familles qui étaient revenues il y a peu dans leurs maisons, les contraignant de retourner dans les camps.

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Des membres de la défense civile syrienne (les Casques blancs) aident une famille à quitter sa ville pour échapper à la reprise des bombardements par les forces du régime syrien et leurs alliés. [Photo fournie par la défense civile syrienne]

Malgré une trêve à Idlib annoncée en mars par la Russie, les appareils russes ont mené huit frappes aériennes successives contre la localité d'al-Hamama, près de Jisr al-Shughour, dans la campagne de l'ouest d'Idlib, le 15 octobre, tuant deux civils et en blessant plus de dix autres.

Et le 4 novembre, quatre enfants étaient parmi les sept civils tués par des bombardements du régime syrien dans la province.

« Les déplacements et la promiscuité dans les camps déjà surpeuplés ont conduit ces dernières semaines à une hausse du nombre de cas de COVID-19 », a déclaré al-Khatib.

Bien qu'il soit difficile de connaître le nombre précis de cas de contaminations et de décès qui s'en sont suivis, a-t-il ajouté, on estime à 10 000 personnes le nombre de personnes diagnostiquées avec le virus, dont une centaine sont décédées.

La région est confrontée à une grave pénurie de kits de test de la COVID-19. Dans le même temps, nombreuses sont les personnes qui présentent les symptômes du coronavirus mais qui ne se rendent pas dans un dispensaire médical pour s'y faire examiner ou tester, a-t-il ajouté.

« Dans le nord-ouest [de la Syrie], le nombre de cas confirmés a été multiplié par six au cours du dernier mois, et ce nombre augmente aussi dans les camps de déplacés et les implantations », avait indiqué Mark Lowcock, secrétaire général adjoint des Nations unies en charge des Affaires humanitaires, en octobre dernier.

« La distanciation sociale ne peut être respectée »

Al-Khatib a expliqué qu'en collaboration avec d'autres organisations gouvernementales et humanitaires, les Casques blancs ont mis en place plusieurs centres médicaux et traité les personnes infectées par le virus.

Toutefois, a-t-il expliqué, la menace d'une catastrophe sanitaire pendant la saison d'hiver plane toujours sur la région d'Idlib.

« Les organisations médicales et humanitaires font tout ce qu'elles peuvent pour promouvoir les pratiques de distanciation sociale, mais le surpeuplement dans les camps complique énormément les choses, en particulier en hiver », a indiqué à Diyaruna Moussab Assaf, activiste civil d'Idlib.

La plupart des routes qui conduisent aux camps de réfugiés ainsi que les camps eux-mêmes sont inondés, ce qui perturbe et retarde la distribution de l'aide, a-t-il précisé, ajoutant qu'un financement médical inapproprié avait exacerbé le problème.

Le nombre de personnes tuées et blessées par les bombardements du régime syrien est également en hausse dans la ville d'Idlib et dans les localités d'Ariha, Shannan, Ehsim, Sarjah, Kansafra, Marayan, Balyoun et al-Bara dans le sud rural d'Idlib, et dans de nombreuses autres régions dans le nord d'Idlib, comme la localité de Kafraya.

Les habitants de ces localités, a poursuivi Assaf, sont contraints de partir et les organisations humanitaires tentent de faciliter leur transport vers des régions relativement plus sûres, dans des villages et des camps proches de la frontière avec la Turquie.

Hani al-Numan, un ancien habitant de Maaret al-Numan, qui a récemment déménagé avec sa famille vers une localité proche de la frontière turque, a expliqué que des centaines de familles se regroupent dans les maisons parce qu'il n'y en a pas assez pour accueillir tous les déplacés internes (DI) et que les camps ont atteint leur pleine capacité.

« La situation ne cesse d'empirer en raison des frappes aériennes qui visent plusieurs localités peuplées, rendant les conditions de vie pour la plupart des habitants de la région d'Idlib encore pires », a-t-il ajouté pour Diyaruna.

En raison des prix élevés des carburants et du bois de chauffe, la plupart des familles ne peuvent habiter dans des maisons chauffées par temps froid, « et la première préoccupation de la plupart de ces familles est de trouver tout ce qui peut brûler », a-t-il conclu.

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