Politique

Accord « historique » sur Sinjar entre l'Irak et la région kurde

Faris al-Omran

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Le 9 octobre, le Premier ministre irakien Moustafa Kadhemi préside une réunion avec des responsables kurdes afin de parvenir à un accord sur le statut du district de Sinjar. [Photo fournie par les services de presse de la Primature]

Le gouvernement irakien a conclu vendredi 9 octobre un accord avec la région autonome kurde sur le statut du district de Sinjar, dans l'ouest de Ninive.

Cet accord historique implique des accords sur la sécurité, l'administration civile, la reconstruction et le retour des déplacés internes (DI).

Une administration conjointe sera créée à Sinjar par le gouvernement fédéral et la région kurde, et les forces fédérales superviseront la sécurité, en coopération avec les forces kurdes.

Selon les termes de cet accord, tous les groupes armés devront se retirer de la zone, y compris les Forces de mobilisation populaire (FMP).

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Les différends administratifs entre Bagdad et la région kurde, ainsi que la présence de milices soutenues par l'Iran, ont entravé les possibilités de reconstruction du district de Sinjar après sa libération de l'EIIS. [Photo fournie par Sinjar Madinati]

Depuis que « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) a été expulsé du district fin 2014, Sinjar a souffert de discordes concernant les dispositifs de sécurité, les services publics et l'absence d'une administration unifiée.

Cela a empêché le retour à une vie normale dans le district et entravé les initiatives pour le retour des populations déplacées.

Progrès avec la région kurde

En coordination avec le gouvernement régional kurde, le gouvernement « jouera son rôle fondamental de mise en œuvre correcte de l'accord pour assurer son succès, en coopération avec le peuple de Sinjar », a déclaré le Premier ministre irakien Moustafa Kadhemi dans un communiqué, le 10 octobre.

Le retard dans le rétablissement de la stabilité à Sinjar s'est fait au détriment de la population locale, a-t-il indiqué, « qui a précédemment souffert aux mains des gangs terroristes de l'EIIS, et qui souffre maintenant d'un manque de services ».

Kadhemi a souligné le rejet par le gouvernement de la présence de groupes armés dans le district.

L'accord « accélérera et facilitera le retour des DI et sera le début d'une solution aux problèmes de toutes les régions d'Irak qui présentent une grande diversité ethnique et religieuse », a déclaré Kadhemi.

La représentante des Nations unies en Irak, Jeanine Hennis-Plasschaert, a déclaré le 9 octobre qu'elle espérait que cet accord ouvrira « un nouveau chapitre pour Sinjar, dans lequel les intérêts du peuple de Sinjar passeront en premier », et qu'il « aidera les personnes déplacées à rentrer chez elles, à accélérer la reconstruction et à améliorer la fourniture des services publics ».

L'accord reflète « un remarquable rapprochement entre les gouvernements [fédéral] et kurde », a déclaré le journaliste et analyste politique irakien Ziad al-Sinjari à Diyaruna.

Il a été conclu après des mois de discussions bilatérales, a-t-il rapporté, ajoutant qu'il s'inscrit dans le cadre des efforts du nouveau gouvernement pour progresser en ce qui concerne le règlement des désaccords en suspens avec la région kurde.

Ces désaccords portent principalement sur la gestion des districts administratifs partagés, dont celui de Sinjar, a-t-il précisé.

« S'il est mis en œuvre, cet accord contribuera à relancer les projets de reconstruction dans le district et à mettre fin aux souffrances de la population déplacée », a déclaré al-Sinjari.

Il a noté que des milliers de personnes déplacées, principalement des Yézidis, habitent toujours dans des camps de la région kurde.

Les milices soutenues par l'Iran menacent l'accord

Al-Sinjari a toutefois mis en garde que cet accord pourrait être menacé par les factions pro-iraniennes.

Les chefs de milice ont déjà manifesté leur mécontentement à l'égard de cet arrangement, a-t-il déclaré, car il stipule que tous les groupes armés doivent quitter le Sinjar.

Pour Qais al-Khazaali, le leader d'Asaib Ahl al-Haq, cet accord n'est qu'une « courtoisie politique ».

« Il est difficile d'imaginer que l'Iran et ses intermédiaires resteront les bras croisés s'ils sont forcés d'évacuer le district, qui se trouve sur la route utilisée pour le transfert des combattants et des armes iraniennes vers la Syrie en passant par l'Irak », a indiqué al-Sinjari.

Les milices soutenues par l'Iran, qui ont été impliquées dans des actes de déplacement et de violence contre des membres des tribus arabes à Sinjar, « exercent aujourd'hui une forte influence dans le district, et elles n'y renonceront certainement pas facilement », a-t-il conclu.

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