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Terrorisme

Les milices pro-iraniennes bloquent l'accord de Sinjar

Faris al-Omran

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Le Premier ministre irakien Moustafa Kadhemi rencontre des représentants du district de Sinjar, le 15 novembre. [Photo fournie par les services de la Primature]

Les milices irakiennes pro-iraniennes bloquent un accord conclu entre le gouvernement irakien et la région autonome du Kurdistan concernant le statut du district de Sinjar, dans l'ouest de Ninive, en refusant de se retirer de la zone, ont indiqué des responsables locaux.

Cet accord, avalisé le 9 octobre, définit les protocoles d'accord portant sur la sécurité, l'administration civile, la reconstruction et le retour des déplacés internes (DI).

Aux termes de cet accord, le gouvernement fédéral et l'autorité kurde doivent mettre en place une administration conjointe à Sinjar, dans le cadre de laquelle les forces fédérales prendront en charge la sécurité, en coopération avec les forces kurdes.

Aux termes de cet accord, tous les groupes armés devront se retirer de la zone, notamment les Forces de mobilisation populaire (FMP). Mais les milices ont à ce jour refusé de quitter leurs positions et de se retirer du district.

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Le ministre irakien des Migrations Evan Faeq Jabro s'entretient avec des femmes yézidies déplacées dans un camp de déplacés du nord de l'Irak, le 27 juillet. [Photo fournie par le ministère irakien des Migrations et des Déplacements]

Ce non-respect de l'accord va à l'encontre de la détermination du gouvernement irakien à démontrer son engagement en faveur de la mise en œuvre de l'accord et de la résolution de toutes les questions en suspens dans la région kurde, ont expliqué les responsables.

Lors d'une réunion du 15 novembre à Bagdad avec une délégation de Sinjar, le Premier ministre irakien Moustafa Kadhemi a confirmé l'engagement de son gouvernement à trouver des solutions aux problèmes du district.

« La solution doit être trouvée en interne plutôt que par des parties externes », a-t-il expliqué, soulignant que « la loi suffit à bâtir les fondations d'un État fort [...] qui favorise la diversité ethnique et religieuse ».

Une diversité « que nous considérons comme une force plutôt que comme une faiblesse », a-t-il continué.

Nechirvan Barzani, le président du gouvernement régional kurde, a souligné sa détermination à mettre en œuvre l'accord de Sinjar, précisant qu'il s'adresse à « toutes les composantes de l'Irak ».

Les milices rejettent l'accord de Sinjar

Ces dernières années, ont expliqué des observateurs à Diyaruna, ces milices ont exploité les différends politiques entre le gouvernement fédéral et la région kurde pour étendre leur influence dans ce district.

« Au moins 15 000 miliciens armés sont déployés dans Sinjar », a indiqué Cheikh Mouzahim al-Huweit, un porte-parole des tribus à Ninive.

Ils sont répartis entre 17 factions armées liées à l'Iran, dont la Kataeb Hezbollah, Asaib Ahl al-Haq, Harakat al-Noujaba, l'Organisation Badr, les Brigades Sayyid al-Shuhada et les Brigades de l'Imam Ali, a-t-il précisé à Diyaruna.

« La Kataeb Hezbollah et d'autres milices ont fait connaître leur rejet de l'accord de Sinjar et ont cherché à bloquer sa mise en œuvre et ignorent ses dispositions », a ajouté al-Huweit.

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) conserve même un quartier général à Mont Sinjar pour superviser les activités des milices, a-t-il poursuivi, soulignant que ces milices sont « un obstacle majeur » à la normalisation de la situation et à l'assurance de la stabilité.

Il a accusé ces milices d'administrer « des prisons secrètes » et de persécuter les tribus arabes qui vivent dans l'ouest de Sinjar et les quelques yézidis rentrés dans le district.

Sinjar revêt une importance stratégique pour l'Iran et pour ses intermédiaires du fait de sa situation géographique, a expliqué à Diyaruna le journaliste et politologue irakien Ziad al-Sinjari.

Ce district jouxte la Syrie à l'ouest et est ainsi considéré comme un débouché pour le transfert des combattants et des armes et pour les activités de contrebande génératrices de revenus, a-t-il continué.

Situation « épouvantable » dans le district de Sinjar

Les milices qui ont rejeté l'accord de Sinjar tentent toujours d'empêcher toute normalisation, a déclaré al-Sinjari.

De ce fait, la situation dans le district reste épouvantable, a-t-il ajouté, soulignant que de nombreuses zones libérées de l'EIIS ont été prises par les milices et transformées en bases militaires, comme cela a été le cas à Jourf al-Sakhr, au sud de Bagdad.

Il a indiqué que les habitants de Sinjar, qui avaient été massacrés, emprisonnés, asservis ou déplacés par l'EIIS, doivent maintenant affronter le contrôle de leurs régions par les milices, qui les empêchent de rentrer par crainte d'être pris pour cibles.

« L'accord de Sinjar a fait renaître les espoirs de mettre un terme aux souffrances des yézidis, dont la plupart vivent actuellement dans des camps de déplacés dans la région kurde », a expliqué le responsable du Centre de documentation yézidi, Houssam Abdoullah.

Leur nombre est estimé à quelque 300 000 au total, a-t-il précisé à Diyaruna.

« Les nombreuses forces qui sont actuellement déployées dans le district de Sinjar sont, en plus des menaces que les résidus de l'EIIS font encore peser, parmi les principaux obstacles au retour des populations déplacées », a-t-il souligné.

Il a estimé que s'il peut progresser sans obstruction, cet accord encouragera les gens à mettre un terme à leur déplacement et aidera à assurer la sécurité et la stabilité dans ce district administratif.

Il a proposé de fixer un calendrier spécifique pour la mise en œuvre de toutes les dispositions stipulées dans l'accord.

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