Politique

Les milices pro-iraniennes réduisent le nombre de leurs sièges en Irak

Faris al-Omran

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Membres de milices irakiennes pro-iraniennes lors d’une parade à Bagdad en janvier. [Photo diffusée sur les médias sociaux]

Face à un désaveu public de plus en plus prononcé et à des frictions internes croissantes, les milices pro-iraniennes en Irak réduisent le nombre de leurs sièges dans les provinces du centre et du sud du pays, expliquent les experts.

Ces dernières semaines, les bureaux d'Asaib Ahl al-Haq, de l’Organisation Badr, de la Kataib Hezbollah et de Harakat al-Nujaba ont été fermés et leurs symboles ont été retirés sur ordre des hauts dirigeants iraniens et de leurs leaders.

Ces milices ont évacué leurs bases dans les maisons et les bâtiments qu’elles occupaient dans les quartiers résidentiels peuplés, ont-ils affirmé.

Cette mesure intervient en réponse aux « recommandations » du commandant de la Force al-Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique Esmail Qaani, a expliqué à Diyaruna l’expert en stratégie militaire Hatem al-Falahi.

Les manifestations de masse organisées ces derniers mois dans le centre et le sud de l’Irak, dont plusieurs étaient dirigées contre les milices pro-iraniennes, « ont révélé qu’elles ne sont pas soutenues par la rue irakienne, comme elles l’avaient affirmé », a-t-il ajouté.

De nombreux Irakiens imputent à ces milices les bouleversements économiques et les crises sécuritaires, soulignant qu'elles ne font que servir les intérêts et les visées hégémoniques de Téhéran.

Frictions entre milices

« Les milices se sont aperçues qu’elles n’avaient d’autre choix que de fermer leurs quartiers généraux et leurs bureaux pour tenter de réduire le ressentiment de plus en plus fort à leur égard », a déclaré al-Falahi.

Elles savent qu’elles ont perdu le soutien dont elles jouissaient autrefois, a-t-il indiqué, car les Irakiens se sont retournés contre leurs leaders qui ont cherché à « s’enrichir par le biais de leurs ressources nationales et renforcer leur influence au sein du gouvernement ».

Ces derniers mois, des dizaines de sièges et de bureaux de milices ont été incendiés, a expliqué le spécialiste de la sécurité Majid al-Qaisi à Diyaruna.

Certains l’ont été par des manifestants furieux de l’influence que les milices pro-iraniennes exercent en Irak et de leur violente répression des manifestations populaires, a-t-il ajouté.

« Mais de nombreux autres ont été incendiés par des milices rivales, ce qui témoigne des fortes divisions qui existent entre ces factions armées », a-t-il poursuivi.

Cette initiative de réduction du nombre de sièges de milices peut être vue comme une mesure visant à prévenir les frictions et les conflits, maintenir la structure de ces factions et prévenir de nouvelles divisions, a continué al-Qaisi.

Il a appelé le gouvernement irakien à faire cesser les milices qui menacent « le prestige et la souveraineté » de l’État en renforçant l’armée irakienne et l’appareil de sécurité et en luttant contre la corruption.

Pressions pour le démantèlement des milices

Le ressentiment populaire contre les milices pro-iraniennes et les frictions de plus en plus prononcées entre elles ont poussé les leaders de ces milices à réduire leur présence publique, a expliqué à Diyaruna le spécialiste en stratégie et politologue irakien Alaa al-Nashou

De plus, les milices s’inquiètent désormais de leur rôle « à la lumière de la vision mise en avant par le nouveau gouvernement de prévenir l’activité armée illicite », a-t-il expliqué, soulignant les récentes arrestations de membres de la Kataib Hezbollah dans le sud de Bagdad.

À la lumière de cette surveillance renforcée, il paraît clair que les leaders des milices ont l’intention « de changer leur stratégie et de s’attacher à des opérations secrètes », a indiqué al-Nashou.

Ils cherchent également à « empêcher que leurs sites ne soient visés par les appareils de la coalition internationale, au cas où ces groupes poursuivraient leurs actions hostiles et leurs attaques contre la souveraineté irakienne », a-t-il ajouté.

Il a souligné que lutter contre ces milices et les démanteler n’est pas une tâche facile, car au fil du temps, elles ont réussi s'enraciner et à mettre en place un vaste réseau d’intérêts économiques.

Limiter cette influence nécessitera un effort soutenu sur le long terme, a-t-il conclu, « ce qui sera possible au vu du soutien de l’opinion publique au gouvernement dans ses efforts pour appliquer l’État de droit et empêcher la détention illicite d’armes ».

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