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Les milices soutenues par l'Iran sont accusées de l'instabilité à al-Qaïm

Hassan al-Obeidi à Bagdad

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Des membres armés d'une milice affiliée à l'Iran dans la ville frontalière irakienne d'al-Qaïm en décembre. [Diyaruna]

Un climat d'instabilité croissante dans la ville frontalière d'al-Qaïm dans l'Anbar peut être attribué à la présence croissante des milices fidèles à l'Iran, déclarent des responsables irakiens de la province à Diyaruna.

Al-Qaïm a été la scène le 29 décembre de trois frappes aériennes américaines visant un groupe activiste pro-iranien, en représailles à une attaque à la roquette contre une base militaire irakienne à Kirkouk qui a causé la mort d'un entrepreneur civil américain.

Le Pentagone a indiqué avoir ciblé des caches d'armes ou des installations de commandement et de contrôle liées au Kataeb Hezbollah dans l'ouest de l'Irak et l'est de la Syrie.

Quelques jours plus tard, une frappe américaine contre l'aéroport international de Bagdad a tué Qassem Soleimani, haut commandant de la Force Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), et Abou Mahdi al-Muhandis, chef adjoint des Forces de mobilisation populaire (FMP).

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Des membres d'une milice affiliée à l'Iran sur une route de la ville frontalière irakienne d'al-Qaïm en décembre. [Diyaruna]

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Bien que l'EIIS ne soit plus présent dans la ville frontalière irakienne d'al-Qaïm, visible ici au mois décembre, les habitants ont exprimé leur inquiétude quant à la présence de milices soutenues par l'Iran. [Diyaruna]

En plus du Kataeb Hezbollah, les milices soutenues par l'Iran présentes autour d'al-Qaïm comprennent Harakat al-Nujaba, Kataeb al-Imam Ali, Saraya al-Khorasani, la Brigade Sayyed al-Shuhada et les Bataillons de Kataeb Jund al-Imam, ont précisé des responsables locaux.

Ces milices ont converti des maisons privées des quartiers résidentiels d'al-Qaïm en quartiers généraux et en dépôts d'armes, ce qui a empêché les habitants déplacés de revenir dans la ville, ont-ils ajouté.

Forte présence des milices

Un responsable du district d'al-Qaïm a déclaré qu'il attribuait le faible pourcentage de rapatriés, initialement déplacés par « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS), à la présence de ces milices.

Les milices se sont mêlées de la vie des habitants et les ont maltraités, imposant des restrictions à leurs libertés personnelles, a-t-il fait savoir.

Le nombre de miliciens dépasse maintenant le nombre d'habitants dans certains quartiers de la ville, a déclaré le responsable local à Diyaruna.

Dans le « complexe des phosphates » et dans les districts d'al-Muallemin, Jumrok et al-Atebba, les milices ont saisi des maisons pour leur propre usage et ont transformé certaines d'entre elles en dépôts d'armes, a-t-il rapporté.

Bien que les éléments de l'EIIS n'ont plus de présence ou d'influence dans la ville, a-t-il ajouté, celle-ci n'est toujours ni sûre ni stable, à cause des milices qui sont présentes depuis deux ans ou de celles qui y arrivent depuis le territoire syrien.

Al-Qaïm, située de l'autre côté de la frontière par rapport à la ville syrienne d'Albou Kamal, est un point de passage majeur avec la Syrie.

Selon le responsable local, les milices sont présentes dans 29 lieux d'al-Qaïm, sans compter leurs casernes et leurs positions autour de la ville.

Si cela continue, a-t-il averti, les miliciens finiront par être plus nombreux que les habitants.

Les milices sont clairement présentes sur ordre des Iraniens, a affirmé à Diyaruna Cheikh Mohsen Obaid al-Issawi, un ancien de la ville, car sinon il n'y aurait aucune raison pour que des milliers d'entre eux soient présents dans une petite ville qui est sûre depuis deux ans.

Ils sont en poste ici en raison de l'emplacement stratégique d'al-Qaïm, a-t-il expliqué, notant que la ville frontalière a servi de point de passage pour les milices soutenant le régime syrien et est devenue une plaque tournante pour ces milices.

La présence de milices soutenues par l'Iran dans cette région appuie l'objectif de l'Iran, qui est de prendre le contrôle de zones clés le long des frontières syriennes et irakiennes avec pour objectif final d'établir une route terrestre transrégionale, ont déclaré des experts à Diyaruna.

Le retour est trop dangereux

Des milliers de familles déplacées d'al-Qaïm ont choisi de rester à Erbil, Bagdad ou Ramadi, ou même dans les camps de déplacés plutôt que de retourner dans une ville qu'elles considèrent comme peu sûre, a rapporté al-Issawi.

Plusieurs habitants d'al-Qaïm aimeraient rentrer chez eux mais ne se sentent pas en sécurité à cause de la présence des milices soutenues par l'Iran, a-t-il fait savoir.

Cette présence est facile à observer, a-t-il ajouté, notant que certains miliciens mettent des photos du guide suprême de l'Iran Ali Khamenei sur leurs véhicules ou sur eux-mêmes.

« J'ai quitté la ville, comme beaucoup d'autres, et nous entendons encore des histoires sur ces milices qui font ce qu'elles veulent avec la ville, comme elles l'ont déjà fait avec la frontière irako-syrienne », a-t-il indiqué en parlant des tentatives de contrebande documentées.

La présence de milices armées à l'intérieur et à l'entrée de villes irakiennes est une violation d'un précédent décret gouvernemental, a déclaré à Diyaruna le député Yahya al-Mohammadi, de la Coalition des forces irakiennes.

Cette ordonnance stipule que les FMP doivent aller en dehors des villes et loin de tout contact avec les habitants, a-t-il précisé, notant qu'il y a « des plaintes sur le comportement de certains éléments de ces groupes armés ».

Le résident d'al-Qaïm Ali al-Ani a déclaré que lui et sa famille ont quitté la ville pour Erbil il y a plusieurs semaines à cause de ce qu'il a décrit comme un harcèlement par les milices affiliées à l'Iran.

Il a dit à Diyaruna que la ville est débarrassée de l'EIIS depuis de nombreux mois, mais qu'elle était maintenant confrontée à une nouvelle menace de la part des milices, et qu'elle n'était plus un lieu sûr pour les familles.

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