Économie

Les milices irakiennes accusées de trafic d'essence avec la Syrie

Hassan al-Obaidi à Bagdad

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Des véhicules blindés de l'armée irakienne patrouillent le long de la frontière avec la Syrie à al-Qaim, en face d'Albou Kamal, dans la province syrienne de Deir Ezzor, le 12 novembre 2018. [Ahmas al-Rubaye/AFP]

En dépit des efforts de l'armée irakienne pour mettre un terme aux trafics transfrontaliers, certaines milices continuent de se livrer à cette activité illégale en transportant des dérivés du pétrole vers les forces du régime et leurs milices alliées en Syrie, ont indiqué des responsables et des analystes irakiens.

Cette contrebande est le fait de milices irakiennes appuyées par l'Iran qui opèrent sous les auspices des Forces de mobilisation populaire (FMP), ont-ils précisé, soulignant que ces milices profitent de cette association, en utilisant les FMP comme couverture.

Les responsables et les analystes que Diyaruna a rencontrés ont indiqué que certaines de ces milices entretenaient des liens étroits avec les forces du régime stationnées à al-Tanf et Albou Kamal, directement de l'autre côté de la frontière avec al-Qaim, dans la province occidentale de l'Anbar.

L'une des principales missions de l'armée irakienne est « d'empêcher les trafics illicites par la frontière », a expliqué le major général Qassim al-Mohammadi, commandant du commandement des opérations à al-Jazeera et al-Badiya.

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Un combattant des Forces de mobilisation populaire à moto dans la bande frontalière d'al-Qaim, le 12 novembre 2018. [Ahmad al-Rubaye/AFP]

Si l'on excepte la traque des derniers éléments de l'EIIS et le blocage de leurs tentatives d'infiltration en Irak depuis la Syrie, il s'agit de leur deuxième mission la plus importante, a-t-il expliqué à Diyaruna.

Al-Mohammadi a indiqué qu'un grand nombre d'arrestations avaient eu lieu ces dernières semaines en liaison avec la contrebande de différents articles entre l'Irak et la Syrie, notamment de matériel électrique, de moteurs de voitures, de dérivés de pétrole et de médicaments.

Trafic transfrontalier

L'essence est rare dans la région d'al-Qaim, car des milices en Irak la font passer en contrebande en Syrie, a expliqué à Diyaruna un membre du conseil local d'al-Qaim.

Les dérivés de pétrole sont transportés par-delà la frontière « en utilisant des documents d'identité et des véhicules des FMP », a ajouté ce membre du conseil, qui a demandé que son identité ne soit pas révélée.

Le ministère irakien du Pétrole envoie du carburant subventionné aux stations d'essence d'al-Qaim, de Husaybah et dans la zone de Kilo-160, a précisé ce responsable local.

Une partie de ce carburant est toutefois mise à l'écart et est chargée à bord de camions-citernes appartenant aux milices des FMP alignées sur le régime iranien, puis transportée en Syrie, a-t-il continué.

Il a souligné que le prix au litre de l'essence subventionnée par le gouvernement irakien est de 450 dinars (0,40 USD), mais que certaines milices le revendent en Syrie jusqu'à 1,50 dollar.

« Une partie de cette essence va aux forces du régime et pas seulement aux négociants côté syrien », a-t-il précisé.

Kataib Hezbollah, Harakat al-Nujaba et Sayyed al-Shuhada sont les principales milices impliquées dans ces opérations de trafic en Syrie, en coordination avec les forces du régime syrien de l'autre côté de la frontière, a-t-il précisé.

Ces milices se déplacent librement parce qu'elles sont en possession de papiers d'identité des FMP, a-t-il dit, et parce qu'elles utilisent des véhicules bénéficiant de permis de libre circulation, et ont donc peu de chances d'être arrêtées.

Elles profitent des FMP « pour commettre leurs méfaits et mener leurs opérations et leurs activités illégales en soutien au régime de [Bashar] al-Assad ou pour remplir leurs propres coffres en trafiquant des dérivés de pétrole d'Irak vers la Syrie », a-t-il continué.

Pénuries de carburant à al-Qaim

« Nous attendons que les camions-citernes arrivent de Bagdad et déchargent leur carburant dans les stations-service », a expliqué à Diyaruna Riyad al-Karbouli, un habitant d'al-Qaim.

Ils arrivent en général tous les trois jours pour remplir les citernes des stations-service, a-t-il précisé.

« Mais depuis un certain temps, ils ne transportent qu'un tiers ou un quart de leur capacité, des rumeurs indiquant que les milices saisissent de grandes quantités sur la part qui nous est réservée et la revendent en Syrie après l'y avoir transportée », a-t-il ajouté.

« Nous sommes inquiets de voir que la situation pourrait rester inchangée jusqu'à cet hiver, et que les milices pourraient alors faire de la contrebande de kérosène que nous utilisons pour le chauffage, ce qui engendrerait alors un problème encore plus grave que les files d'attente que nous voyons aujourd'hui dans les stations d'essence », a-t-il ajouté.

Selon l'analyste en stratégie et natif de Ninive Mouayed al-Juhayshi, les milices ont commencé à mener leurs opérations de contrebande entre l'Irak et la Syrie il y a plusieurs mois.

Les contrebandiers sont motivés par le besoin de financer ces milices ou de soutenir le régime syrien, a-t-il précisé à Diyaruna.

« Leur présence de l'autre côté de la frontière, en Syrie, facilite leurs opérations de contrebande, qui ne se limitent pas aux dérivés de pétrole, mais portent également sur divers biens et marchandises, y compris des stupéfiants », a-t-il indiqué.

Dans une déclaration datée du 6 août, le ministère irakien de la Défense avait indiqué avoir fait échouer une opération de contrebande de grandes quantités de pièces de rechange de Hummer militaires en Syrie, représentant une valeur de plusieurs millions de dinars irakiens.

Le camion qui transportait ces pièces de rechange avait été arrêté à al-Shamal, dans le district irakien de Sinjar, avait précisé ce communiqué, ajoutant que le matériel destiné à la contrebande avait été traité conformément aux procédures en vigueur en Irak.

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