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Droits de l'Homme |

« The Cave » rend hommage à une femme médecin clandestine en Syrie

AFP

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Le réalisateur syrien Feras Fayyad arrive aux 90e Annual Academy Awards le 4 mars 2018 à Hollywood, en Californie. [Valerie Macon/AFP] 

Le réalisateur syrien Feras Fayyad, nominé aux Oscars, a risqué sa vie pour rapporter les atrocités du régime du président syrien Bashar al-Assad, et a été torturé en prison à cause de ses films.

Bien qu'il ait eu les ongles arrachés et qu'il ait reçu des chocs électriques dans les parties intimes, Fayyad continue de documenter cette guerre de huit ans en Syrie.

Mais il reste en admiration devant une jeune femme médecin qui a géré un hôpital souterrain durant les huit années de ce siège dévastateur, le sujet de son nouveau film « The Cave », qui sort en salles cette semaine.

« Elle a vu tant de choses », explique Fayyad. « Ce siège barbare, le plus long dans l'histoire moderne de la Syrie dans la Ghouta orientale... Personne ne peut l'imaginer. »

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Des personnels médicaux syriens lavent le visage d'une jeune blessée alors que les victimes de frappes aériennes supposées du régime contre Hamouria, Saqba et Kafr Batna sont amenées dans un hôpital de fortune dans la Ghouta orientale, le 7 mars 2018. [Amer al-Mohibany/AFP]

Amani Ballour, cette jeune pédiatre qui est l'héroïne du film, était à la tête d'un réseau souterrain de tunnels, de services et de salles d'opération improvisées en-dessous du dernier bastion de l'opposition aux portes de Damas.

Elle et son équipe furent les premiers à répondre et le dernier espoir de nombreux civils, parmi lesquels des enfants, touchés par les vagues incessantes des bombardements russes et du régime syrien jusqu'à ce qu'une attaque chimique en 2018 les contraignent à évacuer.

Malgré son héroïsme, Fayyad a expliqué qu'elle était peu convaincue que le monde serait intéressé par son histoire.

Des images déchirantes

« Pourquoi pensez-vous qu'ils répondront alors que nous sommes entourés par des problèmes plus importants », a demandé Ballour à Fayyad, qui a admis qu'il n'avait aucune réponse.

« Je veux essayer, je veux croire que les gens répondront », s'est-il souvenu lui répondre. « Je ne pense pas que les gens seront capables de détourner les yeux de cette situation, de ce que vous faites. »

Le résultat en est un documentaire poignant de 102 minutes tourné par une équipe de cameramen locaux qui vivent encore dans la Ghouta, montrant la vie sous terre et en surface alors que pleuvaient les bombes et que les blessés étaient évacués en urgence sur des brancards et dans des brouettes.

Ce film, du National Geographic et des Danish Documentary films, a été réalisé par Fayyad qui était en contact quotidien avec l'équipe dans le nord de la Syrie tenu par l'opposition.

Fayyad, premier réalisateur syrien nominé pour un Oscar avec son film de 2017 « Last Men in Aleppo », leur avait demandé de dépeindre la vie quotidienne dans une ambiance claustrophobe de cinéma vérité, sans voix off ni interviews face caméra.

Parmi les larmes et les tragédies se trouvent des instants de vie de tous les jours, depuis les tentatives faites par une jeune infirmière de cuisiner pour 150 personnes avec de maigres provisions jusqu'à une fête d'anniversaire cachée où des gants chirurgicaux tenaient lieu de ballons.

Les images de médecins se précipitant pour traiter les conséquences meurtrières des attaques au gaz de chlore sont particulièrement prenantes.

Directrice de l'hôpital

En plus de sa bravoure, Fayyad avait choisi Ballouri pour une autre raison. Elle était une femme directrice d'hôpital , une chose très rare, voire un cas unique, dans une Syrie fortement patriarcale.

Dès le début du film, elle est prise à partie par le mari désespéré d'une patiente qui impute le manque de médicaments de l'hôpital à sa directrice.

Fayyad, qui a grandi au sein d'une famille dominée par les femmes, avec une mère kurde et sept sœurs, se dit être très sensibilisé au problème du harcèlement et de la violence envers les femmes qui refusent de se conformer.

« Outre la torture dont j'ai été victime, j'ai entendu les cris de ces femmes qui étaient torturées simplement en raison de leur sexe », a-t-il ajouté. « Et j'avais peur qu'ils amènent en prison ma mère et mes sœurs. »

« Parfois, j'entendais ces sons et je pensais que c'était ma mère et mes sœurs (que l'on torturait). »

Ballour a réussi à s'échapper vers le nord de la Syrie, et à atteindre finalement l'Europe via la Turquie.

Fayyad lui-même fut exfiltré en sécurité par la frontière jordanienne, et il voyage aujourd'hui entre sa maison à Copenhague et son travail dans le nord de la Syrie.

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