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Droits de l'Homme |

L'organisme de surveillance des armes chimiques enquête sur l'attaque de Douma

Waleed Abou al-Khair au Caire et AFP

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Deux enfants de la ville de Douma, dans l'enclave de l'opposition de la Ghouta orientale proche de Damas, reçoivent un traitement après avoir inhalé un gaz toxique. [Photo fournie par Mohammed al-Beik]

L'organisme mondial de surveillance cherchant à éradiquer les armes chimiques a annoncé lundi 9 avril qu'il enquête sur des soupçons d'attaque au gaz contre la ville syrienne de Douma, dans l'enclave de l'opposition de la Ghouta orientale.

Les raids aériens du régime ont tué 42 personnes samedi à Douma, et 30 vendredi, alors que les frappes,aériennes se poursuivaient dimanche, a fait savoir l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

Selon cet observatoire, 70 civils auraient éprouvé samedi des difficultés respiratoires, et onze d'entre eux, dont quatre enfants, seraient morts.

L'organisation de secouristes des Casques blancs, Jaish al-Islam et les principales forces de l'opposition syrienne ont affirmé que Douma a été la cible d'une attaque à l'arme chimique.

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Des habitants de la ville syrienne de Douma, dans la Ghouta orientale, sont traités dans un poste médical après avoir été exposés à ce qui semble être du gaz toxique. [Photo fournie par Mohammed al-Beik]

Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a déclaré dimanche qu'il était « particulièrement alarmé » par des soupçons de recours à l'arme chimique contre des civils en Syrie.

Il s'est dit « profondément inquiet » du regain de violence à Douma, citant des rapports faisant état de frappes aériennes et de bombardements continus qui auraient tué des civils, détruit des infrastructures et endommagé des installations de santé.

Guterres a ajouté sa voix à celle de leaders mondiaux et religieux, notamment le pape François, et de groupes humanitaires pour dénoncer cette attaque.

Une équipe d'enquêteurs au travail

L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) « a procédé à une première analyse des rapports sur ces soupçons d'utilisation d'armes chimiques, dès leur parution », a expliqué son directeur général Ahmet Uzumcu.

Une équipe d'enquêteurs est actuellement en train de collecter de plus amples informations sur l'attaque de samedi, « pour établir si des armes chimiques ont été utilisées », a-t-il poursuivi, exprimant sa « grave préoccupation » face à cette situation.

Ces experts tentent d'obtenir des informations « auprès de toutes les sources disponibles », et leurs conclusions seront présentées au groupe de 192 nations qui ont signé la Convention sur les armes chimiques, a précisé Uzumcu.

Le traité de 1993 oblige les États membres à aider à débarrasser le monde des armes chimiques et à interdire l'utilisation, le développement,la production et le stockage de telles armes.

La Syrie a fini par ratifier cette convention en 2013, et l'OIAC a détruit 100 % des stocks toxiques déclarés du pays, mais Uzumcu a répété à plusieurs reprises qu'il existait des lacunes dans la déclaration faite par le régime syrien.

Dans un contexte « d'allégations persistantes » concernant leur utilisation en Syrie, l'OIAC a mis sur pied sa propre mission indépendante de collecte de faits en 2014. Elle a enquêté sur plus de 70 cas d'attaques suspectées au gaz toxique en Syrie depuis lors.

En 2015, l'OIAC s'est associée aux Nations unies pour mettre sur pied une commission d'enquête, connue sous le nom de JIM, chargée d'identifier les responsables des attaques chimiques en Syrie.

La Russie a utilisé son droit de veto deux fois en novembre pour bloquer le renouvellement de cette commission.

Une possible réponse militaire américaine

Le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis a souligné lundi le rôle de la Russie dans cette attaque au gaz toxique présumée, et déclaré qu'il n'excluait pas une réponse militaire.

La Russie était supposée garantir l'élimination des stocks syriens d'armes chimiques en septembre 2013.

« La première chose que nous devons étudier, c'est pourquoi des armes chimiques sont encore utilisées, alors que la Russie était garante du retrait de toutes ces armes », a déclaré Mattis au Pentagone lors d'une réunion avec son homologue qatari.

« En travaillant avec nos alliés et nos partenaires au sein de l'OTAN, au Qatar et ailleurs, nous allons aborder cette question [...]. Je n'exclus rien à ce stade. »

Il y a un an, le 4 avril, plusieurs dizaines de personnes sont mortes après que des appareils du régime ont attaqué la ville de Khan Sheikhun à Idlib, tenue par l'opposition, des sources médicales faisant état de patients souffrant de symptômes correspondant à ceux d'une attaque chimique.

En représailles à cette attaque, le président américain Donald Trump avait ordonné des frappes de missiles Tomahawk contre la base aérienne de Shayrat du régime dans la nuit du 6 au 7 avril.

Le désespoir grandit à Douma

Lundi, le sentiment qui prévalait à Douma était la peur, à la suite de ces frappes, alors que des habitants de la ville et des déplacés internes (DI) originaires d'autres parties de la Ghouta orientale comptaient parmi les victimes, a expliqué le militant local Mohammed al-Beik à Diyaruna.

Des dizaines d'entre eux sont encore traités dans des hôpitaux et des cliniques de campagne, et des centres médicaux et des cliniques de campagne, a-t-il indiqué, soulignant que le bilan est susceptible de s'alourdir, car tous ceux qui avaient trouvé refuge dans des abris, des repaires et les sous-sols des bâtiments n'ont pas encore été sortis.

Selon des sources médicales locales, a-t-il poursuivi, « les victimes ont été exposées à des gaz toxiques, et de nombreux cas de difficultés respiratoires ont été signalés ».

« Peu après 21 heures samedi, la ville a été prise pour cible dans une frappe aérienne par un hélicoptère, et plusieurs personnes ont commencé à souffrir de difficultés respiratoires alors qu'une odeur fétide se répandait dans les zones bombardées », a poursuivi al-Beik.

Le gaz toxique s'est insinué dans les abris et les repaires, a-t-il ajouté, précisant que ce bombardement s'était accompagné de frappes aériennes qui empêchaient la défense civile de porter secours aux victimes.

Lundi à midi, des corps gisaient encore là où ils étaient tombés ou dans les rues, car la défense civile était dans l'impossibilité de faire face à la situation en raison du grand nombre de victimes et de la poursuite des frappes aériennes.

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