Droits de l'Homme

Après la « réconciliation », la répression silencieuse du régime syrien

AFP

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Des jeunes participent à un entraînement paramilitaire assuré par l’armée du régime syrien à al-Qtaifeh, au nord de Damas, le 22 février 2016. [Louai Beshara/AFP]

Salam, déserteur de l’armée syrienne, avait pourtant signé un accord de reddition avec le régime, aux termes duquel celui-ci était supposé le protéger, mais après avoir rejoint les rangs de l’armée, il a disparu et a été déclaré mort quelques mois plus tard.

« Il est parti et n’est jamais revenu », a expliqué son frère aîné.

Salam n’est que l’un des anciens combattants de l’opposition, de plus en plus nombreux, à avoir disparu, être morts ou avoir été victimes de violences de la part des forces du régime, malgré le fait qu’ils avaient signé de soi-disant accords de réconciliation dans les régions que le gouvernement avait reprises.

Ces dernières années, au moins 219 personnes qui avaient signé ces accords ont été arrêtées, notamment 32 qui seraient mortes sous la torture ou les mauvais traitements dans les prisons du régime, a fait savoir l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

La plupart étaient des habitants de la province méridionale de Daraa, le berceau vaincu du soulèvement de 2011 en Syrie.

Après que le régime appuyé par la Russie a repris la région en 2018, la plupart des anciens combattants de l’opposition ont décidé de rester après avoir signé des accords de réconciliation.

Parmi eux se trouvait Ahmad, un ancien combattant de l’opposition alors âgé de presque quarante ans, et son frère Salam, déserteur de l’armée et combattant de l’opposition, qui avait fêté ses 26 ans cette année.

Alors qu’Ahmad avait choisi de rejoindre une unité du régime appuyé par la Russie, Salam avait décidé de reprendre son service militaire comme le précisait l’accord de reddition, malgré les objections de son frère, qui craignait qu’il soit arrêté, ou pire encore.

« Il m’a appelé pour me dire qu’il se rendrait de lui-même aux autorités militaires », a expliqué Ahmad, aujourd’hui âgé de 40 ans, utilisant un pseudonyme par crainte de représailles.

« J’ai tenté de l’en dissuader, mais il a insisté. »

Sans nouvelles

En vertu de cet accord de reddition, Salam disposait de six mois pour rejoindre son ancien régiment.

Deux mois avant la date, il se rendit au bureau de la conscription à Damas, et on ne l’a plus jamais revu.

Sa famille n’a plus eu aucune nouvelle jusqu’en 2019, lorsque le gouvernement répondit à ses nombreuses demandes par une note manuscrite sur laquelle étaient griffonnés la date de son décès et le numéro de sa dépouille.

Ahmad refuse de croire à la mort de son frère, mais il explique que s’il est mort, c’est probablement sous la torture ou en raison des mauvaises conditions de détention.

« Nous avions accepté cet accord de réconciliation parce que c’était pour nous la seule manière de rester sains et saufs », a affirmé Ahmad.

« J’ai pu me protéger, mais pas mon frère, et il a disparu. »

Un groupe d’activistes de Daraa a documenté les morts de 14 déserteurs de l’armée depuis 2018.

Certains ont été arrêtés à des postes de contrôle, d’autres sont morts après avoir tenté de rejoindre l’armée, explique le Centre de documentation des Martyrs.

Mais « le régime n’a rendu aucun corps aux familles ni n’a fait savoir où ils avaient été enterrés », selon le centre.

Diana Semaan, chercheuse chez Amnesty International, a accusé le gouvernement de ne pas respecter les termes des accords de reddition à Homs, Daraa et dans la campagne de Damas.

« Les personnes vivant dans les zones contrôlées par le gouvernement, notamment les régions qui s’étaient « réconciliées » avec le gouvernement, sont toujours soumises au risque de détention arbitraire, de torture et de mort en détention », a-t-elle poursuivi.

Omar al-Hariri, membre du Centre de documentation des martyrs, a indiqué que ces accords de réconciliation ne prévoyaient pas d’amnistie pour les crimes autres que le fait de s’opposer au gouvernement.

Donc, « le régime a monté de toutes pièces des charges criminelles contre de nombreuses personnes » ou a utilisé des délits mineurs comme prétextes pour les arrêter, a-t-il ajouté.

« Fausses assurances »

Sara Kayyali, de Human Rights Watch, a expliqué que les détentions, la torture et les morts en détention prouvaient que ces accords de reddition étaient « totalement faux ».

« Ce sont plus des façades destinées à rassurer à tort les gens, mais en réalité, ils ne font que peu de différences », a-t-elle ajouté.

Cela envoie également « un très mauvais signal » aux personnes qui envisageraient de revenir dans les zones contrôlées par le régime, a-t-elle poursuivi.

Un seul cas décourage de tels retours, celui de trois frères, dont deux étaient d’anciens combattants de l’opposition, avaient été arrêtés quelques jours après avoir signé ces accords de réconciliation en 2018, a expliqué une source proche d’un groupe de protection des droits de l’homme. Ils n’ont pas été revus depuis.

Un autre cas, en 2014, celui du combattant de l’opposition Omar, alors âgé de 25 ans, qui s’était rendu aux forces du régime après deux ans de siège dans la ville de Homs.

Il avait déserté de l’armée avant de rejoindre l’opposition, a expliqué son frère.

En vertu de cet accord de reddition, il avait été dit à Omar, également un pseudonyme, qu’il serait interrogé pendant deux jours puis qu’il devrait rejoindre l’armée dans les six mois.

Au lieu de cela, il a été emprisonné pendant des mois dans une école en compagnie d’autres anciens combattants, puis transféré à Saydnaya, une prison de Damas tristement célèbre pour être un centre de torture.

« Pendant quatre ans, nous avons payé pour seulement nous assurer qu’il y resterait en vie », a indiqué son frère.

Omar a finalement été relâché, mais il a directement été réintégré dans l’armée sans perspective de pouvoir en sortir, a-t-il ajouté.

Bien qu’il « espère toujours pouvoir s’échapper, il ne s’en sent plus le courage ».

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