Réfugiés

L'Irak aide d'anciens déplacés à se réinstaller chez eux à al-Karma

Hassan al-Obeidi à Bagdad

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Le camp d'al-Jadaa à al-Qayyarah, au sud de Mossoul, est l'un des quelques camps de déplacés qui subsistent dans la province irakienne de Ninive. [Hassan al-Obeidi/Diyaruna]

Khaleda Hussein, 47 ans, a tout juste terminé de meubler sa maison à al-Karma, dans l'Anbar, en préparation de l'hiver.

« C'est le premier hiver depuis cinq ans que nous avons un toit au-dessus de nos têtes et que nous n'aurons pas à faire d'interminables queues pour obtenir de la nourriture », a-t-elle expliqué avec une joie apparente.

Hussein est récemment revenue dans sa maison à al-Karma, à 15 kilomètres au nord-est de Falloujah, en compagnie de centaines d'autres familles, depuis un camp de DI au sud de Bagdad.

Elles et les autres familles ont pu rentrer chez elles après que les forces de sécurité irakiennes eurent débarrassé la région et les villages à l'ouest de la ville des résidus de la guerre abandonnés par « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS).

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Des familles du district de Nazal à Falloujah reviennent chez elles après des années de déplacement à cause de l'EIIS. [Hassan al-Obeidi/Diyaruna]

L'année aura été bonne, a déclaré Hussein, « parce que c'est l'année où je suis rentrée chez moi et où ceux qui nous avaient déplacés ont été éliminés », notamment le leader de l'EIIS Abou Bakr al-Baghdadi.

Prêts à reconstruire

Bien que de nombreux obstacles subsistent dans les villes libérées en termes de services publics, les habitants expliquent qu'ils ont l'intention de participer aux opérations de reconstruction et de remise en état.

Depuis mi-2019, des milliers de familles irakiennes sont rentrées dans leurs foyers après le retrait des résidus de la guerre abandonnés par l'EIIS, la remise en état de leurs quartiers et la reprise des services d'électricité et d'eau, a expliqué Taleb Asghar Dosa, directeur général des affaires des réfugiés au ministère des Migrations et des Déplacements.

« Le ministère cherche à accélérer le rythme du retour des DI dans leurs foyers en travaillant avec les ministères de la Défense et de l'Intérieur qui sont chargés du volet sécuritaire », a-t-il ajouté.

Leur travail consiste entre autres à retirer les résidus explosifs de la guerre et à vérifier les noms des réfugiés pour s'assurer qu'ils n'ont pas été impliqués dans des activités terroristes ou criminelles, a-t-il poursuivi pour Diyaruna.

« Toute famille qui a réussi à rentrer dans son foyer a pu le faire grâce aux efforts des forces irakiennes de sécurité qui ont libéré leur région de l'EIIS », a-t-il continué.

Désormais, les personnels municipaux, de l'électricité, de la santé et de l'immigration s'efforcent de normaliser la situation dans les villes libérées, a-t-il poursuivi, tandis que les agences onusiennes mettent en œuvre des projets de développement dans les secteurs de la santé, de l'éducation et de l'environnement.

Aide aux revenants

Le 5 novembre, le ministère des Migrations et des Déplacements a débloqué le troisième lot d'aides financières d'un montant de 1,5 million de dinars irakiens (1 260 USD) pour chaque famille irakienne revenue récemment chez elle dans les villes du nord, du centre et de l'ouest de l'Irak.

Ces aides ambitionnent de permettre aux revenants de remettre de l'ordre dans leur situation, car la plupart d'entre eux doivent rénover et remeubler leur maison ou louer un autre logement.

Ces aides concernent 9 733 familles des provinces de l'Anbar, Ninive, Diyala, Salaheddine, Bagdad et Kirkouk, et font suite à deux précédentes aides qui avaient été attribuées à 5 000 et 10 000 familles, a précisé le ministère dans un communiqué.

« Les familles de DI concernées par ces aides peuvent les recevoir dans les points de vente de cartes Smart que l'on trouve dans tout le pays », a indiqué le ministre Nawfal Bahaa Moussa dans ce communiqué.

Les forces irakiennes apportent leur soutien au retour des DI dans leurs foyers, a indiqué le chef adjoint de la police d'al-Karma, le lieutenant-colonel Abdoul Sattar Ahmed.

La police et l'armée ont utilisé leurs véhicules pour transporter ces DI, leurs vêtements et d'autres effets personnels, parce que les bus du ministère des Transport ne pouvaient pas accueillir tous les DI qui rentraient, a-t-il ajouté.

« C'est un devoir, et nous sommes honorés d'apporter notre contribution », a-t-il expliqué à Diyaruna. « Après tout, nous travaillons tous à les servir. »

Dormir sans peur

Abdoulsalam al-Jumaili, un DI originaire du district de Qanater à al-Karma, a indiqué en plaisantant que bien qu'il soit rentré chez lui il y a quelques jours, lorsqu'il veut sortir de la maison, il a encore tendance à vouloir ouvrir la porte en levant la main vers le haut et non en la poussant, parce qu'il était habitué à ouvrir la toile qui recouvrait l'ouverture de la tente de sa famille de cette manière.

Il a expliqué qu'il était ravi de pouvoir vivre dans une maison équipée d'une porte qui pouvait être fermée.

« Aujourd'hui, je suis l'homme le plus heureux d'Irak », a-t-il expliqué à Diyaruna. « Je vois mes quatre enfants dormir en toute sécurité dans leur chambre, sans peur de voir un insecte se glisser dans la tente ni d'être inondés par la pluie. »

Les cinq années de déplacement qu'il a connues ont été une expérience très amère, a ajouté al-Jumaili.

Il a expliqué qu'il est inconcevable que les gens écoutent encore aujourd'hui une rhétorique extrémiste.

« Dans le passé, nous restions silencieux à ce sujet, nous répétant la phrase 'cela n'a rien à voir avec moi', jusqu'à ce que nous devenions des DI et d'autres, pire encore, des cadavres », a-t-il conclu.

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