Société

Mossoul s'efforce de panser les divisions sociales post-EIIS

Alaa Hussain à Bagdad

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Des spectacles folkloriques étaient au programme des célébrations du festival « Nous sommes tous de Mossoul » organisé dans cette ville de la province de Ninive le 11 juillet. [Photo fournie par le forum Friends of Youth]

Deux ans après que « l'État islamique en Irak et en Syrie » eut été chassé de la ville, Mossoul lutte encore pour réparer les impacts sociaux infligés par le groupe.

Lorsqu'il contrôlait cette ville de la province de Ninive, le groupe extrémiste avait chassé, torturé ou vendu en esclavage de nombreux membres des diverses communautés ethniques et religieuses qui y vivaient jusqu'alors en parfaite harmonie.

Des initiatives gouvernementales et de la société ont depuis lors cherché à restaurer les bonnes relations qui existaient entre les divers groupes de la ville, les jeunes étant le groupe social le plus actif pour réparer les torts faits à la société.

Le 11 juillet, le forum Friends of Youth, une association non gouvernementale administrée par la jeunesse de Mossoul, a organisé un festival pour promouvoir l'unité sociale, avec le soutien de l'Agence des États-Unis pour le développement international (US Agency for International Development - USAID).

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Le festival « Nous sommes tous de Mossoul », organisé le 11 juillet, a cherché à rappeler aux habitants de la ville le passé de tolérance de la ville. [Photo fournie par le forum Friends of Youth]

Les organisateurs de ce festival ont expliqué qu'ils souhaitaient mettre en valeur l'histoire de la ville, riche en diversité, dans le but de surmonter les différences ethniques et religieuses.

« Nous sommes tous de Mossoul » a ainsi proposé des spectacles de théâtre, de musique et folkloriques.

Les moments forts de ce festival furent notamment des spectacles de danse dabke présentés par des jeunes en habits traditionnels arabes, kurdes, yézidis, turkmènes et chrétiens, chantant dans les différentes langues que l'on peut entendre dans les rues de Mossoul.

« Organiser de tels festivals reflète les relations étroites qui existent entre les jeunes de toutes origines ethniques et religieuses », a expliqué à Diyaruna Adel Mikha, membre du forum Friends of Youth.

« Nous affirmons ici que malgré les circonstances difficiles que les habitants de Mossoul ont connues dans un passé récent, ils sont déterminés à préserver la coexistence sociale et à conserver la mosaïque sociale de la province », a-t-il ajouté.

Une longue tradition de coexistence sociale

Mossoul a une longue tradition de coexistence sociale.

Avant l'arrivée de l'islam, la ville avait accueilli les représentants de diverses confessions, comme des chrétiens, des juifs et des zoroastriens, a rappelé à Diyaruna Ahmed Kassem, professeur d'archéologie islamique à l'université de Mossoul.

L'islam est ensuite devenu la religion dominante, a-t-il poursuivi, mais ses fidèles laissèrent aux membres des autres fois la liberté de pratiquer leurs rites.

« L'islam n'est pas une religion de coercition », a-t-il ajouté, « mais de tolérance et d'amour », comme le prouve l'existence continue de nombreuses églises anciennes dans la ville de Mossoul, notamment Mar Shaya dans le quartier de Qlaayat qui date de 570 apr. J.-C.

L'accueil des Arméniens, que la ville accueillit après qu'ils eurent été déplacés après la Première Guerre mondiale, est un autre exemple de la tolérance de la ville, a-t-il expliqué.

Les habitants de Mossoul leur apportèrent aide et soutien, et leur permirent de pratiquer leur foi et de bâtir leurs propres églises, notamment l'Église arménienne de la ville, a-t-il rappelé, précisant que certains d'entre eux choisirent de se convertir à l'islam.

Contribuer à la paix sociale

« La coexistence entre les différentes composantes de la société de Mossoul est une nécessité, non une option », a précisé à Diyaruna Ghazwan al-Daoudi, membre du conseil provincial de Ninive.

Elle doit être présente pour permettre le progrès de la province, a-t-il indiqué.

L'EIIS avait tenté d'effacer cette image de Mossoul d'une ville où la coexistence pacifique est la norme, a-t-il ajouté, et s'était efforcé de créer une scission entre les différents groupes ethniques et religieux qui s'y étaient installés.

Le groupe extrémiste n'était cependant pas parvenu à créer des divisions durables, a-t-il souligné, plaidant pour la promotion active d'une culture de la tolérance et de la coexistence.

Pour ce faire, a-t-il conclu, les habitants de la ville doivent apporter leur soutien à l'ensemble des activités et des manifestations mises en place par des organisations de la société civile qui contribuent à la réunification de la ville.

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