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Réfugiés |

L'Irak progresse dans la résolution de la crise des déplacements

Khalid al-Taie

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Un fonctionnaire compte le nombre de familles irakiennes rentrant chez elles dans la province de Ninive le 19 septembre 2018. [Photo fournie par le ministère irakien des Migrations et des Déplacements]

Bien que de nombreuses familles irakiennes déplacées par « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) ont pu rentrer chez elles, certaines ont choisi de rester dans les camps ou les zones où elles ont trouvé refuge.

Pour inciter ces personnes à revenir, les autorités locales cherchent à résoudre les problèmes qui les empêchent de retourner dans leurs villes d'origine.

Les principales raisons invoquées par les déplacés qui ne veulent pas rentrer chez eux sont la destruction de leurs maisons et la pénurie de services publics et d'emplois dans ces zones.

Raed Abdoullah, ancien habitant de Mossoul âgé de 41 ans et qui vit actuellement à Bagdad, a raconté à Diyaruna que sa maison dans la vieille ville de Mossoul a été détruite et qu'il n'a pas assez d'argent pour la reconstruire et n'a pas été indemnisé par le gouvernement.

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Un convoi de bus ramène des Irakiens déplacés chez eux dans la ville frontalière d'al-Qaïm, dans l'ouest de l'Anbar, le 10 février. [Photo fournie par le ministère irakien des Migrations et des Déplacements]

Mais ce n'est pas la seule raison pour laquelle il ne veut pas revenir, a-t-il confié, soulignant que les services d'eau et d'électricité ne sont toujours pas disponibles dans son quartier, et qu'il reste difficile d'y trouver du travail.

Abdoullah travaille actuellement dans une pâtisserie près de la maison qu'il loue dans le quartier d'al-Adhamiyah à Bagdad.

« Mon salaire journalier n'est pas suffisant pour subvenir aux besoins de ma famille, mais c'est mieux que rien », a-t-il déclaré.

Obstacles au retour

« Le gouvernement ne force pas les personnes déplacées à revenir chez elles », a déclaré Faten al-Hilfi, de la Haute Commission indépendante aux droits de l'homme en Irak. « Le processus est volontaire plutôt qu'obligatoire».

« Lorsque nous parlons du retour de milliers de déplacés internes (DI) dans leurs foyers, nous ne devons pas ignorer la réticence d'autres à mettre fin à leur statut exceptionnel de déplacement au cours des cinq dernières années », a-t-elle indiqué.

« Certains d'entre eux sont rentrés pour retourner rapidement dans les camps de DI, ou là où ils vivaient auparavant, ce que nous appelons le retour inverse en raison de l'instabilité », a-t-elle expliqué à Diyaruna.

« Les raisons du refus de rentrer et de retour inverse sont nombreuses », a fait savoir al-Hilfi, et comprennent la médiocrité des infrastructures et des services publics dans les zones libérées, et la destruction totale ou partielle des habitations des DI.

Dans certains cas, a-t-elle dit, les DI « ont réussi à occuper un emploi dans les zones de déplacement » et ne souhaitent pas rentrer chez eux et risquer de perdre leur gagne-pain.

La crainte de représailles ou de persécutions est un autre facteur dissuasif, a-t-elle précisé, comme c'est le cas pour les rapatriés dont un membre de la famille appartenait à l'EIIS.

S'attaquer aux causes sous-jacentes

Des responsables gouvernementaux ont déclaré à Diyaruna qu'ils s'efforcent de s'attaquer aux causes sous-jacentes afin de résoudre la crise des déplacements.

Le ministère des Migrations et des Déplacements fait tout ce qui est en son pouvoir pour s'attaquer au problème des personnes déplacées qui refusent de rentrer chez elles de leur plein gré, a déclaré Ali Jahankir, directeur général du département des Affaires de la branche du ministère.

« Nous collaborons avec les ministères et les autorités locales pour accélérer le rétablissement des services de base dans les zones touchées et aider les gens à réparer leurs maisons », entre autres mesures, a-t-il fait savoir.

Le ministère mène « un recensement exhaustif des familles qui ne souhaitent pas rentrer afin de pouvoir identifier les raisons de cette décision », a-t-il indiqué. Ceci devrait fournir « des données intégrées qui aideront à mettre en place des plans gouvernementaux efficaces ».

Le ministère reprend également le versement de 1,5 million de dinars irakiens (1 259 dollars) à chaque famille qui rentre chez elle, a précisé Jahankir.

« Près de 30 000 familles qui reviennent bénéficieront de cette aide, et nous espérons qu'elle incitera d'autres familles déplacées à rentrer chez elles », a-t-il ajouté.

« Nous avons plusieurs programmes encourageants et nous allons bientôt lancer un programme de soutien économique », a-t-il poursuivi.

Celui-ci comprendra des cours de formation professionnelle qui aideront les gens à trouver du travail, a-t-il précisé, et une aide pour l'achat d'équipement pour le lancement de petites entreprises.

Le nombre de DI en baisse

« Nous avions des centaines de milliers de familles déplacées, et aujourd'hui il n'y a plus que 92 000 familles enregistrées comme déplacées, la plupart étant dispersées dans 152 camps à travers le pays », a fait savoir Jahankir.

« Le nombre de ces familles diminue au rythme de 100 familles par jour », a-t-il déclaré.

Faza al-Shimmari, à la tête de la Direction des migrations de Salaheddine, a indiqué à Diyaruna qu'au cours des dernières années, 129 000 familles déplacées sont rentrées chez elles dans la province.

Environ 900 familles se trouvent encore dans les camps de déplacés de la province de Salaheddine à al-Alam, al-Karama et Bustan al-Shuyoukh, a-t-il déclaré.

« Ces familles veulent quitter les camps et rentrer chez elles dès que possible », a affirmé al-Shimmari. « Nous faisons tout notre possible pour qu'elles puissent rentrer chez elles et que la crise des déplacements soit résolue dans notre province. »

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