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Le Conseil civil d'al-Tabqa, fer de lance des efforts de déminage

Par Waleed Abou al-Khair au Caire

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Un spécialiste du déminage retire des mines de « l'État islamique » dans la ville d'al-Tabqa, dans le nord de la Syrie. [Photo fournie par les Forces démocratiques syriennes]

Le conseil civil d'al-Tabqa supervise les efforts de retrait des mines et des explosifs posés durant la guerre par « l'État islamique » (Daech) dans les zones qu'il administre, expliquent des responsables locaux à Diyaruna.

Les forces de la sécurité intérieure, les Forces démocratiques syriennes (FDS) et des organisations spécialisées travaillent avec le conseil pour effectuer ce travail, qui a commencé dans les quartiers résidentiels et s'est poursuivi dans les fermes et les zones agricoles.

Mohammed al-Hamed, âgé de 60 ans et natif d'al-Tabqa, a expliqué à Diyaruna que l'action rapide des forces de sécurité intérieures avait permis de sauver la vie des membres de sa famille.

Al-Hamed a expliqué qu'il avait décidé de retourner sur les terres agricoles qu'il possède près d'al-Tabqa après une absence de plus de deux ans en raison de la situation sécuritaire.

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Des membres des équipes du génie affiliées au conseil civil d'al-Tabqa nettoient la zone à proximité de la ville, dans la province d'al-Raqqa, pour la débarrasser des mines. [Photo fournie par les Forces démocratiques syriennes]

À son arrivée, a-t-il rapporté, il remarqua que le terrain avait été labouré et que les pierres avaient été retournées, ce qui était étrange dans la mesure où sa propriété avait été abandonnée pendant longtemps.

Il a pensé qu'il était possible que des éléments de Daech aient creusé le sol pour y enterrer des explosifs, a-t-il expliqué, et il a alors contacté les forces de la sécurité intérieure.

Une fois sur place, elles ont pris une photo avec un téléphone disposant de la fonction GPS et l'ont envoyé à l'équipe de déminage grâce à l'application Telegram.

« Nous n'avons pas eu à attendre longtemps avant qu'une équipe de démineurs arrive, nous demande de quitter la zone et de nous diriger vers la route principale », a-t-il poursuivi.

Cette équipe a retrouvé plus d'une dizaine de mines, difficiles à repérer parce qu'elles étaient de la même couleur que les pierres alentour.

Chacune d'elles était reliée à des capsules explosives très sensibles, qui pouvaient exploser si elles étaient touchées ou déplacées, a expliqué al-Hamed.

Et d'ajouter : « L'équipe a planté des panneaux indiquant la présence de mines, et m'a demandé de ne pas retourner sur ma propriété avant que j'ai été informé que l'opération de déminage et de nettoyage était terminée ».

Le déminage est une priorité

« Le retrait des mines est la priorité pour le conseil civil d'al-Tabqa, parce que les habitants de la ville et des zones environnantes continuent de souffrir grandement à cause des mines », a déclaré le vice-président du conseil, Awas Khalil.

De nombreuses personnes ont en effet été blessées par les mines laissées dans les maisons, sur les terres agricoles et dans et autour des bâtiments officiels comme les installations d'eau et d'électricité et les écoles, a-t-il rapporté à Diyaruna.

« Le conseil coordonne son action avec les forces de la sécurité intérieure, les FDS et les organismes de déminage pour débarrasser la région de ces mines », a-t-il poursuivi.

Le conseil a également demandé aux organisations locales et internationales de contribuer aux efforts de déminage, a-t-il ajouté.

Parmi celles qui ont répondu à cet appel se trouvent RMCO (Roj Mine Control Organisation), le MAG (Mines Advisory Group) et Tetra Tech, a-t-il précisé.

Chacune de ces organisations « a contribué aux opérations de déminage et a distribué des avertissements et des informations aux habitants, leur demandant d'éviter certaines zones et de signaler la présence de mines à l'une des instances de sécurité », a-t-il indiqué.

Près de 70 mines ont été retirées et désamorcées du poste local de transmission électrique, a-t-il indiqué.

Le conseil s'est efforcé de mieux sensibiliser l'opinion à la présence de mines et d'engins explosifs improvisés (EEI) en distribuant des brochures et en organisant des réunions de quartier, a-t-il précisé.

Une cinquantaine de personnes, dont de nombreux enfants, ont été tuées par des mines dans la seule ville d'al-Tabqa, a-t-il ajouté.

Efforts pour protéger les civils

Les équipes de déminage travaillent à al-Tabqa depuis que la ville a été libérée de Daech, a fait savoir Moustapha Ceylan, membre d'une équipe de déminage affiliée aux Unités kurdes de protection du peuple (YPG).

Leurs efforts consistent à désamorcer les roquettes, les obus d'artillerie et de mortiers qui n'ont pas explosé et qui constituent un grand danger car ils peuvent exploser à tout moment et pour n'importe quelle raison, par exemple lorsque la température augmente, a-t-il expliqué à Diyaruna.

« Des équipes spécialisées dans le traitement des mines et des déchets dangereux sont déployées dans toute la région », a-t-il ajouté.

Parmi elles se trouvent des équipes des FDS et des organisations locales qui ont reçu un soutien et une formation d'organisations internationales spécialisées, a poursuivi Ceylan.

Toutes les parties travaillent en coopération avec le conseil civil d'al-Tabqa, selon un plan qui prévoit à la fois la réponse aux signalements et des opérations de déminage déjà prévues dans des zones précédemment identifiées comme dangereuses.

Le travail a débuté par le retrait des mines des maisons particulières, puis s'est poursuivi par les rues principales et les installations publiques telles que les écoles et les hôpitaux, et se concentre désormais sur les fermes et les zones agricoles pour s'assurer qu'elles aussi sont débarrassées de ces explosifs, a-t-il indiqué.

Des initiatives de sensibilisation du public soulignent la nécessaire prudence dont les gens doivent faire preuve dans la région et le fait qu'ils doivent absolument éviter de toucher les objets suspects ou de se déplacer dans des zones qui n'ont pas encore été totalement sécurisées, a-t-il poursuivi.

Il leur a été demandé de rester en-dehors des zones identifiées comme dangereuses, où des panneaux signalent la présence de mines.

Les habitants doivent signaler les mines

Ceylan a exhorté les habitants à signaler la présence de mines ou d'objets suspects sur le compte Telegram @Atlas03, qui a été mis en place à cet effet.

Il est demandé aux habitants d'envoyer une photo de l'objet en question et de préciser l'emplacement exact du site en utilisant un GPS, a-t-il poursuivi.

« Dès que les équipes de sécurité reçoivent ce signalement, elles se rendent sur place puis contactent les équipes du génie », a-t-il expliqué, ajoutant que « l'emplacement est signalé, des panneaux d'avertissement sont mis en place et un point de contrôle est parfois mis en place pour prévenir tout accident. »

« Cette méthode est très efficace, permet de gagner du temps et indique l'emplacement exact de l'objet, vu notamment que la zone agricole est vaste et englobe des dizaines de villes, de villages et de fermes », a-t-il ajouté.

« Sans cela, une erreur pourrait être commise dans l'identification du lieu et l'intervention des équipes spécialisées en serait retardée », a indiqué Ceylan.

« Il a été demandé aux habitants de n'emprunter que les grandes routes et celles utilisées par les FDS, et d'éviter d'utiliser les routes secondaires et les chemins agricoles au moins jusqu'à ce que les équipes du génie aient terminé leur travail de nettoyage et se soient assurées que ces zones sont débarrassées des explosifs », a-t-il ajouté.

Ceylan a poursuivi en expliquant qu'il existe plusieurs types de mines, comme des mines antipersonnel à dépression, qui peuvent entraîner des amputations des membres inférieurs, et des mines antichars, également actionnées par la pression.

Il existe également des mines déclenchées à distance et des mines sensibles aux vibrations.

« Daech est devenu expert dans la fabrication de ses propres mines et EEI dans ses ateliers ; ils ont souvent la forme de pierres ou de blocs et sont fréquemment disposés dans de grands récipients et enterrés », a-t-il précisé.

Il semble que ces mines ont été mises en place pour viser les civils, a-t-il précisé, car rien n'indique qu'elles aient été déposées là en prévision d'une confrontation militaire.

Plus de 20 000 mines ont à ce jour été retirées de la région d'al-Tabqa, a-t-il indiqué pour conclure, et près de 100 000 ont été enlevées des zones du nord de la Syrie libérées de Daech, ainsi que 2 000 résidus explosifs de la guerre et 4 000 pièges.

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