Terrorisme

Confronté à une surveillance accrue, l’EIIS se tourne vers des applications moins connues

Khalid al-Taie

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L’Irak et la communauté internationale resserrent leurs efforts pour interdire les contenus publiés en ligne par des éléments de l’EIIS. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Une surveillance renforcée des grandes plateformes de réseaux sociaux a obligé les responsables de la propagande de « l’État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) à chercher de nouveaux canaux sur lesquels promouvoir l’idéologie extrémiste de leur groupe, ont expliqué des experts.

Tous les grands réseaux sociaux, notamment Facebook, Twitter, WhatsApp et Telegram, ont fermé les canaux et les pages affiliés avec l’EIIS, contraignant ainsi le groupe à se tourner vers des plateformes moins connues pour rester présent en ligne.

Ces dernières semaines, des utilisateurs affiliés à l’EIIS ont été repérés sur Hoop Messenger, une nouvelle application de messagerie, où il semble qu’ils tentaient « d’échapper à la fermeture de leurs comptes sur les applications très populaires », si l’on en croit le Centre des médias numériques irakiens.

Cela montre que l’EIIS recherche de nouveaux espaces en ligne, où il espère diffuser sa propagande et échapper à la surveillance, a expliqué à Diyaruna le spécialiste de la sécurité des médias Saeed al-Jayashi.

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Les renseignements militaires irakiens ont lancé une opération contre un repaire de l’EIIS dans le district d’Anah, dans l’Anbar, le 27 juillet, dans lequel ils ont saisi des explosifs et des copies de la publication al-Naba du groupe, qui est distribuée en ligne. [Photo fournie par le ministère irakien de la Défense]

Avant de tenter d’exploiter Hoop Messenger, les extrémistes avaient utilisé « l’application de messagerie russe TamTam, après que des milliers de ses comptes et de ses pages sur Facebook, Twitter, WhatsApp et plus récemment Telegram eurent été fermés », a-t-il ajouté.

Cela montre à l’évidence que le groupe éprouve des difficultés à diffuser ses messages sur les grands réseaux sociaux et accentue ses recherches de nouveaux réseaux, a-t-il poursuivi.

Malgré la pression qu’il rencontre, le groupe « reste en mesure d’accéder au cyberespace et d’y diffuser ses informations et ses publications », a-t-il continué, soulignant que l’EIIS représente une « menace idéologique » et que les efforts visant à limiter sa présence en ligne doivent se poursuivre.

Des informations exagérées et dépassées

La présence de l’EIIS en ligne est plus importante que sa présence réelle sur le terrain, a ajouté al-Jayashi, précisant qu’il maintient sa présence sous différents noms, et qu’il continue de publier sa publication al-Naba.

Mais une grande partie de ces soi-disant informations qu’il publie sont exagérées ou dépassées.

Un examen des contenus en ligne du groupe révèle en effet que 70 % d’entre eux présentent des opérations et des activités « qui n’ont jamais eu lieu, sont exagérées ou se sont produites il y a longtemps », a précisé al-Jayashi.

Le Centre des médias numériques a dit avoir identifié plusieurs canaux de l’EIIS sur Hoop Messenger, comportant des milliers d’abonnés qui publient des informations et des photos. Ils n’ont pas encore été supprimés malgré le fait que cette application possède une fonction de signalement.

Selon le spécialiste Ahmed al-Samaoui, a expliqué le centre, le groupe technologique pro-EIIS Afaq a dirigé ses utilisateurs vers Hoop Messenger comme « une alternative sûre pour chatter, échanger et diffuser des matériels médiatiques ».

Cela est dû au fait que cette application dispose d’un bon mécanisme de codage en termes de capacité à cacher les adresses IP réelles et à faire passer les demandes internet et les données par de faux nœuds (serveurs) pour une meilleure sécurité, a-t-il expliqué.

À cet égard, elle est similaire à l’application Telegram, qui permet de créer des canaux cryptés, en plus de ses caractéristiques techniques, a-t-il ajouté.

Lutter contre la propagande de l’EIIS

« Aujourd’hui, l’EIIS ne peut plus s’offrir le luxe de publier et de diffuser ses publications sur les réseaux sociaux aussi librement qu’il le faisait autrefois », a expliqué à Diyaruna Abdoul Salam al-Samer, professeur à la Faculté des médias de l’université de Bagdad.

Avec Hoop Messenger, le groupe a trouvé, au moins temporairement, « une manière de contourner les pressions qui l’empêchent de faire passer ses discours de propagande à ses partisans et aux divers publics qu’ils souhaitent tromper avec ses idées fallacieuses », a-t-il ajouté.

Al-Samer a souligné que le rôle essentiel joué par les centres de suivi et de surveillance en ligne de par le monde et par les sociétés qui développent des applications, qui ont fermé de très nombreuses plateformes de l’EIIS et luttent activement contre sa propagande.

Il a souligné l’importance qu’il y a à mener des campagnes de lutte contre la propagande de l’EIIS pour l’empêcher de « manipuler les esprits dans le but de recruter des combattants pour regarnir ses rangs et compenser les pertes subies ».

Le directeur de l’Observatoire irakien pour la liberté de la presse Hadi Jelo Merhi a expliqué à Dirayuna que ces dernières années, la communauté internationale a réussi à acquérir « une vaste expérience et une grande expertise » dans la surveillance des discours extrémistes dans le cyberespace.

L’observatoire veut « contrer la nouvelle tactique utilisée par les éléments de l’EIIS consistant à passer à des applications moins connues » en suivant ses comptes et ses canaux sur Hoop Messenger et sur d’autres plateformes moins connues, a-t-il précisé.

« L’EIIS a perdu la plus grande partie de sa force sur le terrain, et il ambitionne maintenant de maintenir à tout prix sa présence en ligne », a affirmé Mari. Mais il rencontre une pression féroce, qui réduit sa capacité à se cacher et à manœuvrer, a-t-il conclu.

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