Médias

L'EIIS exclu des réseaux sociaux partout dans le monde

Khalid al-Taie

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Cette capture d'écran d'une vidéo publiée en ligne le 6 mai 2018 montre des membres du groupe tentant de raviver le moral des combattants. [Archive]

« L'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) a rencontré des obstacles importants et échoué dans ses tentatives pour diffuser ses messages en ligne, expliquent des analystes des renseignements et des médias.

Tous les grands réseaux sociaux, dont Facebook, Twitter, WhatsApp et Telegram, ont fermé les canaux et les pages du groupe, l'obligeant à utiliser d'obscures plateformes pour promouvoir son idéologie extrémiste et son activité.

Cela est devenu clair lorsqu'un compte lié à l'agence de presse Nashir de l'EIIS revendiqua l'attaque perpétrée le 29 novembre contre le Pont de Londres sur l'application de messagerie russe TamTam.

Dans les jours qui ont immédiatement suivi cette attaque, des milliers de comptes et de canaux dédiés à la diffusion de la propagande de l'EIIS étaient apparus sur TamTam.

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L'EIIS a échoué dans ses efforts d'exploiter les plateformes des réseaux sociaux pour promouvoir son idéologie extrémiste, expliquent des analystes. [Archive]

Mais le 3 décembre, TamTam a effacé des centaines de comptes liés à l'EIIS, expulsant effectivement le groupe de la plateforme, selon les observateurs internationaux.

Démanteler le réseau en ligne de l'EIIS

Les tentatives de l'EIIS visant à utiliser des plateformes peu populaires ou peu connues « sont la preuve qu'il ne jouit plus de la liberté de répandre ce qu'il veut sur les grandes plateformes populaires », a estimé Raad al-Kaabi, professeur d'études des médias à l'université de Bagdad.

Il semble tenter de chercher d'autres canaux numériques, car le plus important pour le groupe, c'est d'envoyer ses messages dans le monde numérique de quelque manière que ce soit », a-t-il précisé à Diyaruna.

Plusieurs grandes plateformes de réseaux sociaux ont développé des algorithmes qui identifient et bloquent les contenus vidéo et promotionnels de l'EIIS.

En 2017, Telegram avait annoncé avoir bloqué plus de 8 500 canaux qui publiaient de la propagande extrémiste. L'EIIS était passé sur Telegram après avoir été interdit sur Twitter et Facebook.

Les tentatives de l'EIIS d'utiliser Instagram, propriété de Facebook, Snapchat et TikTok, dans le giron du Chinois ByteDance, ont également été surveillées par les utilisateurs, les salariés de ces entreprises et les filtres de l'intelligence artificielle.

En octobre, un employé de TikTok a ainsi raconté à l'AFP que la plateforme avait supprimé près de dix comptes de l'EIIS qui avaient publié des vidéos montrant des corps traînés dans les rues et des combattants armés du groupe.

TikTok, qui permet à ses utilisateurs de créer et de partager des vidéos de 15 secondes, est particulièrement prisé des adolescents.

Juste avant que l'EIIS ne revendique l'attaque contre le Pont de Londres sur TamTam, l'agence de police de l'Union européenne Europol avait annoncé avoir démantelé le réseau en ligne de l'EIIS, fermé près de 26 000 sites web et comptes en ligne.

Ce ratissage concernait des comptes de l'EIIS sur Telegram, à l'instar de celui de l'agence de presse Nashir, qui avait repris des matériaux depuis l'organe de propagande de l'EIIS Amaq.

L'armée américaine s'efforce également de perturber les efforts de propagande en ligne de l'EIIS lors d'une opération de piratage remontant au moins à 2016.

De précédents documents top secret de la sécurité nationale publiés le 21 janvier montrent que le US Cyber Command « avait lutté avec succès contre l'EIIS dans le domaine de l'information » et limité ses efforts en ligne de radicalisation et de recrutement.

Au niveau international, les campagnes visant à contrôler les contenus extrémistes en ligne « ont porté leurs fruits », a poursuivi al-Kaabi, ajoutant que ce succès « prive les terroristes de la possibilité d'influencer le public, d'empoisonner les esprits et de les terroriser ».

Bloquer la propagande de l'EIIS

En Irak, les ministères de la Défense et de l'Intérieur et les Services nationaux de renseignement ont réussi à intercepter et à bloquer les activités en ligne de l'EIIS après plusieurs mois d'efforts conjoints, a expliqué le spécialiste irakien des renseignements Fadel Abou Ragheef.

Ces initiatives ont permis la saisie de réseaux et l'arrestation d'individus impliqués dans la création et la gestion « de pages et de comptes favorables aux activités et à l'idéologie de l'EIIS sur les réseaux sociaux », a-t-il indiqué à Diyaruna.

Près de 2 000 personnes ont été arrêtées dans tout l'Irak, a-t-il ajouté, précisant que 22 000 comptes numériques actifs appartenant au groupe avaient été fermés.

Avec l'arrestation des affiliés de l'EIIS dans le monde et la fermeture de leur propagande en ligne, « il est désormais difficile pour l'EIIS d'utiliser ces plateformes pour servir ses projets », a continué Abou Ragheef.

« Des initiatives locales, régionales et internationales veillent à l'en empêcher », a-t-il ajouté.

Mais il a mis en garde que ceux qui utilisent l'internet pour diffuser leur idéologie extrémiste « représentent encore une menace, en dépit des mesures visant à les en empêcher ».

Pour que cette possibilité soit encore réduite, « la surveillance électronique doit être intensifiée », a-t-il ajouté.

Pleins feux sur les activités de l'EIIS

L'EIIS « a atteint le fond après la perte de la plupart de ses hauts dirigeants, de ses sources de financement et de ses capacités de combat », a déclaré Ibrahim al-Saraji, directeur de l'Association irakienne de défense des droits des journalistes.

« Les efforts répétés du groupe pour trouver un espace sûr et non surveillé sur les plateformes de réseaux sociaux sont également voués à l'échec et ne pourront réussir au vu des stratégies mises en place au niveau mondial pour bloquer les contenus en ligne favorables au terrorisme », a-t-il indiqué à Diyaruna.

Les mouvements et les activités de l'EIIS sont constamment mis en lumière, et le fait qu'ils aient recours à d'autres plateformes ne veut pas dire qu'ils réussiront à échapper à la détection et aux poursuites, a ajouté al-Saraji.

Il a souligné en conclusion la nécessité d'appliquer « une législation internationale stricte » qui empêche l'internet et les réseaux sociaux d'être utilisés pour promouvoir et répandre l'extrémisme.

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