Terrorisme

Les milices pro-iraniennes harcèlent les habitants de Ninive

Hassan al-Obeidi à Bagdad

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Des Irakiens participent le 8 juin 2018 à un rare rassemblement à Mossoul pour marquer le Jour du Qods, une commémoration initiée pour la première fois par l’Iran en 1979. Nombre de participants sont membres d’unités paramilitaires appuyées par l’Iran venus de régions en-dehors de Mossoul. [Zaid al-Obeidi/AFP]

Des députés irakiens et des responsables locaux ont demandé aux forces de sécurité irakiennes de faire cesser les violations et les harcèlements perpétrés par les milices pro-iraniennes qui opèrent dans la province de Ninive.

Ces milices sont engagées dans des activités qui sapent la stabilité des villes libérées de « l’État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS), ont-ils affirmé, et dissuadent les déplacés internes de rentrer.

Le député irakien Ahmed al-Jubouri, représentant de Ninive, a fait appel au ministre de la Défense Juma Anad et au ministre de l’Intérieur Othman al-Ghanmi pour qu’ils interviennent et « fassent cesser les campagnes d’extorsion qui prévalent aux postes de contrôle ».

L’occupation de ces postes de contrôle relève du seul Département des affaires des postes de contrôle du ministère de l’Intérieur, a-t-il déclaré le 31 mai sur Twitter, demandant que des caméras de sécurité y soient installées.

En l’espace de deux semaines seulement, plusieurs habitants et chauffeurs routiers des Plaines de Ninive ont déposé treize plaintes pour des harcèlements dont ils avaient été victimes à ces postes de contrôle, a indiqué un responsable des services administratifs de la province de Ninive.

Ces plaignants ont décrit les cas de harcèlement ou d’extorsion qui avaient eu lieu à des postes de contrôle irréguliers mis en place par les milices Hashd al-Shabak, Mouvement de Babylone, Kataib Hezbollah et Asaib Ahl al-Haq, a continué ce responsable.

Les chauffeurs routiers transportant des marchandises comme des produits alimentaires et des matériaux de construction de Bagdad ou de la région kurde à Mossoul et dans d’autres parties de la province de Ninive se sont plaints d’avoir été victimes de demandes d’argent en les traversant.

L’heure pour les milices de partir

D’autres civils se sont plaints que ces milices avaient illégalement fouillé leurs biens et retenu sans raison plusieurs familles aux postes de contrôle pendant une ou deux heures, a poursuivi ce responsable local.

Pendant que les forces irakiennes traquent les cellules et les repaires de l’EIIS dans le désert de Hatra, à al-Baaj et près de la frontière avec la Syrie, « ces miliciens s’adonnent à des pratiques qui ne sont pas différentes des crimes commis par l’EIIS », a-t-il ajouté.

Les forces irakiennes ont revu leur déploiement dans la zone, et ont mis en place des numéros de téléphone directs pour permettre aux habitants de signaler les incidents de harcèlement ou d’extorsion, a-t-il continué.

L’année dernière, les États-Unis avaient imposé des sanctions contre les chefs des milices pour des charges liées aux violations aux droits de l’homme dans Ninive et dans d’autres régions du nord et de l’ouest de l’Irak.

Le départ des milices des villes irakiennes « est désormais une nécessité et est l’une des principales demandes des habitants des villes libérées », a expliqué le député irakien Hamid al-Moutlaq, membre de la commission parlementaire pour la défense et la sécurité.

L’Anbar a enregistré des doléances similaires, a-t-il expliqué à Diyaruna, où des agriculteurs de la province la plus à l’ouest du pays se plaignent des harcèlements par les milices.

L’Irak se prépare à des élections anticipées, « qui requièrent une indépendance totale et un climat de sécurité exempt de toute pression sur les électeurs », a-t-il expliqué. « Les Irakiens espèrent que le nouveau gouvernement traitera sérieusement ces questions. »

Les déplacés hésitent à revenir

Selon Nabil Haji Allou, un habitant du district de Tal Keyf, dans la province de Ninive, les milices sont la raison principale qui explique pourquoi tant de ceux qui avaient été déplacés de la ville hésitent encore à rentrer.

« Les habitants se sentent en sécurité en présence de la police et de l’armée, mais certaines milices profitent de cette période post-EIIS », a-t-il déclaré à Diyaruna.

Elles cherchent à se donner une image de défenseurs du peuple « tout en commettant des abus », comme la mise en place de postes de contrôle temporaires, a-t-il précisé, qu’elles utilisent pour harceler les habitants locaux et extorquer de l'argent aux chauffeurs routiers.

Un nombre de plus en plus important de plaintes parviennent aux législateurs, qui demandent que des mesures soient prises, a expliqué le spécialiste des affaires politiques Ahmad al-Hamdani.

Cela fait clairement apparaître que les milices appuyées par l’Iran à Ninive et ailleurs dans le pays « sont devenues une source de menaces et de préoccupations », a-t-il déclaré à Diyaruna.

Le Premier ministre Moustafa Kadhemi doit s’emparer de la question, a-t-il continué, « parce que les habitants ne veulent plus des milices qui affirment leur loyauté à [l’ancien général iranien Qassem Soleimani], et après sa mort brandissent des portraits de Qaani ».

Le général de brigade Esmail Qaani a pris les commandes du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) après la mort de Soleimani en janvier.

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