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Terrorisme

Les nomades de l'Anbar se plaignent de leurs harcèlements par les milices

Hassan al-Obaidi à Bagdad

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Un policier irakien passe devant un campement bédouin non loin de la localité de Haditha, dans l'Anbar, sur cette photo d'archive datée du 19 avril 2009. [Ali Youssef/AFP]

Les Bédouins et les bergers qui mènent une vie nomade dans le désert de l'Anbar non loin de la frontière avec la Syrie se sont désormais fixés dans les faubourgs de certaines localités irakiennes et se plaignent d'être harcelés par les milices pro-iraniennes.

De nombreux nomades avaient été déplacés lorsque « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) s'était emparé de vastes territoires de l'Anbar à la mi-2014 et s'était à nouveau implanté dans les régions désertiques de la province après en avoir été chassé par l'armée irakienne et les forces de la coalition internationale fin 2017.

Aujourd'hui, des responsables nomades et locaux ont expliqué à Diyaruna qu'ils sont contraints de se reloger à nouveau, chassés cette fois par les milices pro-iraniennes opérant sous les auspices des Forces de la mobilisation populaire (FMP).

Depuis la défaite de l'EIIS, les milices irakiennes pro-iraniennes, notamment la Kataib Hezbollah, Harakat al-Nujaba et Saraya al-Khorasani, ont établi et consolidé leur présence dans la région le long de la frontière avec la Syrie.

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Des membres de la milice irakienne pro-iranienne Saraya al-Khorasani participent à un défilé militaire sur cette photo postée en ligne par la milice le 23 juin 2017. 

Elles ont pris des maisons particulières et des biens privés dans cette région frontalière, et les ont transformées en casernes, en positions militaires et en dépôts d'armes. Cela a dissuadé de nombreuses familles déplacées par l'EIIS de revenir.

Al-Qaim, une localité située directement en face de la ville syrienne d'Albou Kamal, est un point de passage important avec la Syrie. Cette localité frontalière a servi de point de franchissement pour les milices favorables au régime syrien, et est devenue pour elles un véritable hub de passage.

La présence de milices pro-iraniennes dans la région facilite l'objectif final de l'Iran consistant à créer une route terrestre transrégionale, ont expliqué des experts à Diyaruna.

Les Bédouins se plaignent de harcèlement

De grands nombres de Bédouins et de bergers ont récemment fui la région en emportant leurs tentes et leur bétail vers des zones proches des villes d'al-Qaim, Heet et al-Mohammadi, expliquant qu'ils étaient harcelés par les milices armées.

Ils ont affirmé que des miliciens avaient saisi leur bétail et leurs chameaux et détruit leurs réservoirs d'eau pour les empêcher de revenir dans la région, et avaient agressé physiquement certains d'entre eux.

Selon des articles parus dans les médias locaux, ces milices se sont livrées à ces exactions pour contraindre les nomades à s'en aller et exiger un paiement en espèces ou en bétail au prétexte qu'ils aidaient les terroristes.

Quelque 80 Bédouins et bergers ont récemment été déplacés du désert de l'Anbar en raison de harcèlements par les milices pro-iraniennes, a expliqué à Diyaruna un responsable local qui a demandé à conserver l'anonymat.

Certains ont été volés et contraints de verser un tribut, tandis que d'autres ont été physiquement agressés et ont vu leurs biens détruits, a-t-il ajouté.

Ces habitants déplacés ont été installés dans des camps dans les faubourgs des villes de l'Anbar et ont porté plainte auprès de la police irakienne après les harcèlements dont ils ont été victimes, a poursuivi ce responsable local.

Leurs témoignages semblent corroborer le fait que les milices pro-iraniennes visent à « débarrasser ces régions de toute présence civile afin de pouvoir librement s'adonner à des activités illicites liées à l'Iran et au régime syrien », a-t-il indiqué.

Les milices ont « un rôle subversif »

Les forces irakiennes ont reçu différentes plaintes pour harcèlement et extorsion de la part de Bédouins et de bergers dans les régions proches d'al-Qaim, d'al-Rutba et d'al-Annaz, a indiqué le colonel Mohsen Sattar al-Awadi, du commandement des opérations dans al-Jazeera et al-Badiya.

Ce commandement est chargé de maintenir la sécurité dans le désert de l'Anbar, qui s'étend jusqu'à la bande frontalière avec la Syrie.

Les forces irakiennes se déploieront dans des zones proches des lieux de présence des nomades, a-t-il expliqué à Diyaruna, pour assurer leur protection et empêcher de futures attaques.

Une vidéo que les activistes ont diffusée en ligne montre un commandant de Saraya al-Khorasani confisquer sans aucune raison les papiers d'identité d'un Bédouin dans le désert.

Ces actes de harcèlement sont le prolongement des efforts des milices pro-iraniennes de prendre le contrôle de la région frontalière, a expliqué le spécialiste irakien de la sécurité Ahmed al-Hamdani.

Les fréquents rapports de harcèlement concernent non seulement des Bédouins ou des bergers, mais aussi les habitants des villages frontaliers, a-t-il expliqué à Diyaruna.

Ces milices jouent un rôle subversif et ajoutent à la charge des forces de sécurité irakiennes, qui cherchent à assurer la stabilité dans ces régions, a-t-il poursuivi.

La stratégie iranienne en Irak est bâtie sur la poursuite de l'instabilité, « parce que la stabilité effacerait son dernier prétexte d'ingérence dans les affaires irakiennes et l'empêcherait de former des milices », a déclaré le responsable politique irakien Talib al-Issawi à Diyaruna.

L'Iran veut contrôler la région frontalière entre l'Irak et la Syrie, et s'attache à renforcer son influence dans ces régions par l'intermédiaire de ces milices, a-t-il conclu.

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