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Les manifestants de Bassorah refusent l'ingérence iranienne

Faris al-Omran

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De jeunes Irakiens participent à une action de protestation dans la province méridionale de Bassorah . [Diyaruna]

Bien que Bassorah soit riche en ressources pétrolières, les habitants de cette province du sud de l'Irak souffrent depuis longtemps de la déficience des services publics et d'une économie vacillante, une situation qu'ils imputent en grande partie aux milices épaulées par l'Iran.

Depuis le début du mois d'octobre, les habitants de Bassorah descendent dans la rue pour protester contre la corruption et la pauvreté des services de base dans le cadre d'une vague de protestations dans tout l'Irak, qui a fait plus de 330 victimes.

Les milices appuyées par l'Iran sont intervenues pour réprimer ces manifestations, et Bassorah a connu quelques-unes des pires violences contre des manifestants très remontés contre l'influence de l'Iran en Irak et ses tentatives de détourner ses ressources.

Selon les habitants de Bassorah rencontrés par Diyaruna, le pétrole de la province serait pillé par les milices appuyées par l'Iran et ses recettes serviraient à financer le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Ils ont déclaré imputer dans une large mesure à ces milices les mauvaises conditions de vie et l'effondrement des services publics que connaît la province.

Ghassan, un manifestant de Bassorah, a accusé les milices irakiennes épaulées par l'Iran d'oppression, de détention arbitraire et de suppression des libertés, estimant qu'elles « défendent uniquement les intérêts de l'Iran et veulent nous museler ».

Les manifestants appellent à la fin de la présence des milices « qui volent le pétrole de Bassorah et le remettent à l'Iran, alors que la population locale ne bénéficie en rien de ses propres ressources locales », a-t-il ajouté.

« En raison de ce vol, rien ne vient réellement améliorer l'état de nos services publics et notre économie », a poursuivi Ghassan.

« Au lieu de cela, nous connaissons un chômage généralisé, tandis que les milices s'enrichissent, que leur influence s'accroît et que la corruption enfle », a-t-il continué.

Les milices impliquées dans la contrebande

Bassorah est pratiquement devenu « le grenier » de l'Iran et de ses agents, alors même que la plupart de ses habitants vivent dans « une pauvreté abjecte » sans même un accès à l'eau potable, a expliqué le politologue Ghanim al-Abed à Diyaruna.

Les milices font passer en contrebande « pas moins de 400 000 barils de pétrole de Bassorah chaque jour via les ports maritimes », a-t-il ajouté, affirmant que la plupart de ces recettes vont au CGRI et à ses milices régionales alliées.

Les milices appuyées par l'Iran revendiquent pour elles-mêmes une part des droits de douane à l'importation sur les marchandises entrant dans le pays par des passages frontaliers non officiels avec l'Iran, a-t-il continué, soulignant que Bassorah est devenu un marché pour la drogue venue d'Iran.

En conséquence, « il n'est que naturel que toute cette colère publique éclate chez les habitants de Bassorah », et que cette colère vise directement les milices et le régime iranien, a poursuivi al-Abed.

En septembre 2018, Bassorah avait connu une vague de protestations au cours de laquelle les habitants avaient exprimé leur rejet de ces milices et de l'influence iranienne dans leur province.

« Les milices ont répondu aux manifestations actuelles avec la même brutalité que l'an passé », a-t-il déclaré, en organisant des campagnes violentes pour réprimer ces manifestations conformément aux directives du CGRI.

Les ressources de l'Irak sont « pillées »

Le ressentiment de l'opinion publique couve à cause de la corruption et de l'absence de solutions significatives aux problèmes qui frappent les habitants de Bassorah et les Irakiens en général, a expliqué Kadhim al-Muqdadi, directeur du département des médias de l'Université Al-Farabi.

Ces manifestations reflètent leurs doléances, qui concernent les services publics, la rareté des emplois et les insuffisances dans l'application de la loi, a-t-il expliqué à Diyaruna.

Les gens estiment que leurs ressources sont « pillées sous leurs yeux et remplissent les poches d'individus corrompus et des factions armées », a-t-il poursuivi.

Al-Muqdadi a souligné la détermination des manifestants à ce que leurs demandes pour des conditions de vie décentes et l'arrêt de l'hémorragie de leurs ressources nationales soient satisfaites, tout en critiquant les mesures prises pour répondre à cette contestation.

« Il n'est pas dans l'intérêt des factions influentes liées à l'Iran que ces manifestations débouchent sur la fin de l'influence iranienne, raison pour laquelle elles prennent autant de mesures pour les réprimer », a-t-il expliqué.

C'est ce qui s'est produit à Bassorah ainsi que dans la province de Kerbala, où des tentes de manifestants ont été brûlées le 8 novembre.

Al-Muqdadi a souligné en conclusion que les voix exigeant des réformes devraient être entendues et que les demandes légitimes devraient être satisfaites.

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