Terrorisme

Tahrir al-Sham s'empare de bâtiments publics à Idlib

Par Waleed Abou al-Khair au Caire

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Cheikh Hassan al-Dgheim revient dans la région rurale d'Idlib après avoir passé trois ans à l'étranger, suite à un désaccord avec le Front al-Nosra. Al-Dgheim était initialement partisan d'un dialogue avec Tahrir al-Sham, mais a rapidement changé d'avis. [Photo fournie par Mousab Assaf]

L'alliance Tahrir al-Sham, dominée par l'ancien Front al-Nosra (FAN), s'est emparée du service des eaux et de bâtiments du conseil local de la ville d'Idlib, a rapporté un militant local à Diyaruna.

Cette action vise à faire pression sur les habitants et les leaders de la ville pour qu'ils acceptent d'autoriser l'alliance à mettre en place une administration civile pour gérer les affaires d'Idlib et des zones environnantes, a indiqué Mousab Assaf, militant des médias à Idlib.

Une fois que l'alliance a été certaine que l'initiative qu'elle avait proposée aux dirigeants de la ville – la mise en place d'une autorité civile – serait bloquée, elle a commencé à s'en prendre aux habitants, a-t-il fait savoir.

Dans un geste de défi, l'alliance a pris pour cible des personnalités influentes et des activistes chargés des affaires courantes de la ville, s'emparant du bâtiment du conseil local de la ville et de son service des eaux.

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Un élément de Tahrir al-Sham fouille un véhicule civil près du bâtiment de l'administration provinciale à Idlib. L'alliance extrémiste a pris le contrôle de deux bâtiments publics dans la ville. [Photo fournie par Mousab Assaf]

L'alliance a également interdit aux membres du conseil de mener à bien leurs fonctions, leur faisant savoir que désormais, des émirs et des éléments de Tahrir al-Sham dirigeraient l'administration de la ville et des zones environnantes.

Selon Assaf, le conseil local n'est affilié à aucun parti politique.

« Ses membres sont élus par les habitants de la ville, et il en gère les affaires depuis 2013 », a-t-il rapporté.

La suspension du conseil civil a déclenché une forte réaction négative chez les habitants, a-t-il poursuivi, exacerbant les tensions déjà existantes et faisant craindre des affrontements.

Ces tensions sont alimentées par les éléments de Tahrir al-Sham, qui sont éparpillés dans la ville et qui interdisent le fait de fumer, les fêtes de mariage et la musique sous prétexte d'application de la charia.

Actuellement, a indiqué Assaf, la ville est sans électricité, sans eau et sans nourriture.

« La nouvelle année scolaire va débuter, et les habitants craignent que Tahrir al-Sham prenne le contrôle du processus et des programmes d'éducation, comme l'a fait 'l'État islamique' (Daech) dans les zones qu'il contrôle », a-t-il rapporté.

Manœuvres politiques

Pour tenter de préparer le terrain pour la création d'une nouvelle administration civile, a relaté Assaf, Tahrir al-Sham a tenté de séduire des militants politiques et des personnalités influentes en les invitant à rencontrer Abou Mohammed al-Joulani, leader du FAN.

L'alliance a aussi invité plusieurs membres de l'opposition syrienne à revenir de l'étranger pour participer à des discussions, parmi lesquels des membres de la Coalition nationale pour les forces révolutionnaires et d'opposition syriennes, le Gouvernement syrien en exil et le Conseil islamique syrien.

Certains, comme Ahmed Abou Zeid, Ossama Abou Zeid et Cheikh Abbas Sharifa ont annoncé leur rejet ferme du dialogue.

Ces négociations ne sont qu'un moyen pour le FAN de se cacher derrière une façade civile pour éviter toute attaque potentielle par les forces de la coalition, ont-ils affirmé, car l'alliance a été désignée comme organisation terroriste.

« L'une des personnes invitées, Cheikh Hassan al-Dgheim, chercheur sur les groupes extrémistes qui est fermement opposé à la présence du FAN, avait d'abord accepté les négociations pour tenter d'apaiser la situation », a rapporté Assaf.

Al-Dgheim pensait au départ qu'il y avait une possibilité d'obtenir la libération des prisonniers de Tahrir al-Sham, dont beaucoup font partie de l'Armée syrienne libre (ASL), a ajouté Assaf.

« Il a cependant changé d'avis le 28 août et a refusé d'engager les négociations après avoir compris les véritables intentions de l'alliance », a-t-il conclu.

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