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L'EIIL supprime le paiement du sang pour ses veuves

Par Waleed Abou al-Khair au Caire

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Abandonnées sans un sou par le groupe, les veuves de l'EIIL ont été contraintes de fuir les zones encore sous son contrôle, de vendre ce qu'elles possédaient ou d'accepter n'importe quel travail, parfois seulement en échange de nourriture. [Fichier]

Confronté à de sérieux ennuis financiers, « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) est revenu sur son engagement d'indemniser les familles de ses combattants morts au combat, ont indiqué à Diyaruna certaines sources connaissant très bien la situation dans laquelle se trouve le groupe.

Au lieu de recevoir l'argent qu'on leur avait promis, les veuves des combattants de l'EIIL tués au combat se voient offrir du travail, et ont été poussées à envoyer leurs enfants se battre sur le front, où ils risquent de rencontrer le même sort que leurs pères.

Abandonnées sans un sou par le groupe, les veuves de l'EIIL ont été contraintes de fuir les zones encore sous son contrôle, de vendre ce qu'elles possédaient ou d'accepter n'importe quel travail, parfois seulement en échange de nourriture.

Des rapports sur les lourdes pertes subies par l'EIIL circulent dans un contexte d'escalade des combats dans les zones rurales d'al-Raqqa, de Tabqa et dans certaines parties de Deir Ezzor, a expliqué Nasser al-Ali, originaire d'al-Raqqa et enseignant, qui a demandé à utiliser un pseudonyme par peur pour sa sécurité.

L'on sait que les familles de combattants syriens de l'EIIL se sont vu promettre une indemnisation financière à vie en cas de mort du père, du frère ou de l'unique pourvoyeur de nourriture alors qu'il combattait dans les rangs du groupe, a-t-il expliqué à Diyaruna.

« Les salaires et cette indemnisation étaient les raisons et les motivations principales ayant poussé la plupart des Syriens qui avaient rejoint les rangs du groupe », a-t-il poursuivi.

Cela était dû au fait que « la sévère dégradation de la situation économique et l'absence d'opportunités d'emplois » en raison de la guerre ne leur laissaient que peu d'autres options, a-t-il précisé.

Les veuves face à « une situation encore pire »

« Les veuves des éléments du groupe vivent dans des conditions bien pires depuis que le groupe a cessé de leur verser les indemnisations et a même purement et simplement arrêté de payer les salaires », a ajouté al-Ali.

« Certaines de ces femmes ont porté leur cas auprès des bureaux de la sécurité et des unités dans lesquelles servait leur mari, mais en vain », a-t-il poursuivi.

L'EIIL a tenté une approche différente auprès de certaines veuves, a-t-il expliqué, à savoir « les inciter à épouser un élément [de l'EIIL] pour les persuader de travailler pour le groupe pour 50 $ par mois, ou a exercé des pressions sur elles pour qu'elles engagent leurs jeunes enfants ».

« Nombre de femmes ont accepté d'engager leurs enfants en échange de quelque argent », a-t-il indiqué, malgré le fait qu'elles sachent que l'EIIL utilise les enfants comme kamikazes.

Nombre de femmes qui acceptent de travailler pour le groupe sont envoyées au front, où certaines sont formées à se battre tandis que d'autres sont chargées de fournir un soutien en apportant de la nourriture, des armes et des munitions aux combattants, a-t-il expliqué.

Il n'est pas surprenant que les familles de combattants de l'EIIL se retrouvent confrontées à de telles situations, affirme Nasser al-Assiouty, professeur d'économie internationale à l'université du Caire.

Le groupe a subi des pertes sérieuses ces derniers mois, et doit également faire face à une chute importante de ses revenus, a-t-il rappelé à Diyaruna.

« La coalition internationale a été en mesure de juguler les envois d'argent, y compris les dons faits par les partisans de l'EIIL dans le monde entier, qui remplissaient jusque là les coffres du groupe », a-t-il poursuivi.

Les profits générés par le commerce mondial ne parviennent pas au groupe, a-t-il souligné, et la vente de pétrole volé dans les territoires sous son contrôle en Syrie et en Irak a été stoppée.

La contrebande et le commerce des antiquités et des récoltes agricoles, qui généraient autrefois des sommes énormes pour le groupe, ont également été bloqués, a précisé al-Assiouty.

Réduction drastique des salaires

Outre le fait de ne pouvoir honorer ses engagements à verser une indemnisation aux veuves de ses combattants, l'EIIL a réduit de manière drastique les salaires de ses combattants.

Hamad al-Nafeh, propriétaire d'un commerce à Tabqa, a expliqué à Diyaruna qu'il avait eu l'occasion de constater cela de visu, grâce à son travail sur les marchés d'al-Raqqa et à ses interactions avec les commerçants qui se déplacent dans les régions contrôlées par l'EIIL, et avec des clients.

« Le salaire d'un élément syrien n'est actuellement que de 40 dollars par mois, après avoir été progressivement réduit, alors qu'il était au départ de 500 dollars », a rapporté al-Nafeh, qui a choisi d'utiliser un pseudonyme par crainte pour sa sécurité.

Il est bien connu dans et autour d'al-Raqqa et de Tabqa que chaque région encore sous le contrôle de l'EIIL lutte pour obtenir les revenus dont elle a besoin, a-t-il ajouté.

« 'L'émir' de chaque secteur agit individuellement pour obtenir les fonds nécessaires pour couvrir les dépenses, en comptant essentiellement sur les arrestations qui entraînent des pénalités », a-t-il continué.

Les montants nécessaires pour obtenir une libération vont de 50 à 100 dollars, a-t-il précisé.

Les autres sources de revenus d'urgence incluent la confiscation et la vente du mobilier provenant des maisons des familles qui ont fui la ville pour échapper au groupe, a-t-il expliqué.

« Les éléments de l'EIIL vendent tout ce sur quoi ils mettent la main pour obtenir de l'argent, y compris du pétrole, de l'essence et du fioul à des prix très bas », a-t-il poursuivi.

Ils ont même arraché les fils électriques dans les villages des zones rurales d'al-Raqqa pour les revendre, a-t-il ajouté.

Ces dernières semaines, a indiqué al-Nafeh, certaines veuves de combattants syriens de l'EIIL ont profité de la vague de déplacements pour fuir la région et se réfugier dans des camps ou des petits villages ruraux.

Quant aux veuves des combattants étrangers de l'EIIL, a conclu al-Nafeh, « personne ne sait rien sur elles ».

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