Droits de la Femme

Des Syriennes arabes combattent l'EIIL et la stigmatisation sociale

Par l'AFP

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Doza Jiyan, combattante arabe de 21 ans dans les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), se tient aux côtés de ses collègues près du village d'al-Torshan, aux abords d'al-Raqqa le 6 février. [Delil Souleiman/AFP]

Elles combattent les extrémistes les plus redoutés du monde, mais des centaines de combattantes arabes luttant contre « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) en Syrie sont également confrontées à la désapprobation de leurs proches et de la société.

Batoul, 21 ans, fait partie d'une alliance arabo-kurde luttant pour reprendre al-Raqqa, bastion syrien de l'EIIL.

Elle fait partie d'un groupe de plus de 1 000 femmes arabes ayant rejoint les combattants kurdes hommes et femmes des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), selon une porte-parole.

Dans le désert, à une vingtaine de kilomètres d'al-Raqqa, Batoul parle avec passion de sa décision de combattre l'EIIL, qui tient le village proche d'al-Torshan.

Elle dit qu'elle est fière de sa décision, prise il y a deux ans, de rejoindre les YPJ, l'équivalent féminin des Unités kurdes de protection du peuple, qui est un composant majeur de l'alliance des FDS.

« J'ai intégré les YPJ pour libérer ma patrie, mais aussi pour libérer les femmes de l'esclavage », affirme-t-elle.

« Nous ne pouvons plus rester cloîtrées entre quatre murs. »

« Mon arme fait partie de moi »

Les Kurdes syriens et les Arabes combattent l'EIIL depuis fin 2015, avec un soutien aérien et d'autres appuis de la coalition internationale contre le groupe.

Mais dans la bataille en cours pour al-Raqqa, c'est la première fois que Batoul s'est retrouvée sur la ligne de front, où les avions de chasse vrombissent dans le ciel, effectuant des frappes, et où les mortiers résonnent au loin.

« La première fois que j'ai tenu une arme, j'avais très peur », admet-elle.

« Mais maintenant, mon arme est devenue une partie de moi-même. Elle me libère et me protège. »

Elle parle en arabe, mais ses phrases sont parsemées de mots kurdes qu'elle a appris auprès de ses sœurs d'armes.

« Les relations entre nous et les femmes kurdes sont bonnes. Nous ne parlons pas la même langue, mais nous sommes toutes là pour libérer le pays et les femmes. »

Jihan Cheikh Ahmad, porte-parole pour la campagne d'al-Raqqa, a indiqué que les FDS comptaient désormais plus de 1 000 femmes arabes dans ses rangs.

« L'expérience des YPJ a eu un impact positif sur notre société », a-t-elle assuré à l'AFP.

« Plus nous libérons de territoire, et plus nombreuses sont les femmes arabes qui nous rejoignent. ».

Dans une tente proche de la ligne de front, six jeunes combattantes arabes plaisantent et partagent des secrets en buvant du thé.

« Les mêmes droits que les hommes »

« Mon but est de libérer les femmes de l'oppression de l'EIIL, mais aussi de celle de la société », déclare Hevi Dilirin, une arabe ayant pris un nom de guerre kurde lorsqu'elle a rejoint les YPJ.

« Dans notre société, les femmes n'ont pas le droit à la parole. Mais elles devraient avoir les mêmes droits que les hommes », proclame-t-elle, portant une veste de camouflage et des baskets blanche et grise.

Les Kurdes de Syrie ont souligné l'égalité des sexes dans leurs milices et leurs jeunes institutions.

Mais les tribus arabes font partie des couches les plus conservatrices de la population, et Doza Jiyan, âgée de 21 ans, rapporte que la plupart des familles arabes trouvent l'idée des femmes combattantes « difficile à accepter ».

« Dans notre société syrienne, nous trouvons bizarre qu'une femme prenne les armes », ajoute Jiyan, originaire de la ville de Ras al-Ain, dans la province d'Hasakeh.

Mais elle parle avec assurance lorsqu'il s'agit de la situation militaire avec ses collègues masculins.

« L'EIIL n'est plus invincible, ils ne combattent plus qu'à motos et en minant les villages », indique-t-elle.

L'utilisation extensive des EEI et des mines a ralenti la progression des FDS vers al-Raqqa, le plus important bastion restant de l'EIIL en Syrie.

Les FDS ont annoncé le 4 février une nouvelle phase dans leur projet de capture d'al-Raqqa, avançant vers la ville graduellement depuis le nord et le nord-est.

Jiyan est convaincue que les succès militaires des FDS finiront par changer l'opinion de ses proches et de la société, et elle n'a pas prévu de partir.

« Je suis très heureuse ici », a-t-elle affirmé.

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1 COMMENTAIRE (S)
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C'est la philosophie de ce grand homme, Abdoullah Öcalan.

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