Économie

L’Irak accuse l’Iran de détourner illégalement l’eau d’une rivière

Alaa Hussein à Bagdad

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Une vue du Zab qui alimente le barrage de Dokan dans la région du Kurdistan irakien, à 65 kilomètres au nord-ouest d’As-Sulaymaniya. [Shwan Mohammed/AFP]

Le ministère irakien des Ressources hydrauliques a accusé l’Iran de violer le droit international en réduisant le débit de deux des principaux affluents du Tigre dans le nord de l’Irak.

Dans un communiqué du 19 août, le ministère a indiqué qu’il avait détecté une diminution importante de la quantité d’eau provenant du territoire iranien par les rivières Sirwan et Petit Zab qui s’écoulent en Irak.

La Sirwan alimente le barrage de Derbendikhan, et le Petit Zab alimente de son côté le barrage de Dokan, dans la province d’As-Sulaymaniya.

La quantité d’eau alimentant le barrage de Derbendikhan depuis l’Iran a diminué pour n’atteindre que sept mètres cubes par seconde, contre 45 mètres cubes par seconde auparavant , a expliqué le ministère.

Dans le Petit Zab, le débit a chuté à deux mètres cubes par seconde, ce qui est plus ou moins équivalent à une rupture totale du débit , a-t-il expliqué.

Violation du droit international

L’Iran a détourné une partie de l’eau du Zab dans le lac Ourmia, situé sur son territoire, et une partie de la Sirwan pour des projets d’irrigation dans la région de Sarpol-e Zahab, dans la province de Kermanshah, ont indiqué des articles parus dans les médias.

Il s’agit d’une « violation manifeste des lois et des normes internationales », qui interdisent tout transfert d’eau d’un bassin à un autre si cela est néfaste aux estuaires des rivières, a rappelé le ministère.

Dans ce cas précis, a-t-il ajouté, ce transfert s’est fait au détriment des régions situées en aval en Irak.

Les agissements de l’Iran seront préjudiciables au secteur agricole en Irak, et impacteront directement les villages situés dans les bassins versants qui alimentent le barrage de Derbendikhan, dont les débits ont été réduits, a expliqué le porte-parole du ministère à Diyaruna.

Les niveaux de stockage de l’eau dans le barrage, l’un des plus importants en Irak, qui alimente en eau de vastes régions durant les mois d’été, seront également impactés, a-t-il ajouté.

Il a mis en garde sur le fait que cela pourrait avoir des répercussions négatives sur la saison des cultures de l’été prochain, car de vastes étendues de terres agricoles dépendent de l’eau stockée dans ces barrages, qui pourront ne plus être en mesure de répondre à la demande si les réductions de débit se poursuivent.

La situation continuera de se dégrader si l’été prochain est sec, ce que semblent prévoir les prévisionnistes, a poursuivi Diab.

Rahman Khani, directeur du barrage de Derbendikhan, a expliqué à Diyaruna que ces baisses de débit auront des conséquences négatives sur les opérations du barrage, qui produit de l’électricité, et entraîneront une baisse du niveau des eaux dans le lac Hamrin et dans le barrage de Diyala.

« Guerre de l’eau » contre l’Irak

Ces agissements iraniens équivalent à une « guerre de l’eau » déclenchée contre l’Irak, a expliqué Haider el-Asad, président de l’Union générale des sociétés coopératives agricoles en Irak. Il a appelé le gouvernement à faire pression sur l’Iran pour qu’il respecte les quotas hydrauliques de l’Irak.

« Le secteur agricole irakien est récemment parvenu à assurer l’autosuffisance grâce à plusieurs cultures agricoles, notamment le blé », a-t-il rappelé.

Les Irakiens s'attendaient à cultiver quelque 20 millions de dounams de terres agricoles durant la prochaine saison, dont 80 % sont situés dans le bassin du Tigre, le reste se trouvant dans le bassin de l’Euphrate, a poursuivi el-Asad.

Mais ces baisses de débit et les plus bas niveaux de stockage de l’eau enregistrés dans les barrages irakiens pourraient entraver ces plans.

Les agriculteurs irakiens, en particulier ceux qui cultivent le blé, une culture stratégique essentielle, sont les véritables cibles de politiques qui visent à réduire les débits hydrauliques en Irak, a-t-il affirmé.

La saison passée, les cultivateurs de blé avaient réussi à produire quelque 5,5 millions de tonnes de blé, a-t-il rappelé en conclusion, parvenant ainsi à l’autosuffisance de leur pays et permettant à l’État irakien d’économiser les devises fortes dont il aurait eu sinon besoin pour importer des céréales de l’étranger.

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