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Un forgeron syrien soude des abris pour les déplacés d'Idlib

AFP

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Jumaa al-Mustayf soude des tuyaux métalliques le 30 septembre dans un camp de déplacés près de la ville d'Hazano, dans la province d'Idlib. [Aaref Watad/AFP]

Accroupi entre des oliviers dans le nord-ouest de la Syrie, Jumaa al-Mustayf coupe de longs tubes métalliques avec une scie électrique pour fabriquer des armatures de tente pour les familles déplacées.

À l'approche de l'hiver dans la province d'Idlib, l'homme surnommé le « forgeron des camps » explique que ses compétences en soudure sont particulièrement demandées.

« Les commandes ne cessent d'arriver », raconte cet homme de 34 ans, la peau brûlée par le soleil à cause des journées de travail en extérieur.

Idlib a subi des bombardements syriens et russes répétés cette année, obligeant des centaines de milliers de civils à fuir vers la frontière au nord.

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Jumaa al-Mustayf (deuxième à gauche) et Reslan Mohammed (à droite) portent la structure d'une tente dans un camp de déplacés le 30 septembre près de la ville d'Hazano, à Idlib. [Aaref Watad/AFP]

Plus de trois millions de personnes vivent dans la région, en grande partie contrôlée par l'alliance extrémiste Tahrir al-Sham, et près de la moitié d'entre elles ont déjà été déplacées d'autres parties du pays par les combats.

Al-Mustayf explique qu'il possédait une entreprise de travail des métaux dans le sud-est d'Idlib, mais qu'il y a deux ans, la guerre l'avait contraint à fuir sa maison avec sa famille.

« J'ai dû construire ma propre tente pour y vivre. Les gens l'ont vue et ont commencé à passer des commandes. Je me suis donc mis au travail », raconte-t-il.

Sur une parcelle de terre rouge près du village d'Hazano, al-Mustayf a installé un atelier de fortune pour fournir aux habitants du camp voisin des armatures solides pour se protéger des rigueurs de l'hiver.

Deux hommes déchargent des douzaines de longs tubes métalliques d'un petit camion et les empilent sur le sol.

Accrochée à proximité, une modeste enseigne en carton indique : « Forgeron des camps ».

Une entreprise familiale

Mains nues et portant des sandales, al-Mustayf scie du métal, projetant des étincelles alors qu'il prépare des pièces pour sa dernière commande.

Le bruit strident de sa scie étouffe temporairement le bruit d'un marteau frappant du fer et le crachotement bruyant des groupes électrogènes proches.

Une femme vêtue d'une longue robe rouge et d'un foulard regarde de loin, assise en tailleur sur un tapis à l'ombre d'un olivier.

Le forgeron soude la structure d'une main, l'autre tenant un masque de soudeur pour se protéger le visage des étincelles.

Pour l'aider dans son travail, il a fait appel à quelques cousins, et même à son neveu de 13 ans, qui a quitté l'école pour aider sa famille à joindre les deux bouts.

En un mois, al-Mustayf a vendu 150 tentes. Les abris distribués par les organisations non gouvernementales sont trop petits pour les familles nombreuses, explique-t-il.

« Elles résistent bien à la pluie et aux vents violents », déclare-t-il au sujet de ses propres armatures.

La plus petite armature qu'il propose fait 16 mètres carrés et coûte près de 150 dollars, la plus grande couvre 36 mètres carrés et coûte 320 dollars.

Les clients doivent ensuite acheter un revêtement extérieur en tissu imperméable auprès d'un autre fournisseur et payer quelqu'un d'autre pour couler une base en ciment pour la tente.

Mais malgré les commandes, Mustayf rapporte que ses bénéfices sont minces.

« Nous gagnons peu ; juste assez pour vivre et couvrir les besoins de la famille », précise-t-il.

Endetté pour une nouvelle tente

Huit ans après le début du conflit syrien, Idlib est l'une des dernières régions du pays à échapper au contrôle du régime.

Les forces du régime soutenues par la Russie ont pilonné la région pendant des mois au printemps et durant l'été, tuant environ 1000 civils et déplaçant 400 000 personnes de chez elles.

La Russie a annoncé une trêve fin août, mais l'Observatoire syrien des droits de l'homme affirme que des bombardements et des affrontements sporadiques ont toujours lieu.

Reslan Mohammed, sa femme et ses huit enfants ont fui leur maison il y a trois ans et vivent depuis à l'extérieur.

Mais cet automne, il a décidé qu'il était temps d'avoir un nouveau logement.

« La tente que nous avons n'est pas faite pour l'hiver », déclare cet homme de 48 ans.

Rassemblant la somme suffisante, il a commandé la plus petite armature à al-Mustayf et a regardé des hommes porter le produit fini jusqu'à l'emplacement de sa famille dans le camp.

De petits enfants se balancent avec enthousiasme sur les barres de métal avant qu'elles ne soient scellées.

« J'ai emprunté de l'argent à des parents et des amis » pour acheter cette nouvelle structure de tente, raconte Mohammed.

Une fois le nouveau cadre en place, il le recouvre d'un patchwork de vieilles couvertures. Ils déroulent un grand tapis de plastique tissé sur la terre et posent un mince matelas dessus.

Mohammed aurait aussi aimé un sol en ciment, mais pour l'instant ce luxe est trop cher.

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