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Élections |

Des militants syriens qualifient les élections locales de farce

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Des Syriens dans un bureau de vote installé pour les élections locales et provinciales dans la région côtière de Tartous le 16 septembre. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Dimanche 16 septembre, le régime syrien a commencé à organiser les élections locales dans les régions du pays qu'il contrôle, un processus qualifié de « farce » par plusieurs activistes.

La tenue de ces élections est une tentative de contourner une solution politique pacifique en mettant en place des alliés du régime dans tous les postes administratifs visibles du public, ont-ils déclaré.

Les bureaux de vote dans les zones contrôlées par le régime ont ouvert leurs portes dimanche pour les premières élections aux conseils d'administration locaux et provinciaux depuis le début du conflit syrien en 2011, afin de nommer les membres et les présidents des conseils.

Les médias d'État syriens ont proclamé que « plus de 40 000 candidats » se présentaient à quelque « 18 478 sièges dans toutes les provinces », une déclaration accueillie avec scepticisme.

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Des responsables du gouvernement votent lors des élections locales en Syrie dans un bureau de vote mis en place spécialement pour eux à Damas. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

« Le moins que l'on puisse dire à propos de ces élections, c'est qu'elles sont une farce », a déclaré l'avocat syrien Bashir al-Bassam à Diyaruna.

Il s'est interrogé sur le point de savoir comment des élections pouvaient être organisées alors que la moitié des Syriens sont réfugiés en dehors du pays ou dans divers camps de déplacement.

« Comme ces gens ne peuvent pas voter, les résultats sont déjà décidés en faveur de certains candidats favorables au régime », a-t-il affirmé.

Un examen des listes de candidats a révélé que beaucoup des personnes nommées à la présidence des conseils sont favorables au régime, a-t-il fait remarquer, la plupart ayant joué un rôle politique ou militaire en faveur du régime au cours des dernières années.

Les élections comme celles-ci, dans un pays enfermé dans un conflit armé depuis des années, doivent se faire sous la supervision d'organisations de surveillance internationales et de l'ONU pour garantir l'intégrité de leur déroulement et de leurs résultats, a-t-il déclaré.

Ces élections suscitent des inquiétudes

Ces élections suscitent plusieurs interrogations, a indiqué le journaliste syrien Mohammed al-Abdoullah à Diyaruna.

On trouve le nom de fidèles du régime et des affiliés politiques sur les listes de candidats des provinces qui sont toujours hors de son contrôle, comme al-Raqqa, al-Hasakeh et Deir Ezzor.

« Cela permettra de veiller à ce qu'aucun autre candidat opposé au régime ne travaille dans ces institutions », a-t-il expliqué.

L'organisation de ces élections n'a pas fait partie des discussions pour une solution pacifique au conflit, a déclaré al-Abdoullah, notant que « les administrations locales font partie des éléments fondamentaux visés par les négociations ».

Le régime parie sur le fait qu'une fois que ces administrations locales auront été rétablies, elles ne seront pas abolies dans un avenir proche, a-t-il poursuivi, lui permettant ainsi de maintenir son contrôle sur ces conseils.

À voir la façon dont les élections locales sont organisées, a-t-il indiqué, « c'est comme si aucune révolution n'avait eu lieu pour obtenir des droits civiques et la liberté de choix ».

« Est-ce que quelque chose va changer ? »

À Damas, des affiches électorales, principalement celles de candidats sortants, sont visibles dans les lieux publics, y compris dans la vieille ville, a rapporté l'AFP.

La vaste majorité des candidats étaient des membres du parti Baath au pouvoir ou y était affilié, ce qui a dissuadé certaines personnes de voter.

« Pourquoi voter ? Est-ce que quelque chose va changer ? Soyons honnêtes », a déploré Humam, un habitant de Damas de 38 ans travaillant dans le district de Mazzeh, et qui a choisi de ne pas se rendre aux urnes.

Le nombre de sièges a légèrement augmenté, alors qu'il était d'environ 17 000 lors des dernières élections, car de petits villages sont devenus des municipalités à part entière.

Les membres de ces conseils siègent pendant quatre ans au niveau municipal et sont surtout chargés du fonctionnement des services et d'autres questions administratives.

Les dernières élections en Syrie avaient eu lieu en décembre 2011, neuf mois après le début du conflit.

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