NOUVELLES D’IRAK
Terrorisme

Tahrir al-Sham rétablit la police « hesba » à Idlib

Par Waleed Abou al-Khair au Caire

image

Selon des militants locaux, l'alliance Tahrir al-Sham a rétabli les patrouilles de l'al-hesba dans certaines zones de la province d'Idlib. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

L'alliance Tahrir al-Sham a réinstauré l'al-hesba (la police religieuse) dans certaines parties de la province rurale d'Idlib, ont expliqué à Diyaruna des militants et des habitants syriens.

Des patrouilles de l'al-hesba ont également été vues dans la ville d'Idlib, ont-ils ajouté, plusieurs mois après que cet organisme a été suspendu suite à la forte opposition de la population locale.

Ces patrouilles avaient totalement disparu après que des affrontements eurent éclaté entre Tahrir al-Sham, dominé par l'ancien Front al-Nosra (FAN), et les autres factions armées présentes dans la région, a expliqué le militant Moussab Assaf, qui a souhaité utiliser un pseudonyme pour des raisons de sécurité.

Elles sont désormais de retour, a-t-il poursuivi, soulignant que le travail de l'al-hesba avait été préalablement suspendu après qu'il eut dû faire face à un rejet complet des habitants, qui refusaient de respecter ses ordres.

Tahrir al-Sham a déployé des éléments de l'al-hesba dans la ville de Salqine, dans la province rurale d'Idlib, a-t-il expliqué, ajoutant qu'ils avaient commencé à lancer des raids contre des boutiques pour empêcher le mélange des sexes.

Ils ont également contraint des propriétaires de boutiques de vêtements à couvrir la tête des mannequins ou à les retirer complètement, a indiqué Assaf.

« Les éléments de l'al-hesba ont informé les propriétaires de ces magasins qu'une première infraction donnera lieu à une amende de 50 dollars », a-t-il précisé, « et qu'en cas de récidive la boutique sera fermée et son propriétaire comparaîtra devant un tribunal religieux ».

L'al-hesba a également interdit la vente de cigarettes et l'utilisation de pipes à eau, menaçant les propriétaires de cafés et de magasins de devoir comparaître devant un tribunal religieux en cas de violation.

Dimanche 19 novembre, des patrouilles de l'al-Hesba ont été vues à Idlib, sans toutefois interagir avec les habitants, a expliqué Assaf.

« Les habitants de la ville ont perçu leur présence comme un signal du retour des patrouilles », a-t-il poursuivi.

« Un rejet complet »

Le retour de l'al-hesba a suscité un rejet complet de la population, a indiqué Ghada Hussein, enseignante à Idlib, qui a préféré utiliser un pseudonyme par peur pour sa sécurité.

« Les ordres du groupe d'imposer la charia et de tenir les citoyens responsables par le biais de son organisme de l'al-hesba sont catégoriquement rejetés par les habitants d'Idlib et de sa région », a-t-elle déclaré à Diyaruna.

« L'existence même de l'al-hesba est rejetée, pour ne rien dire de ses pratiques, de ses provocations et de l'imposition d'un comportement étranger à notre société », a-t-elle ajouté, précisant que de nombreuses femmes occupent plusieurs emplois, et qu'avec de telles mesures leur mobilité et leurs options d'emploi seront très limitées.

Les directeurs d'école ont été informés de la nécessité de séparer les garçons et les filles dans leurs établissements, a encore indiqué Hussein.

L'interdiction de la mixité s'étend aussi aux lieux publics, a-t-elle poursuivi, soulignant que les femmes et les jeunes filles ne peuvent plus se trouver en public sans un mahram (un tuteur).

Les actions d'al-Nosra sont similaires à ce que « l'État islamique » (Daech) imposait dans les zones qu'il contrôlait, a expliqué Hussein, lorsqu'il tentait d'imposer la loi islamique par la force et menaçait de prison, de flagellation et d'autres sanctions.

Mais cela n'avait servi qu'à accentuer son rejet par la population locale, a-t-elle conclu.

Aimez-vous cet article?

0 COMMENTAIRE (S)
Politique Commentaire * INDIQUE CHAMP NÉCESSAIRE 1500 / 1500