Économie

L'Iran affirme son emprise sur le secteur de l'énergie en Syrie

Par Waleed Abou al-Khair au Caire

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Les régimes iranien et syrien ont récemment conclu une série d'accords de long terme portant sur la remise en état du secteur de l'électricité en Syrie et qui donne aux sociétés iraniennes un contrôle de fait sur ce secteur, affirment les experts. [Photo fournie par Bashir al-Bassam]

Le régime iranien a profité du conflit en Syrie pour promouvoir ses propres intérêts économiques dans la région, une stratégie récemment mise en lumière par toute une série d'accords dans le secteur de l'énergie, ont expliqué des experts à Diyaruna.

Le ministre syrien de l'Électricité Mohammad Zuhair Kharboutli a signé le 12 septembre un protocole d'accord avec son homologue iranien Sattar Mahmoudi concernant la fourniture de services électriques à la Syrie.

Ce protocole d'accord prévoit la construction d'une centrale électrique à Latakia, une évaluation de la centrale thermique d'Alep, et la remise en état de deux centrales au gaz naturel, la réhabilitation de centrales à Homs et Deir Ezzor, et la réhabilitation et la remise en service du principal centre de contrôle du réseau électrique syrien.

« Depuis la première année de la guerre en Syrie, l'Iran a cherché à pénétrer en profondeur en Syrie, au niveau militaire, politique, religieux et social », a expliqué Sami Gheit, chercheur au Centre Al-Sharq d'études régionales et stratégiques.

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Le ministre syrien de l'Électricité Mohammad Zuhair Kharboutli a signé un accord avec son homologue iranien Sattar Mahmoudi concernant la fourniture d'électricité, le 12 septembre. [Photo fournie par Bashir al-Bassam]

Pour ce faire, a-t-il précisé à Diyaruna, des entreprises privées affiliées au Corps des Gardiens de la révolution islamique d'Iran (CGRI) ont profité de la situation pour prendre le contrôle des ressources de l'État syrien.

Ces entreprises affiliées au CGRI ont réussi à lier le régime syrien par un ensemble de contrats qui couvrent l'approvisionnement industriel, l'alimentation, la reconstruction, la réhabilitation des routes et la reconstruction et la remise en état des usines, a-t-il indiqué.

« Il est évident que les principaux secteurs revêtent une priorité importante, dans la mesure où la société syrienne d'électricité est désormais totalement dépendante de stations iraniennes, qui sont elles aussi exploitées par des ingénieurs iraniens », a poursuivi Gheit.

Les liens économiques du régime syrien avec l'Iran ne sont un secret pour personne, a-t-il souligné, car les responsables syriens ont annoncé de nombreux contrats par le biais des médias.

« Pour sa part, l'Iran a mis en place l'appât syrien en faisant passer la ligne de crédit à plus de dix milliards de dollars », a-t-il ajouté.

En Syrie, une loi a été adoptée pour faciliter les échanges entre les deux pays et pour permettre à l'Iran de bénéficier de droits exclusifs pour approvisionner la Syrie en matières premières et obtenir les contrats de reconstruction, a poursuivi Gheit.

Le secteur de l'électricité entre les mains du CGRI

Ces nouveaux accords dans le secteur de l'électricité entre la Syrie et le régime iranien ne sont pas les premiers de leur genre, a expliqué à Diyaruna l'avocat syrien Bashir al-Bassam.

« Ainsi, un très important contrat avait été passé fin 2013, aux termes duquel le gouvernement syrien avait signé d'importants contrats avec deux entreprises iraniennes, Sunir et Mabna, pour un montant à l'époque de 16 millions de dollars », a-t-il ajouté.

Ces contrats portaient sur l'importation de pièces de rechange pour des centrales et sur la maintenance et la remise en service de centrales et de réseaux endommagés par la guerre, a-t-il indiqué.

Le 10 septembre, Kharboutli a annoncé qu'il envisageait de se rendre en Iran pour y signer les contrats d'importation de cinq générateurs électriques qui seront installés dans la station d'Alep.

Ces contrats ont une valeur de 159 millions de dollars, ont précisé les médias syriens.

« Ce qui est dérangeant, c'est pas seulement l'importation des pièces de rechange nécessaires pour le fonctionnement ou la réparation des centrales endommagées, mais plutôt que ces contrats incluent la maintenance et la réhabilitation », a ajouté al-Bassam.

Cela place effectivement le secteur de l'électricité entre les mains du CGRI, a-t-il poursuivi.

« Les accords qui complètent ces contrats s'étendent sur de nombreuses années, et seront également néfastes pour la main-d'oeuvre syrienne, car beaucoup de jeunes Syriens possèdent l'expertise nécessaire pour administrer, faire fonctionner et maintenir des projets électriques », a-t-il expliqué.

Des contrats contraignants à long terme

« En dépit du soutien apparemment absolu qu'elle assure au régime syrien et de sa détermination à le voir survivre, l'Iran a pris les mesures nécessaires pour le cas où il s'effondrerait et où des groupes qui ne lui seraient pas fidèles arriveraient au pouvoir », a expliqué à Diyaruna Shaher Abdullah, économiste et professeur à l'université d'Aïn Shams.

Les entreprises iraniennes ont resserré leur emprise sur les ressources économiques de la Syrie en liant les institutions gouvernementales syriennes par des contrats à long terme, a-t-il rapporté.

Le régime syrien est tenu par ces contrats, a-t-il souligné, car leur résiliation comporte de lourdes pénalités qui incluraient le fait de prendre en charge le coût des matières premières, des centrales électriques et de l'extraction et du raffinage de pétrole.

« Ces contrats constituent des investissements à long terme pour le CGRI, qui tente de pénétrer les pays de la région à la fois militairement et économiquement pour garantir ses propres sources de revenus », a-t-il conclu.

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Les FDS sont en train de reconstruire la capacité de production de ses barrages hydroélectriques. Les réseaux de Raqqah, etc., et ceux de la campagne sont en cours de restauration. Tout est sous contrôle des FDS. Aucun Iranien n'est présent.

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