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Les Irakiens donnent des livres pour reconstruire les bibliothèques de Mossoul

Par Alaa Hussain à Bagdad

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Abdesatar al-Hamdany, étudiant en pharmacie de 21 ans, porte ses livres devant le bâtiment détruit de l'université de Mossoul le 22 janvier, une semaine après que le Service antiterroriste (SAT) l'eut repris à « l'État islamique en Irak et au Levant ». [Dimitar Dilkoff/AFP]

Après la destruction systématique subie par les bibliothèques aux mains de « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) à Mossoul, plusieurs initiatives cherchent à remplir les rayons de la bibliothèque centrale de la ville avec des livres et des manuscrits donnés.

En février 2015, l'EIIL a pillé la bibliothèque de Mossoul, brûlant plus de 100 000 manuscrits et documents rares couvrant des centaines d'années de connaissances humaines. Il a également fait sauter le bâtiment principal de la bibliothèque à al-Faisaliya, dans l'est de Mossoul.

Les gens s'étaient rassemblés sur le site et avaient tenté de dissuader les extrémistes de mettre le feu à la bibliothèque, mais sans succès.

Maintenant que les forces irakiennes ont recapturé l'est de Mossoul et ont pour ambition de faire de même à l'ouest, des efforts sont en cours pour restaurer la sécurité et les services dans les zones libérées.

Mais en plus de « la sécurité, de la nourriture et des médicaments, les habitants de Mossoul ont aussi besoin du rétablissement de leur gloire culturelle, que les terroristes ont tenté de faire disparaître », a expliqué le poète irakien Wahab Sherif, membre du Syndicat des écrivains de Najaf.

Le syndicat, en coordination avec un groupe de jeunes de Najaf et d'organisations de la société civile, a récemment lancé une initiative pour collecter et faire don de livres à la bibliothèque de Mossoul.

« Le syndicat a déjà reçu [des dons venant de] 112 personnes », a-t-il indiqué à Diyaruna.

Parmi eux, des auteurs ayant donné leurs ouvrages, des particuliers ayant fait don de livres de leur collection personnelle, d'autres ayant acheté des livres sur le marché et les ont donnés, et des maisons d'édition ayant fourni plusieurs titres.

« Aucune publication sectaire »

Tous les livres ainsi récoltés sont « de nature scientifique ou littéraire, à l'exception des ouvrages religieux », a déclaré Sherif.

Les organisateurs de cette initiative ont demandé à ce que seuls des titres scientifiques, littéraires, historiques et poétiques soient donnés, afin d'éviter les tensions sectaires qui pourraient survenir avec le don de certains livres religieux, a-t-il expliqué.

L'objectif de l'initiative « est purement patriotique, ce qui l'emporte sur le sectarisme, l'ethnicité et tout autre slogan », a-t-il précisé, décrivant cela comme « une cause humanitaire et culturelle ».

Le syndicat des écrivains de Najaf a travaillé en coordination avec l'université de Mossoul, la bibliothèque de Mossoul et les autorités compétentes pour assurer dès que possible le transport des livres vers Mossoul.

Ce mois-ci, l'organisation civile « Je lis, donc je suis irakien » s'est jointe aux efforts et a commencé à récolter des livres pour la bibliothèque de Mossoul.

Jusqu'à présent, elle a réussi à réunir 6 000 titres littéraires, culturels et portant sur l'art, a déclaré son vice-président Bahaa Kamel.

« Les donateurs ont donné des livres aux différents points de dépôts dans tout Bagdad et d'autres villes. Certains militants ont également envoyé des livres depuis l'étranger », a-t-il indiqué à Diyaruna.

Kamel a expliqué que l'initiative se poursuivra jusqu'à la libération de l'ouest de Mossoul, après quoi tous les livres collectés seront envoyés en un seul lot à Mossoul.

Autres initiatives

Dans le cadre de ses efforts pour aider les universités atteintes dans le pays, l'université de Thi Qar a récemment envoyé des exemplaires de thèses universitaires et de dissertations à l'université de Mossoul.

« L'université de Thi Qar a fait don de 50 exemplaires de mémoires de master et de thèses de doctorat à la bibliothèque centrale de l'université de Mossoul », a fait savoir à Diyaruna Raed Hameed, secrétaire général de la bibliothèque centrale de l'université de Thi Qar.

L'université avait par le passé envoyé des exemplaires de thèses universitaires à l'université de Tikrit, que l'EIIL avait brièvement occupé en 2015. Le campus avait été lourdement endommagé dans les combats pour la libération de la ville des mains du groupe en avril 2015.

Par ailleurs, l'université de Bassorah pour le pétrole et le gaz a lancé une grande campagne pour raviver la bibliothèque centrale de Mossoul ayant été incendiée par l'EIIL, a indiqué Haider Ali, directeur des relations aux médias et au public de l'université lors d'une déclaration à la presse fin janvier.

« En plus de la guerre militaire, nous devons mener une guerre intellectuelle à travers les livres contre toute pensée déviante ayant engendré la haine et le takfirisme de l'EIIL », a-t-il affirmé.

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