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Terrorisme |

Un centre recueille les témoignages de survivants yézidis

Par Khalid al-Taie

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Des familles yézidies irakiennes pleurent lors de leurs retrouvailles avec des proches ayant réussi à fuir « l'État islamique en Irak et au Levant ». [Photo de la page Facebook Yazidiyat al-Mahjar]

Depuis que « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) a pris le contrôle en 2014 de la région de Sinjar, dans la province irakienne de Ninive, tuant des centaines de Yézidis et en prenant des milliers d'autres en otages, le réseau de médias Lalish a documenté leur sort.

Lalish, un centre social qui apporte une aide humanitaire aux Yézidis, a ainsi recueilli plus de soixante heures de témoignages de survivants de l'EIIL, a expliqué le directeur du centre Sheikh Shamo, membre du parlement de cette région kurde.

Ce centre organise également différentes activités pour sensibiliser aux crimes commis par l'EIIL et aider les familles à surmonter les événements tragiques qu'elles ont connus.

Mawtani : Pouvez-vous nous présenter le réseau de médias Lalish en quelques mots ?

Sheikh Shamo : Notre centre a été fondé en 1993 dans la région kurde par un groupe de journalistes et de personnes qui s'intéressent au patrimoine et à la culture du peuple yézidi.

Son rôle essentiel est de faire connaître la culture yézidi, de diffuser les principes de la coexistence, de la paix civile et de la solidarité communautaire, et d'implanter le concept de démocratie.

Nous comptons aujourd'hui quarante bureaux et succursales en Irak et à l'étranger, qui sont au service des Yézidis où qu'ils soient.

Mawtani : Quelles sont les activités proposées aux Yézidis qui ont survécu à l'EIIL ?

Shamo : Depuis le premier jour de la tragique occupation de la ville de Sinjar par l'EIIL, le 3 août 2014, nous faisons campagne en faveur d'une aide urgente aux Yézidis déplacés de la ville. Nous apportons également une aide alimentaire et des soins intégrés aux familles yézidies pour améliorer leurs conditions de vie.

Nos activités sont diverses. Nous nous efforçons en permanence de mettre fin aux souffrances de notre peuple et de soulager la peine et les tragédies qui leur ont été imposées par les terroristes, en leur apportant de l'aide et un soutien humanitaire, et en organisant des ateliers et des conférences pour mieux sensibiliser les gens, en apportant des conseils psychologiques et en organisant des manifestations sportives et de loisir pour les enfants déplacés.

Parmi nos récentes activités, citons la remise de prix à dix-huit étudiants déplacés exceptionnels du camp de Sharia [pour les personnes déplacées], et d'autres étudiants des camps de Bersvi, Mam Rachan et Kberto à Dohuk. Nous avons également organisé une visite depuis le camp de Qadya pour dix femmes qui ont survécu à l'EIIL, pour améliorer leur état psychologique.

De plus, nous organisons des événements et des célébrations à l'occasion des fêtes nationales et religieuses yézidies.

Mawtani : Parlez nous de vos efforts de prise en charge des victimes yézidies.

Shamo : Les statistiques dont nous disposons confirment que depuis le début de l'occupation de Sinjar et jusqu'à aujourd'hui, au moins mille Yézidis ont été tués par l'EIIL, pour la plupart des femmes et des enfants, et ont été enterrés dans des charniers.

Nous avons à ce jour découvert un total de quinze de ces charniers dans différents quartiers de Sinjar.

Selon les statistiques, 2 400 Yézidis ont été libérés et sauvés des griffes de l'EIIL durant cette période, mais près de 3 600 femmes et enfants restent prisonniers.

Quant aux pertes matérielles, elles sont innombrables. Sinjar, qui a été libérée à la fin de l'année dernière, est encore totalement détruite, et a été déclarée « zone sinistrée » par le parlement irakien an avril. Il en est de même des villes de Bashiqah et de Bahzani.

Mawtani : Vous efforcez-vous de documenter les crimes commis par l'EIIL ?

Shamo : Oui. Notre centre travaille depuis le début à documenter toutes les violations commises contre les Yézidis par l'EIIL.

Nous disposons de comités bénévoles qui se rendent dans les camps de personnes déplacées pour y collecter autant d'informations et de faits que possible sur les crimes terroristes.

Nous disposons actuellement d'une soixantaine d'heures de témoignages audio et vidéo d'hommes et de femmes survivants, qui nous narrent les histoires vraies qu'ils ont vécues lorsqu'ils étaient retenus par l'EIIL. Ces témoignages comportent des cas de meurtre et de torture brutale de civils innocents.

Ces enregistrements ont été présentés à la Haute commission d'enquête sur le génocide yézidi à Dohuk.

Mawtani : Dans leur malheur, les Yézidis bénéficient-ils d'un soutien international ?

Shamo : Mi-mars, le Congrès des États-Unis a voté pour qualifier les violations commises par l'EIIL contre les minorités religieuses en Irak et en Syrie, notamment les Yézidis, de génocide.

Des décisions similaires ont été prises par le parlement britannique et d'autres parlements européens.

Le soutien et l'empathie internationale envers la tragédie que nous vivons sont immenses, ce qui nous réconforte. Nous demandons au Tribunal pénal international de qualifier ces violations de crimes génocidaires pour que justice puisse être rendue aux victimes.

Mawtani : Quelle est aujourd'hui la situation des Yézidis déplacés ?

Shamo : Elle est difficile. Malgré ce que nous faisons, ils ont besoin de plus de soutien pour reconstruire leur région, mettre fin à cette crise des déplacements et rétablir la stabilité.

Le nombre de Yézidis ayant quitté l'Irak augmente. On estimait qu'ils étaient environ 700 000, vivant pour l'essentiel à Sinjar.

Aujourd'hui, nous estimons que près de 15 % ont fui le pays, et nombre d'entre eux vivent désormais en Turquie, en Grèce et en Allemagne.

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