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Économie |

Le régime syrien minimise l'impact de la crise du carburant

Waleed Abou al-Khair au Caire

Une longue file de voitures attendent devant une station d'essence pour remplir leurs réservoirs avec une quantité rationnée fixée par le ministère syrien du Pétrole. [Photo fournie par Mohammed al-Beik]

Des militants et des observateurs syriens accusent le régime de tenter de dissimuler la gravité de la crise du carburant qui paralyse de nombreux secteurs de l'économie.

L'impact de cette crise est palpable dans de nombreux secteurs, et impacte plusieurs aspects de la vie quotidienne , des transports aux boulangeries et au fonctionnement des générateurs électriques, a expliqué à Diyaruna l'avocat syrien Bashir al-Bassam.

Certaines boulangeries ont dû interrompre leur activité en raison d'un manque de mazout, a-t-il ajouté, ce qui a contraint certaines personnes à revenir aux méthodes traditionnelles de cuisson du pain au feu de bois.

Pendant ce temps, a-t-il rapporté, les rues sont « vides de leurs voitures et les ordures s'empilent dans de nombreux quartiers en raison du manque d'essence pour les bennes à ordures ».

Certains véhicules qui franchissent la frontière avec le Liban contiennent des réservoirs auxiliaires utilisés pour faire entrer de l'essence de contrebande en Syrie. [Photo fournie par Mohammed al-Beik]

La perturbation des transports publics a suscité une colère généralisée, y compris parmi les fidèles du régime, a-t-il ajouté, « au point que des insultes et des injures sont abondamment proférées contre le régime et les ministères par les citoyens qui font la queue ».

Mais malgré ces pénuries, a-t-il ajouté, les médias officiels et les agences de presse favorables au régime continuent de citer des responsables qui réfutent l'existence d'une crise et affirment que les produits dérivés du pétrole sont disponibles en abondance sur les marchés.

« Ils affirment que de plus grandes quantités sont importées de l'étranger et parlent d'une conspiration internationale contre eux », a poursuivi al-Bassam.

Pénurie et contrebande de carburant

La quantité d'essence allouée à un usage individuel au moyen de cartes à puce est de 100 litres pour les véhicules privés, 350 litres pour les véhicules de transport de masse et 25 litres pour les motos, a précisé al-Bassam.

Mais ces quotas ne suffisent pas à répondre aux besoins des gens, a-t-il continué.

Les quantités allouées sont vendues au prix subventionné de 225 livres syriennes (0,43 USD) le litre, a-t-il ajouté, et toute quantité supplémentaire se vend à partir de 375 livres syriennes (0,72 USD).

Des milliers de litres d'essence entrent chaque jour en Syrie en provenance du Liban en empruntant des points de franchissement illicites au nord et à l'est du Liban, a expliqué à Diyaruna Mohammed al-Beik, un militant de la région de Damas.

Des camions-citernes syriens ont été repérés dans ces zones, a-t-il ajouté.

« Une forte activité de contrebande se fait également par les oléoducs dans la région de Baalbek, qui étaient auparavant utilisés pour la contrebande de mazout de Syrie vers le Liban », a-t-il ajouté pour Diyaruna.

La contrebande s'effectue également à moindre échelle par le biais de voitures équipées de réservoirs auxiliaires dissimulés, a-t-il indiqué, ainsi que par des taxis et des véhicules privés qui voyagent entre les deux pays et font le plein au Liban.

Plaintes sur la qualité de l'essence

« La plupart des puits et des raffineries de pétrole se trouvent en dehors des zones contrôlées par le régime, qui représentent quelque 75 % de tous les puits de pétrole de Syrie », a précisé al-Beik.

Les quantités produites dans les régions contrôlées par le régime ne suffisent pas à répondre aux besoins du marché local, a-t-il ajouté.

Les années précédentes, une ligne de crédit prêtée par l'Iran avait fourni du pétrole à la Syrie en échange d'accords commerciaux largement favorables à la partie iranienne, a-t-il indiqué.

Mais lorsque le soutien iranien s'arrêta, « les pénuries de carburant apparurent immédiatement », a-t-il ajouté, soulignant le fait que le marché noir avait connu une forte activité lorsque les Syriens s'en remirent aux négociants illicites pour satisfaire leurs besoins.

De nombreux propriétaires de véhicules privés et de taxis se plaignent de la mauvaise qualité de l'essence obtenue avec ces cartes à puce, a expliqué Ahmed al-Salem, un militant d'Alep.

Après une attente de parfois plusieurs jours pour obtenir du carburant, les conducteurs voient leurs voitures tomber en panne en raison de la mauvaise qualité de l'essence, a-t-il précisé à Diyaruna.

De plus, a-t-il poursuivi, les milices affiliées au régime « détournent d'énormes quantités du carburant destiné aux stations d'essence pour en faire profiter leurs éléments ».

Cela a donné lieu à de nombreux conflits dans les zones contrôlées par le régime, dont certains se sont transformés en échanges de coups de feu, a-t-il conclu.

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