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Les Syriens paient le prix de l'intervention de la Russie et de l'Iran

Waleed Abou al-Khair au Caire

Des soldats russes équipent un avion de missiles sur une base aérienne russe de Syrie. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Bien que les forces russes et du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien aient aidé le régime syrien à reprendre le contrôle de la majeure partie du pays, leur aide s'est faite au prix fort, ont indiqué des militants syriens.

La Russie et l'Iran s'empressent d'étendre leur influence en Syrie et de s'attribuer les gains politiques, militaires et économiques, ont-ils fait savoir, même si cela se fait aux dépens du peuple syrien.

« Les deux camps veulent étendre leur influence politique et militaire, et s'arroger la plus grande partie des projets de reconstruction », a déclaré le politologue Abdoul Nabi Bakkar à Diyaruna.

Ils cherchent à prendre le contrôle des ressources naturelles du pays, telles que le pétrole et les minerais, en faisant signer au régime des contrats de long terme, a-t-il expliqué.

Un soldat russe pilote un drone pour surveiller la ville syrienne d'Alep. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Or, ces ressources « n'appartiennent qu'au peuple syrien », a-t-il affirmé, précisant que ces accords leur en enlèveront le contrôle pendant de longues années.

Pendant ce temps, la Russie et le CGRI soutiennent les milices locales qui prolongent le conflit, a ajouté Bakkar, gardant ainsi les Syriens piégés dans un cycle de violence.

La Russie accapare les ressources syriennes

Les forces russes présentes en Syrie étendent leur présence sur le terrain et délimitent de nouvelles zones de contrôle, à la fois directement et par le biais des milices qu'elles financent, a déclaré l'avocat syrien Bashir al-Bassam à Diyaruna.

Ce faisant, la Russie cherche à mettre la main sur des ressources naturelles clés, a-t-il indiqué, en asseyant d'abord son contrôle militaire sur ces régions avant de signer des accords avec le gouvernement syrien pour l'exploitation des ressources naturelles qui s'y trouvent.

Les ressources recherchées sont notamment le pétrole, le phosphate et le silicium, a-t-il rapporté.

La Russie a ainsi récemment signé un accord de 49 ans avec le régime syrien visant l'extension de l'installation militaire navale russe du port syrien de Tartous, a-t-il indiqué.

Cela fournira à la Russie une ouverture sur la mer Méditerranée.

Dans ses actions pour réaliser ses ambitions, la Russie ne prend pas en compte le bien-être du peuple syrien, a déploré al-Bassam.

Dans la poursuite de ses ambitions dans la région d'Idlib, par exemple, des avions russes ont effectué des dizaines de frappes sans tenir suffisamment compte de la population, et des centaines de personnes ont été blessées, a-t-il rapporté.

Cela malgré l'accord que la Russie a conclu avec la Turquie en septembre pour créer une zone tampon conçue pour empêcher une offensive potentiellement dévastatrice du régime à Idlib.

La corruption règne

Les forces russes qui opèrent depuis la base aérienne syrienne de Hmeimim supervisent les milices déployées à Alep et dans le sud de la Syrie qui imposent des taxes, bloquent les routes et provoquent des affrontements avec les milices alliées à l'Iran, a fait savoir al-Bassam.

Cela a favorisé l'instabilité et les difficultés économiques, a-t-il déclaré, ajoutant que ce sont les civils qui avaient été déplacés par le conflit et qui sont revenus « après avoir reçu des promesses de sécurité et de sûreté » qui en paient le prix.

« La Russie ne fournit pas d'aide concrète aux civils syriens », a déclaré al-Bassam, précisant que de nombreuses zones sous son contrôle manquent encore d'eau et d'électricité.

Ces régions souffrent également de prix élevés en raison des taxes imposées par les éléments occupant les postes de contrôle mis en place par les milices alliées à la Russie, a-t-il rapporté.

Le CGRI cherche à imposer une présence à long terme

Pour sa part, le CGRI et ses milices se sont autorisés à « s'approprier le territoire et les ressources du peuple syrien », a déclaré Fathi al-Sayed, chercheur au Centre Al-Sharq d'études régionales et stratégiques.

Le CGRI cherche à renforcer sa présence en Syrie et à intégrer les milices présentes dans d'autres pays à ses forces afin de réaliser son « rêve de longue date d'établir une route reliant Téhéran à la mer Méditerranée », a-t-il expliqué à Diyaruna.

« Le CGRI veut aussi remporter de nombreux projets de reconstruction nécessaires dans les régions syriennes », a poursuivi al-Sayed, spécialiste des affaires iraniennes.

Le régime syrien a ainsi déjà signé plusieurs accords que des entreprises du CGRI mettent en œuvre, a-t-il indiqué, ce qui fournit également un moyen au CGRI de contourner les sanctions qui lui ont été imposées.

« Il existe même un accord pour faciliter les transferts bancaires entre les deux pays, et qui a été imposé par l'Iran pour échapper aux sanctions », a-t-il conclu.

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