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Des analystes irakiens cherchent à empêcher une résurgence de l'EIIS

Khalid al-Taie

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Un membre des forces irakiennes surveille 31 éléments soupçonnés de l'EIIS au siège des services de renseignement irakiens à Bagdad, le 16 mai 2015. [Ali al-Saadi/AFP]

Les analystes des renseignements militaires irakiens ont découvert que de nombreux éléments de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) avaient suivi une forme ou une autre d'enseignement supérieur, a expliqué un haut responsable des renseignements aux médias irakiens en début du mois.

Le groupe a ainsi pu bénéficier de cette base de connaissances pour fabriquer des armes interdites et des systèmes de communication et de surveillance, selon le général de division Saad al-Allaq, directeur des renseignements militaires irakiens.

Des recrues disposant d'une expertise en matière de planification de combats, de gestion et de médicaments ont également mis leurs compétences au service de l'EIIS, a-t-il poursuivi, tout comme l'ont fait ceux possédant des compétences en matière d'extraction des richesses pétrolières et minières, vendus pour collecter des fonds.

La Direction des renseignements irakiens a arrêté un leader de l'EIIS, vu ici sur une photo publiée en ligne le 25 juin 2017, qui fabriquait des drones. [Photo fournie par le ministère irakien de la Défense]

Des membres des forces irakiennes escortent deux éléments de l'EIIS arrêtés en liaison avec plusieurs attaques le 10 août 2016. [Photo fournie par la Direction des renseignements irakiens]

Ces découvertes sont conformes à celles publiées dans un rapport d'octobre 2016 de la Banque mondiale, intitulé « Inclusion économique et sociale pour contrer l'extrémisme violent ».

Cette étude de la Banque mondiale avait utilisé des données socio-économiques de base portant sur 3803 recrues étrangères de l'EIIS provenant d'une mémoire cache fuitée des fichiers de personnels du groupe, datant d'environ 2014, pour parvenir à ses conclusions.

« Nous nous sommes aperçu que l'EIIS ne recrutait pas sa main d'oeuvre étrangère dans les couches pauvres et faiblement éduquées, mais plutôt le contraire », précisait-il. « Le manque d'inclusion économique semble expliquer l'étendue de la radicalisation dans l'extrémisme violent».

Selon ce rapport de la Banque mondiale, 69 % des recrues de l'EIIS possèdent au moins une éducation secondaire, et seuls 15 % avaient quitté l'école avant le lycée.

Ce rapport se fait l'écho des résultats d'études antérieures montrant que le chômage parmi les instruits entraîne une plus forte probabilité d'entretenir des idées radicales.

Dans cette optique, les spécialistes irakiens que Diyaruna a rencontrés ont souligné l'importance d'adopter des plans et des programmes efficaces qui empêcheraient l'EIIS de recruter des individus instruits.

Lutter contre les efforts de recrutement

En surveillant les étapes de l'évolution que l'EIIS a suivies, les services de renseignement irakiens ont mis le doigt sur « un point très dangereux », a expliqué à Diyaruna Amir al-Saidi, spécialiste des affaires stratégiques et politiques.

« La vision qui prévalait était que le groupe dépendait fortement d'enfants et de jeunes peu éduqués, faciles à duper et dont la ferveur religieuse peut être aisément modelée », a-t-il poursuivi.

Mais les services de renseignements et d'autres ont confirmé qu'un nombre important d'individus formés à l'université spécialisés dans leurs domaines avaient rejoint l'EIIS, « ce dont doivent tenir compte les analystes et les experts », a-t-il continué.

« Nous sommes face à un énorme défi dans la forme à donner à notre lutte contre les efforts de recrutement par les terroristes, en ciblant particulièrement des personnes éduquées », a indiqué al-Saidi.

Cela sera plus délicat que de lutter contre l'EIIS dans une guerre sur le terrain, parce que cela implique de surmonter la pensée et l'idéologie extrémistes, a-t-il poursuivi.

« Les institutions culturelles, éducatives et religieuses doivent jouer un rôle actif dans l'adoption de programmes à même d'attirer tous les segments de la société, y compris les diplômés, ce qui les empêcheraient d'être des proies pour les terroristes », a-t-il précisé.

La lutte contre le chômage généralisé, en particulier chez les personnes éduquées, est une composante importante de la lutte contre le terrorisme, a expliqué Issam al-Fayli, professeur de science politique à l'Université al-Mustansiriyah.

Pendant qu'il contrôlait de vastes portions de l'Irak, l'EIIS avait tenté d'attirer la population à le rejoindre avec de l'argent et des avantages plutôt qu'avec des menaces, pour convaincre les jeunes éduqués, mais sans emploi, de rejoindre ses rangs, a-t-il expliqué à Diyaruna.

« Nous entendions souvent parler de la mort ou de l'arrestation d'experts de l'EIIS spécialisés dans la fabrication d'armes et de bombes chimiques, ou de ceux qui étaient en mesure de diriger les communications, le piratage en ligne ou des opérations de drone », a-t-il raconté.

Empêcher un retour de l'EIIS

Pour lutter contre ce type de menace à l'avenir, a indiqué al-Fayli, l'ensemble des institutions gouvernementales doivent travailler de concert pour aider les jeunes gens à développer leurs compétences et leurs intérêts, et diriger leur énergie et leurs talents vers le renforcement de leurs communautés.

L'EIIS utilisait ses éléments éduqués dans des domaines qui nécessitent une connaissance et des compétences spécialisées, réservant ses travaux de moindre niveau à des mineurs ou des jeunes non éduqués qu'il avait endoctrinés, a expliqué Ali Khudair, membre du conseil provincial de Ninive.

« Nous faisons tout pour empêcher l'EIIS de faire son retour et de leurrer et de duper nos jeunes dans l'intention de les recruter », a-t-il expliqué à Diyaruna.

Khudair a appelé le gouvernement à s'attacher à développer les communautés locales affectées par l'incursion de l'EIIS ou qui sont confrontées à des difficultés économiques.

Les économies locales doivent être revitalisées en ouvrant les portes à l'investissement qui créerait des emplois pour les chômeurs et en adoptant des stratégies de lutte contre la pauvreté, l'illettrisme et les autres maux sociaux, a-t-il conclu.

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