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Éducation |

2018-12-04

Une pénurie de locaux et un fort absentéisme affectent les écoles irakiennes

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Des élèves se partagent un bureau dans une école qui a pu rouvrir à Falloujah avec le soutien de l'UNICEF. [Photo fournie par l'UNICEF]
Des élèves se partagent un bureau dans une école qui a pu rouvrir à Falloujah avec le soutien de l'UNICEF. [Photo fournie par l'UNICEF]

L'enseignement public irakien se trouve confronté à une grave pénurie de bâtiments scolaires, ce qui alimente à son tour un absentéisme chronique, ont expliqué des responsables irakiens.

Les infrastructures éducatives du pays, durement frappées par la guerre contre « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) et la faiblesse de l'économie, requièrent l'attention immédiate du gouvernement, ont-ils ajouté pour Diyaruna.

La guerre contre l'EIIS a retardé la construction de nouvelles écoles et provoqué la destruction de nombreuses autres, que le groupe avait réquisitionnées comme quartiers généraux pour ses combattants.


Des écoliers vont à l'école à Falloujah. L'Irak doit faire face à une pénurie de bâtiments scolaires au niveau national. [Photo fournie par l'UNICEF]

Des écoliers vont à l'école à Falloujah. L'Irak doit faire face à une pénurie de bâtiments scolaires au niveau national. [Photo fournie par l'UNICEF]

Les inégalités économiques déterminent de façon importante si les élèves irakiens terminent leur scolarité, a mis en garde le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) le mois dernier, encourageant le gouvernement à dépenser plus dans l'éducation, a rapporté l'AFP.

Une économie en berne, des années de combat contre l'EIIS et un faible soutien gouvernemental ont plongé le système scolaire irakien dans l'indigence, a révélé l'UNICEF dans une étude portant sur plus de 20 000 familles.

Le statut socioéconomique crée un énorme fossé entre les élèves de l'enseignement secondaire, avec un taux de diplômés de 73 % chez les élèves les plus riches contre seulement 23 % chez les plus pauvres, a précisé l'UNICEF.

Un tiers des écoles irakiennes fonctionnent selon un système de double horaire pour tenter d'inscrire autant d'élèves que possible, ce qui signifie qu'ils ne bénéficient que de quelques heures d'instruction chaque jour.

Pour améliorer l'accès à l'éducation, l'Irak a besoin de 7 500 nouvelles écoles, a estimé l'UNICEF.

« Cela est dû au conflit, à l'effondrement de l'économie, et au manque d'investissements au cours des 20 dernières années. Lorsque la qualité baisse, les enfants quittent d'eux-mêmes les salles de classes », a expliqué à l'AFP Peter Hawkins, directeur pays de l'UNICEF.

« Les enfants sont l'avenir de ce pays, et un fossé croissant entre riches et pauvres sème la discorde et nuit aux enfants et à l'Irak », a-t-il ajouté.

Pour qu'il y ait plus d'enfants dans les écoles, le gouvernement doit accentuer ses dépenses dans l'éducation, qui sont parmi les plus basses de la région, à seulement 5,7 % des dépenses totales, a poursuivi l'UNICEF.

Classes surchargées

La pénurie de bâtiments scolaires a entraîné des classes surchargées, a expliqué à Diyaruna Fadhil al-Shuwayli, membre de la commission de l'éducation du conseil provincial de Bagdad.

« On trouve parfois jusqu'à 80 élèves dans une seule salle de classe », a-t-il décrit, soulignant que « plusieurs administrations scolaires ont dû demander à certains élèves de rester chez eux selon un système de rotation ».

Le Conseil de l'éducation a réuni plusieurs écoles dans un seul bâtiment selon un système de rotation, a-t-il ajouté, certaines écoles situées dans les faubourgs de Bagdad accueillant quatre horaires dans le même bâtiment.

« L'impact négatif de classes surpeuplées et d'écoles à périodes dans un seul bâtiment affectera non seulement les normes éducatives, mais également la santé des élèves », a poursuivi al-Shuwayli.

Au vu de cette difficile situation économique, le gouvernement n'a pas été en mesure de mettre en œuvre des solutions radicales à la crise, et a au contraire recours à des remèdes provisoires tels que des écoles mobiles sporadiques, a-t-il indiqué.

Un absentéisme chronique

L'absentéisme est un autre défi que rencontre l'éducation en Irak, a expliqué à Diyaruna Abdoul-Halim al-Husseini, chercheur au ministère de l'Éducation.

Deux facteurs importants ont contribué à cette augmentation de l'absentéisme, a-t-il indiqué : la guerre contre l'EIIS et la situation économique difficile que connaissent de nombreuses familles.

« La sécurité et l'économie sont deux facteurs importants du processus éducatif de tous les pays du monde, sans lesquels on voit de dangereuses ramifications dans le secteur de l'éducation », a-t-il poursuivi.

« Lorsque la personne qui subvient aux besoins de la famille se retrouve elle-même dans l'incapacité de fournir des fournitures scolaires à son enfant, elle peut contraindre celui-ci à abandonner l'école et à chercher un travail pour gagner sa vie », a ajouté al-Husseini.

Le Syndicat des enseignants irakiens a transmis plusieurs recommandations au parlement pour répondre à cette pénurie de bâtiments scolaires, a indiqué Muhsin al-Saidi, le directeur de la branche du syndicat à Nasiriyah.

« L'une des recommandations clés est de mettre en place un conseil suprême financé par des fonds réservés du budget national et relevant directement des services de la primature », a-t-il expliqué à Diyaruna.

Ce conseil serait chargé de construire des écoles publiques dans tout le pays, a-t-il précisé, et serait guidé par des plans stratégiques d'une durée de 5 ou de 10 ans.

« Le syndicat a également conseillé au gouvernement de demander à ses ministères d'allouer des fonds prélevés sur leur budget annuel pour construire des écoles », a conclu al-Saidi.

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